Friday, February 19, 2010

"Fourberie-sur-Seine" II : le "Fluctuat et mergitur" de la double triche !

par Jean-Jacques COURTEY, Docteur en Géographie Economique

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Il faut partir de l'idée qu'à "Fourberie-sur-Seine" (surnom d'une capitale très connue), presque tout n'est qu'apparence et irréalité. Rien pratiquement n'est vrai ni sincère. Tout le monde se moque de tout le monde, mais si possible en groupe, et avec la plus grande désinformation possible.
Or ces trompeurs ou trompeuses - souvent honteux intérieurement - y sont plutôt pusillanimes et impressionnables, et le poids du collectif leur permet de se rassurer, ...même si ce n'est que furtivement la plupart du temps.
Cela fait toujours l'étonnement parfois amusé, mais le plus fréquemment attristé des touristes étrangers ou des provinciaux, d'ailleurs.
Le persiflage dont certains sont si fiers, qu'ils en cherchent avec ardeur l'origine historique, en donnant au mot sa date de naissance (1734), est une seconde nature.
Cela pourrait-il finir par s'inscrire dans le code génétique ? Si l'on en croit "la théorie de l'évolution des espèces par voie de sélection naturelle" de Darwin, tardivement publiée en 1859, qui sait !
En fait, on ignore souvent que ce premier ouvrage n'incluait nullement les Humains dans sa démonstration qui fit tant de bruit. Car ce n'est qu'en 1872, avec "L'expression des émotions chez l'homme et les animaux" qu'il s'attaque vraiment au mythe de l'homme, en considérant qu'il n'y avait entre l'intelligence animale et l'intelligence humaine qu'une différence de degré et non de nature.



Forts désagréables y sont les gens mielleux, qui vous dorent la pillule par devant, pour vous griffer jusqu'au sang par derrière, ou se montrer soudainement sous leur vrai jour parce qu'ils se croient les plus forts.
Ils se comportent comme de mauvais "cafards", dont la bêtise est savamment entretenue.
Souvent, on arrive à les dépister avec facilité : leur attitude est si stéréotypée que même un singe borgne pourrait les voir.
Mais le pire, ce sont les provocateurs qui singent souvent les autres. Ils utilisent différentes techniques éprouvées : regard glacial du faux dur, paroles au débit ralenti pour donner plus d'intensité, phrases déjà préparées et répétitives d'évaluateur, tendance nettement hautaine avec des accents un peu snobs, mais surtout caractère dominateur et implacable, et usage du mode assertif qui bloque le lobe occipital - comme dans les sectes.


Comment s'en défendre ? En fait, la situation n'appelle pas une grande inventivité. La première chose, mais la plus difficile, est de ne pas se sentir vexé ni blessé intérieurement, en demeurant impassible. La deuxième qui découle éventuellement de la première, est de montrer le ridicule de la situation, car à "Fourberie-sur-Seine", on le sait depuis Beaumarchais - "Le mariage de Figaro" -, le ridicule peut tuer : en tout cas, c'est ce qu'ils pensent, même s'ils sont toujours en vie,... en se faisant tout petit, petit, petit ! Et nous en venons tout naturellement à la troisième chose, la loi du "juste retour" qui est facultative : elle consiste à piéger les piègeurs, en appliquant l'adage du renard furtif échappant aux chasseurs : "tels sont pris qui croyaient prendre"!


Beaucoup de gens ici croient en Darwin plus qu'en Dieu, même s'ils trichent avec les deux finalement pour chercher à les mettre en défaut. Car bien sûr, ils ne souhaient pas qu'on leur applique leurs propres normes, sinon aïe, aïe, aïe !
Ainsi leur darwinisme ne fonctionne qu'"au tour extérieur", pourrait-on dire.
Peut-on quelque chose pour eux ? Très franchement, ...non ! Leur destin est déjà scellé depuis longtemps, et pas par Darwin qui n'était qu'un humain, mais par Dieu. Il peut donc être sage, judicieux et prudent de s'en souvenir pour le moment tant craint, qu'il soit tôt ou tard venu.

En général, ils parviennent à pièger leurs victimes "consentantes" assez aisément, si peu qu'elles doutent d'elles-mêmes, ne s'aiment pas ou se croient peu manipulables.
C'est pourquoi, les personnes chaleureuses, gaies, naturelles et optimistes sont leurs plus grandes ennemies, nolens volens. C'est d'autant plus vrai, qu'elles n'ont rien à prouver à personne, quant elles. Elles vivent les choses avec intensité et spontanéité, tout simplement.
Là, les mesquineries apparemment sans importance, sont en réalité un signal objectif de détection du phénomène de prédation.



Mais la prédation peut aller beaucoup plus loin en créant une dépendance, qui vire au vampirisme urbain.
Donnons un exemple simple pour mieux être compris. De nos jours, beaucoup de couples sont constitués sur des bases purement matérielles, sans amour véritable. Et la dépendance au logement, donc souvent l'état de nécessité, sera la cause déterminante d'un changement de destin, à travers un déni de choix de vie. Ce genre de couple ira vite en "brimguebalant" du reste. Là l'individu piégé - et au lobe occipital souvent bloqué -, aura tendance à construire sa résilience sur la reconstruction d'une cohérence, en cherchant à aimer qui n'est pas aimable ni aimant (aimante pour une femme).

Cette hypothèse, plus fréquente qu'on ne croit dans les nouveaux couples, est la plus triste de toutes. Et elle s'accompagne de grandes frustrations et d'une incompréhension "épidermique". L'excès de réalisme mène à la plus grande banalité (métro, boulot, dodo ou pas d'ailleurs, petites sorties, et belle-famille au moins un week-end sur deux, comme pour la future garde des enfants). Et il s'avère nécessaire de plus en plus fréquemment de prendre le large.
Car l'aventure à "Fourberie-sur-Seine" est plus faite pour les corsaires et les flibustiers, que pour "madame et monsieur tout le monde". Et la vie d'un ou d'une "bobo" (bourgeois ou bourgeoise), peut s'avérer encore plus ennuyeuse, voire... "mortelle" que celle de Mme de Reynal, dans "Le rouge et le noir" de Stendhal.
On n'est ni dans "le grand soir" ni dans l'exaltation du petit matin ! Et bien plus tard, au crépuscule de sa vie, l'on aura plus qu'à faire le décompte du bonheur qu'on n'a pas vraiment eu, ou de celui "différent" qu'on a laissé filé par manque de volonté individuelle, d'esprit d'à propos, voire d'un peu d'audace.

L'année dernière, sans doute effrayés par les conséquences de la crise financière du 15 septembre 2008, les néo-darwinistes britanniques qui célébraient les 150 ans de la théorie de l'évolution de leur maître à penser, insistaient sur les qualités d'altruisme recherchées chez un conjoint ou une conjointe. Selon eux, cela guidait notre choix dans la fondation d'une famille.
Et il n'hésitaient pas à extrapoler cette explication, essentiellement post-darwiniste en réalité, pour l'appliquer à l'édification de toute une société. Or là, on s'est considérablement écarté du "struggle for life" (la lutte pour la vie) originel de ses écrits.
Désormais, le slogan, c'est "vive l'amour et la gentillesse" et "adieu à la brutalité et à la rudesse" ! Les rustauds et les rustaudes n'ont vraiment plus la cote, et il est important de le leur faire savoir pour leur mise à la page.
Ceci dit, tant mieux, car la vie sera plus facile pour tout le monde. Et puis si Darwin peut se réconcilier avec Dieu post mortem, c'est peut-être une grande chance pour tous !

Sur le plan de l'éthologie (science du comportement animal qui inclut l'homme, en tant que mammifère supérieur, d'ailleurs), on parle beaucoup de l'"alpha", dans le sens originel d'"alpha-mâle", c'est-à-dire de chef de meute - à l'instar du loup. Cependant, il faut bien faire la différence entre le vrai et le faux alpha.
Le vrai alpha a un charisme naturel, qui s'exerçait déjà quand il était bébé - éveillé ou endormi -, et a perduré dans le temps. Il a une sorte de soleil intérieur, que l'on ressent, et dont la lueur peut être captée extérieurement. Quand il est là, tout se met en marche quasi-automatiquement, et en son absence prolongée rien ne va.
Le faux alpha a au contraire une autorité dure et artificielle, qui s'éteint quand il dort, et qu'il n'avait pas quand il était un bébé braillard. Et il peut être fort lunatique. Lorsqu'il est là, tout va souvent de travers, et dès qu'il est absent les choses semblent aller mieux, voire de mieux en mieux.
De nos jours, compte tenu de l'évolution et du poids de la féminisation de la société, on appliquera en pratique ce terme d'"alpha", aussi bien à un homme qu'à une femme.
Dit encore plus clairement, le "vrai alpha", c'est celui ou celle qui malgré les difficultés a tendance à toujours remonter à la surface et à émerger : "Fluctuat nec mergitur" (il flotte mais ne coule pas). Et au contraire le "faux alpha", c'est celui ou celle qui en dépit des facilités, sombre souvent : "Fluctuat et mergitur" (il flotte et coule) !


Finalement, à trop favoriser la mise en avant des "faux alphas" dans ce jeu de la double triche vis-à-vis de Darwin et de Dieu, "Fourberie-sur-Seine" pourrait donc avoir à changer la devise figurant au-dessus de la nef d'Isis, dans un futur proche : elle deviendrait alors "Fluctuat et mergitur" (elle flotte et coule, la nef) !

Mais il est vrai qu'à côté des "alphas", il y a également dans l'amusante classification éthologique qui précède, les "bêtas" (les suiveurs) et les "epsilons" (les non-penseurs les plus complets).

Friday, February 12, 2010

Le VIX, "indice de la peur" : même les marchés sont émotifs !

par Jean-Jacques COURTEY, Docteur en Géographie Economique

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Le VIX (Volatility Index) est l'indice de volatilité du "Standard and Poors 500", sur le marché des options de Chicago, deuxième plus grande bourse américaine.
Quand le Dow Jones ou le Nasdaq américains, le "footsie" (FTSE) britannique, ou le CAC 40 français sont à la hausse, c'est bon signe.
Mais pour le VIX, c'est tout le contraire. Il agit en quelque sorte comme un thermomètre avec la fièvre, tel un "indice de la peur" : c'est une mesure de ce qui est anticipé du marché au plan de la volatilité pour les 30 prochains jours, que ce soit à la baisse ou la hausse d'ailleurs.
Du fait de son caractère nettement prédictif, il se présente impavide et inexorable. Et à ce titre, il engendre la crainte chez les investisseurs du monde entier et à toute la surface de la planète, d'où la plupart des critiques à son encontre.

Du 4 au 5 février 2010, il est passé de 21,6 à 26,11. Et en ce moment, il semble se stabiliser en dessous de 25. Pour mieux apprécier la situation, il faut préciser que sur longue période, de 1990 à 2008, sa moyenne était de 19,04, et donc inférieure à 20. Techniquement, entre 10 et 20, la volatilité est considérée comme faible, entre 20 et 30 comme forte, et au-delà comme très forte, voire angoissante.
Les records atteints en 2008 (on est passé de 31,7 le 15 septembre 2008 à 89,59 le 24 octobre 2008), après la chute de Lehman Brothers, sont liés à la crise non résorbée des subprimes. Or celle-ci a été initiée en réalité en 2007, et si elle a touché de plein fouet le Royaume-Uni et l'Irlande, sa propagation à la Grèce est maintenant acquise (elle couve toujours en Espagne, au Portugal, ...voire même en France).

Le VIX apparaît ainsi comme un indice d'incertitude dont l'amplitude fait écho à l'"émotivité" plus ou moins grande des marchés. Et il appelle de vastes opérations de couverture du risque ("hedging"), par le biais de ce qui peut apparaître comme des contre-opérations sur le marché des options.
Une option est un dérivé financier. Mais en fait, on peut l'analyser comme une assurance contre un risque. La prime demandée par le vendeur d'option, qui peut également être une option de change (Euro/Dollar par exemple), dépend donc du risque anticipé par les marchés.
En d'autres termes, il mesure le comportement irrégulier et erratique des marchés. Mais normalement et heureusement, les périodes de volatilité très hautes sont de courte durée.

Le VIX a connu un grand succès en tant qu'instrument de mesure : il a été fréquemment transposé sur d'autres marchés d'options dans le monde. Il est ainsi devenu un outil standard au service de l'investisseur institutionnel ou non, par rapport à ses craintes de pertes et à ses attentes de profits.
De cette manière, à l'instar du VIX, sorte d'indice-mère, on utilise par exemple le LPBX pour les obligations, telles que celles de la Grèce dont le budget est sous le contrôle de L'Union Européenne et du FMI depuis le 11 janvier 2010. Car l'exposition au risque obligataire, avec effet de contagion, est considérable actuellement, pour les pays détenteurs comme le Royaume-Uni, l'Irlande et la France surtout - et à un degré moindre pour l'Allemagne, l'Autriche, et singulièrement la Suisse.

Tuesday, February 9, 2010

Les curieuses "rougeurs" de Pluton : les défis à la science terrestre d'une "planète naine"

par Jean-Jacques COURTEY, Docteur en Géographie Economique
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Le vendredi 5 février dernier, on annonçait un phénomène curieux à la surface de Pluton. Cette planète rougissait littéralement, en passant par différentes catégories de rouges plus précisément, sans encore atteindre la couleur de Mars. Cet effet de rougissement aurait crû de 30 à 40% depuis l'an 2000, alors que rien de semblable ne s'était produit durant les 43 années d'observation précédentes.

Les astronomes du monde entier se demandent les raisons de ce changement, tout en apportant d'une certaine manière une réponse : l'astre "nain" subirait de très fortes tempêtes solaires.

A ce jour, Pluton est la seule planète du système solaire à ne pas avoir été visitée par une sonde terrestre. On ne la connaît donc pas bien, même si la concernant, on parle d'une atmosphère extrêmement faible de méthane, de diazote et de monoxyde de carbone (CO). Or parler de monoxyde de carbone sous-entend automatiquement la présence d'oxygène sur cet astre.




En y regardant de plus près, Pluton est un véritable défi à la science terrestre. Ainsi son diamètre supposé a grandement oscillé de 6800 km (en 1965), en passant par 3500 km (1976), pour se rétrécir à 2300 km, voire à 2274 km dans les années 2000, d'où sa requalification en "planète naine".

Personne semble-t'il ne s'est interrogé sur les raisons de ces énormes variations de mesures, attribuées à la seule progression de la technologie terrestre, et non à un phénomène plutonien inconnu de "contraction", même pour une partie infime.

On ignore en réalité à quoi ressemble sa surface, présentée comme solide à 70% et constituée d'eau glacée pour les 30% restants, à l'instar de Triton, le plus gros satellite de Neptune. Et il est important de signaler que le télescope spatial Hubble est incapable de distinguer les détails de sa surface.

On semble avoir oublié que Pluton a été découverte le 18 février 1930 par erreur, à partir de calculs fondés sur les perturbations orbitales de Neptune, qui se sont avérés faux par la suite. C'est un assistant de l'Observatoire Lovell de Flagstaff aux USA (Arizona), Clyde W. Tombaugh qui l'a trouvée en cherchant la "planète X" devant logiquement se trouver au-delà de Neptune. Ceci dit, il est mieux de trouver quelque chose dans le cosmos avec des calculs erronés, que rien du tout avec des calculs terrestres justes.

Son nom provient en partie des initiales de Percival Lovell (P L), à qui on voulait rendre hommage, et de la suggestion de la petite-fille d'un astronome anglais pour cet astre situé dans les ténèbres du fait de son éloignement maximal du Soleil, que d'autres qualifient plutôt aujourd'hui d'astre très "contrasté".

"(134340) Pluton" est la désignation officielle donnée par l'Union Astronomique Internationale à Pluton. Car Pluton, le 24 août 2006 a été reclassée, de façon encore controversée, par l'Union Astronomique Internationale, en tant que "planète naine" ou que "plutoïde", lors d'un important congrès. Et actuellement, avec ses trois "lunes" (Charon découverte en 1978, ainsi que Nyx et Hydra découvertes par Hubble en 2005 ), elle est davantage perçue comme un objet céleste parmi d'autres de la Ceinture de Kuiper.

On a dit qu'Alan Stern, l'investigateur principal de la mission "New horizons" qui lui est consacrée par la NASA, n'avait pas pu être présent le jour du vote des résolutions B5 et B6 reclassant Pluton, dans une ambiance un peu rocambolesque. En effet, il est dit que ce jour là, il préféra aller chercher l'une de ses filles au lycée, ce qui peut paraître curieusement "terre à terre", mais interroge sur les enjeux réels de la question du statut de Pluton.

Si la mission spatiale "New Horizons" peut la survoler comme prévu, à 9600 km de distance, le 14 juillet 2015 à 11 h 59 (Temps Universel Coordonné), ce sera un grand moment.

Cependant, il est normalement prévu que les observations débutent 4 mois avant la phase d'approche, et que les données collectées soient retransmises 9 mois plus tard.

La vitesse de la sonde est passée de 50 000 km/h à 75 000km/h , grâce à l'effet de fronde gravitationnelle de "Jupiter la gazeuse", lorsqu'elle l'a dépassée, en fonçant sur Saturne, Neptune et Pluton.

Cette sonde lancée le 19 janvier 2006 de Cap Canaveral (Floride, USA) a coûté 700 millions de dollars, et tire son énergie combustible de plutonium russe. Car cette mission doit s'étendre au survol de Charon, le principal satellite de Pluton, et à l'observation de la Ceinture de Kuiper.

Elle dispose de 7 équipements scientifiques, dont 3 spectromètres : outre le spectromètre à ultraviolets Alice, les deux autres - SWAP et PEPSSI - permettront de mesurer d'une part, le taux d'échappement de l'atmosphère de Pluton et son interaction avec les vents solaires, et d'autre part, la composition et la densité du plasma s'échappant de son atmosphère.

La "longue année" de Pluton dure 248 ans et 249 jours terrestres, soit le temps qu'elle met à tourner autour du Soleil, avec un mouvement de rotation inverse des aiguilles d'une montre, à l'instar de Vénus, mais à la différence des autres planètes du système solaire.

La température y est très froide, puisqu'elle oscillerait entre - 228° C et - 238°C, d'où le grand étonnement des astronomes de la voir actuellement "rougir". En outre, elle était plus proche du Soleil de 1979 à 1999, que maintenant.

On ne connaît pas non plus exactement sa masse (supposée 5,6 fois plus faible que celle de notre Lune), ni sa densité (évaluée à 2 g/cm3), sur lesquelles la mission "New Horizons" devrait nous apporter des précisions.

Pluton est la planète la plus éloignée du Soleil dans le système solaire, normalement. Mais que penser de cette "planète naine", dont l'orbite est tellement excentrique qu'elle est parfois plus proche du Soleil que Neptune ?

Pourtant, il y a un élément rassurant : bien que l'orbite de Pluton, dont la période est 1,5 fois plus longue que celle de Neptune, croise régulièrement cette dernière, on pense sur Terre que jamais elles ne pourront entrer en collision. Seul Charon, le principal satellite de Pluton, serait le produit d'une collision de Pluton avec un autre corps céleste.

Enfin, si Pluton parvient à être soumise à de puissantes tempêtes solaires qui la font "rougir" à une aussi lointaine distance du Soleil, on peut légitimement s'interroger sur la force et l'impact réels de ces mêmes tempêtes sur la Terre, qui elle en est beaucoup plus près !

Friday, February 5, 2010

Pyrrhus Ier Eacide (v. 318- 272 av. J.-C.) : les jeux d'hécatombe de la Grèce


par Jean-Jacques COURTEY, Docteur en Géographie Economique

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Né vers 318 avant Jésus-Christ, Pyrrhus Ier régna successivement sur l'Epire de 306 à 302 avant Jésus-Christ, puis de 295 à 272 avant Jésus Christ, en étant enfin reconnu "roi des Molosses".
De fait, il était le successeur de la dynastie éacide, qui se proclamait descendante de Molossos, fils d'Andromaque et petit-fils du héros grec Achille, qui régna en Grèce sur l'Epire. Molossos donna son nom à son peuple, qui devint de cette manière celui des Molosses.
Pyrrhus, dont le prénom signifie "roux" en grec, est associé à la danse guerrière d'Achille (la danse pyrrhique). Il était un cousin éloigné de feu Alexandre le Grand (356-323 av. J.-C.), dont la mère Olympias était elle-même une princesse Molosse.

On connaît souvent sans le savoir la dynastie éacide, par rapport à ses chiens de combat, surnommés eux-mêmes par extension des "molosses" : le grand chien d'Alexandre se nommait ainsi Péritas.
Le père de Pyrrhus Ier avait été assassiné et son royaume usurpé par son neveu Neoptolème. Il fut restitué à Pyrrhus lorsqu'il eût atteint l'âge de douze ans (vers 306 av. J.-C.), par le roi Glaucias d'Illyrie qui l'avait recueilli. Mais Neoptolème allait le dépouiller à nouveau de l'Epire (302 av. J.-C.)


Privé de royaume, il participa avec bravoure et un sens remarqué du commandement , à la grande bataille d'Ipsos en Phrygie - Turquie - dont l'enjeu était la domination de la Grèce et de la mer Egée (301 av. J.-C.). Ce fut sans doute l'une des plus grandes batailles d'éléphants de l'histoire, dont les 400 de Séleucos donnés par le prince hindou Chandragupta Maurya. S'affrontèrent à cette "bataille des rois", comme on l'appela, Séleucos et Lysimaque, anciens généraux d'Alexandre, d'un côté, et Antigonos le Borgne, également général macédonien, de l'autre.
Ptolémée, allié à Séleucos et Lysimaque, ayant reçu la fausse nouvelle de la victoire de leur opposant, Antigonos, qui pourtant n'avait que 75 éléphants de guerre, ne fit finalement pas sa jonction avec eux.
Pyrrhus était du mauvais côté, celui d'Antigonos qui s'était fait proclamer roi de Macédoine cinq ans plus tôt et mourut durant cette bataille ; et il fut emmené comme otage de Ptolémée, en Egypte.


Ptolémée était en effet devenu pharaon (305- 283 avant Jésus Christ) sous le nom de Ptolémée Ier Sôter - "le sauveur", en tant que successeur d'Alexandre le Grand. Et il avait à ce titre demandé au prêtre Manéthon de rédiger pour lui une "Histoire de l'Egypte", ce qu'il fit avec la gloire controversée que l'on sait encore aujourd'hui.
Pyrrhus Ier eût l'honneur et la chance de se marier avec la belle Antigonè, fille de Ptolémée Ier et de Bérénice. Et grâce à cette union il put à nouveau régner sur l'Epire d'abord conjointement avec son cousin Néoptolème (295 av. J.-C), puis seul après la mort vraiment tragique de ce dernier.


Libre désormais de partir à la conquête du monde, comme il le disait lui-même, Pyrrhus Ier allait faire ce qu'il aimait : la guerre ! Il était certainement devenu un grand général, mais il n'avait pas les extraordinaires capacités politiques de son cousin Alexandre.
D'abord il conquit - pour un temps seulement - la Macédoine, en profitant du désordre consécutif à la succession d'Alexandre le Grand ; mais il la perdit finalement devant Lysimaque, ancien général d'Alexandre (285 av. J.-C.).
Appelé ensuite, en Grande Grèce (Italie du Sud) par les habitants de Tarente, en 280 avant Jésus-Christ, pour les défendre de Rome, il utilisa lui-aussi des éléphants de combat pour donner l'assaut.


Après la victoire d'Héraclée (280 av. J.-C.), il y eût celle d'Ausculum (279 av. J.-C.) encore plus chèrement acquise sur les Romains qui persistaient toujours à le combattre. Rome avait pu reconstituer sans difficulté ses troupes sur place, et l'affrontait pour libérer l'Italie, sa terre.
Plutarque de Chéronée (46 - 125 ap. J.-C.), le Béotien devenu citoyen romain, lui attribue cette exclamation après la victoire d'Ausculum : "Encore une victoire comme celle-là, et je rentrerais bientôt seul en Epire !"
Toujours selon Plutarque, ses hommes, lucides également, disaient avec un humour désabusé : "Si nous devons remporter une autre victoire sur les Romains, nous sommes perdus !"


C'est de ces citations qu'est tirée l'expression imagée de "victoire à la Pyrrhus", pour une victoire désastreuse, obtenue au prix de lourdes pertes, et donc à s'épargner si possible.
Quoi qu'il en soit Pyrrhus fit tout pour éviter un autre affrontement avec eux, en intervenant en Sicile. Mais l'affrontement eût tout de même lieu quatre ans plus tard à Bénévent (275 av. J.-C.), où une partie de sa flotte fut détruite par le romain Curius Dendatus, l'obligeant à rentrer en Epire.
Nombre de ses hommes n'allaient jamais revoir la Grèce, et finiraient dans le fleuve rougissant du royaume souterrain d'Hadès (Pluton pour les Romains).

Pyrrhus considérait la guerre comme une sorte de jeu, où régnait l'hécatombe, et dont il devait naturellement sortir vainqueur. Il disait aspirer à se reposer le jour où il aurait conquis le monde. Et d'une certaine manière, il fut assez souvent vainqueur, mais sans parvenir a pérenniser ses victoires, à la différence de son cousin, Alexandre le Grand.
Victorieux, il le fut encore par la suite en Grèce, lui qui ne rêvait que de plaies et de bosses. Mais ses proches lui conseillaient plutôt de ne pas attendre ce fameux jour, et de se reposer tout de suite.
Il ne les écouta pas, et finalement, en 272 avant Jésus-Christ, lors d'une guerre contre Sparte, il mourut de façon inattendue. Il reçut...une tuile sur la tête que lui avait envoyée d'un toit une vieille femme, lors de l'attaque de la ville d'Argos, dans le Péloponnèse. Beaucoup plus tard, cette ville sera intégrée à la province romaine d'Achaïe (146 av. J.-C.).

La mort de celui que les Romains considéraient comme une sorte d'"anti-Alexandre", entraîna pour la Grèce la perte définitive des colonies la Grande Grèce, au profit de Rome. Ils apprirent beaucoup de lui, et notamment à économiser leurs troupes.
C'est grâce aux Romains justement que le nom de "molosses" nous est parvenu : ils introduisirent les chiens d'Epire comme chiens de garde, dans tout le Bassin Méditerranéen.
La puissance naissante de Rome a pu faire ses premières grandes armes contre lui, en l'assurant qu'elle pouvait finir par battre la Grèce - ce qui était impensable jusqu'alors - et supplanter sa puissance dans le monde connu.

Friday, January 29, 2010

Thalestris, la Royale Amazone, et Alexandre le Macédonien invincible : chronique géographique d'un défi à l'histoire

par Jean-Jacques COURTEY, Docteur en Géographie Economique
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Thalestris fut la dernière reine des Amazones ; on l'appelait également Minythie. En 330 av. J.-C., elle vint au devant du camp d'Alexandre (21 juillet 356-323 av. J.-C), à Zadracarta, capitale de l'Hyrcanie - en Médie, à la frontière de l'Iran et du Turkménistan actuels, au sud-est de la Mer Caspienne -, avec 300 de ses meilleures guerrières. Et au départ, ses phalanges macédoniennes se préparèrent à riposter en croyant à une attaque surprise, en ce lieu où il faisait halte parce qu'on lui avait volé son cheval "Bucéphale", finalement retrouvé.
Mais l'attaque de cette reine "mi-topless" était plus douce et langoureuse. Selon le célèbre historien romain du Ier siècle avant Jésus Christ, Quintus Curtius, dans son ouvrage intitulé "L'histoire d'Alexandre le Grand", cette reine aux cheveux noirs était extrêmement belle, et pour ne rien gâter, elle était également follement attirante.
Et elle voulait simplement...s'accoupler avec le roi de Macédoine, fils du célèbre Philippe II (vers 382- 336 av. J.-C.), qui avait la réputation d'être un conquérant invincible.



Elle lui proposa de rester avec lui treize jours et treize nuits, soit pratiquement une demie lune choisie par elle pour une fécondité maximale. Elle ambitionnait clairement le grand honneur de porter leur enfant à naître, car il serait un combattant et un être exceptionnel aux yeux du monde.
Au début de leur entretien sous son emblème au soleil d'or, Alexandre hésita. Tout cela allait trop vite. Mais finalement, il succomba aux avances convainquantes de cette farouche guerrière, à la chevelure sauvage et envoûtante. Elle fit alors un curieux marché avec lui : si l'enfant à naître de leur union était une fille, elle la garderait auprès d'elle pour qu'elle puisse régner sur les Amazones après sa mort ; et si c'était un garçon, elle promettait exceptionnellement de ne pas l'estropier (en lui brisant une jambe, par exemple) lorsqu'il aurait atteint l'âge de cinq ans, mais au contraire de le renvoyer intact à son père.

Quintus Curtius nous dit que Thalestris trouva Alexandre moins conquérant qu'elle ne le pensait durant ces treize journées entières, consacrées à un tout autre plan de bataille. Elle dut ainsi faire certains efforts pour le solliciter, avec un grand succès toutefois. Elle n'était pas une reine guerrière pour rien !
Quoi qu'il en soit, à l'issue de cet intense hymen, elle rentra chez elle avec ses guerrières, dont une partie à l'exemple de leur reine, avait sympathisé avec les troupes d'Alexandre, trop contentes de cette aubaine.
On sait que sa capitale, Themiscyra, se situait en Asie Mineure sur les bords de la Mer Noire, et que son royaume couvrait également la Crimée (actuellement en Ukraine) et le sud de la Russie, jusqu'à ce qui est maintenant Rostov-sur-le Don. Cela explique de façon on ne peut plus limpide, que de nos jours des groupes de belles jeunes femmes se proclament les héritières des Amazones tant en Ukraine, que dans le sud de la Russie.

Pour en revenir à Alexandre, sa présence en Hyrcanie (la "terre des loups") avait plusieurs motifs successifs. Initialement, il était à la poursuite de Darius III (380-330 av. J.-C) qui s'y était réfugié. Mais celui-ci ayant été assassiné par deux de ses vassaux, Nabarzane et Bessos, le satrape de Bactriane - autoproclamé Artaxerxès IV-, il voulait les faire prisonniers en tant que régicides, et en profita pour soumettre les montagnards révoltés. Car Alexandre régnait désormais sur l'Iran. L'année suivante, il mit la main sur Bessos qui avait réussi à s'enfuir vers la Bactriane et lui fit regretter amèrement son geste.

Puis Alexandre se maria en Bactriane, à Balkh (durant l'hiver 328-327 av. J.-C.) avec Roxanne, fille d'un noble perse, que l'on surnommait "la plus belle femme d'Asie", quelques temps avant d'être choisi comme roi par les Afghans de l'époque, sans vraie bataille.
Ces derniers l'avaient plébiscité pour des raisons religieuses, en le révérant subitement comme un dieu vivant, à la vue de la médaille qu'il portait autour du cou.
Et actuellement, de nombreux afghans descendent en réalité des redoutables phalanges macédoniennes qui ont fait souche à cette époque dans ce pays, en se mariant avec des femmes afghanes. C'était là, la politique d'Alexandre pour pérenniser son pouvoir, lui qui en guise de remerciements, leur avait révélé le secret de certaines de ses ruses et tactiques pour ne pas être conquis.

Tous les enfants qu'Alexandre conçut de certaines de ses 365 concubines moururent assassinés, et il en fut de même pour le fils de Roxanne, comme d'ailleurs de sa mère - qui elle-même par jalousie avait tué sa seconde épouse, Stateira, la fille de Darius III. En effet, ses généraux ne voulaient pas obéir à un nouvel Alexandre après sa mort, mais régner seuls sur les différentes parties de son immense empire.
C'est dans ce contexte qu'il faut situer le silence gardé par Thalestris, dont parle Quintus Curtius, et qui était en réalité de la prudence, car elle craignait pour sa progéniture.
De fait, la reine des Amazones grâce à ses espionnes, savait quel sort funeste était réservé aux descendants du grand conquérant, ce qui explique très logiquement pourquoi elle ne lui donna aucun signe de vie.

Thalestris accoucha neuf mois après sa rencontre amoureuse avec Alexandre le Grand, non pas d'un, mais de deux enfants, des jumeaux. On parle d'Anya, pour la petite fille, et de Vania, pour son petit frère. Mais on n'est pas vraiment sûr de leurs prénoms.
Ne pouvant pour des raisons de sûreté tenir sa promesse de rendre l'enfant mâle à Alexandre, elle ne voulait pas non plus se résoudre à l'estropier lorsqu'il eût cinq ans. Cela aurait été d'autant plus cruel, injuste et difficile pour elle, que vers l'âge de quatre ans, près du fleuve Thermodon, Vania avait sauvé sa petite soeur Anya, de la morsure d'un serpent venimeux, en lui fracassant le crâne avec une pierre. Par ailleurs, Anya adorait son petit frère qui le lui rendait bien... et franchement elle-aussi aimait tendrement son fils qui la faisait fondre, elle, la farouche guerrière !

Mais la loi des Amazones était inflexible, même et surtout pour les reines, dont certaines durent s'exiler avec leur fils pour cette raison. Elle se résolut donc à appliquer la "vieille coutume" qui consistait à abandonner les enfants mâles aux confins de leur terre, mais avec une variante. Pour garantir une sécurité maximale à l'héritier d'Alexandre le Grand, elle décida qu'il serait transporté secrètement le plus loin possible, vers un territoire non conquis, à l'extrême-occident, "dans le beau pays qui ne s'arrête qu'à la grande mer" (l'Océan Atlantique), "là où le soleil se couche". Et son fils fut ainsi acheminé après un long périple...en Gaule, où il vécut et put semble-t'il avoir une descendance, sans qu'on en sache guère davantage.

Alexandre le Grand, son père, qui avait poussé ses conquêtes jusque dans le Golfe Persique et dans la vallée de l'Indus en Inde, dut s'arrêter là, devant l'insistance de ses troupes épuisées et les pluies de la mousson (326 av. J.-C.). Il rentra alors en Babylonie pour administrer son immense empire et y célébrer nombre de mariages mixtes, comme à Suse. Il mourut en son palais de Babylone, lors d'un banquet, le 13 juin 323 avant Jésus-Christ d'une étrange et forte fièvre (en fait peut-être empoisonné), juste avant l'âge de 33 ans.

Et trois ans plus tard, en 320 avant Jésus Christ, le royaume des Amazones était conquis et absorbé par les Scythes. Les princesses amazones se marièrent avec ces guerriers sauvages qui aimaient faucher le corps de leurs ennemis à coups de faux (d'où leur nom de "scythes"), et furent à l'origine du maillon hybride des Sarmates.
Les riches vestiges historiques des dernières amazones, et Dieu sait qu'il y en a - tombes de princesses avec leurs armes, entre autres -, sont visibles les jours ouvrables dans le Musée qui leur est consacré, à Rostov-sur-le Don (Russie).


Tel est l'épilogue inachevé de l'extraordinaire histoire amoureuse de Thalestris, la Royale Amazone, et d'Alexandre, le Macédonien invincible. Grâce à l'aura de légende relativement brouillée qui a entouré son récit pendant des siècles et des siècles jusqu'à nos jours, elle a pu jouer son office protecteur ; et toute ressemblance avec des personnages réels ou ayant existé, a pu apparaître totalement fortuite.

Tuesday, January 26, 2010

Olympe de Gouges (1748-1793), la féministe : une "patriote" humaniste qui voulut sauver son Roi !

par Jean-Jacques COURTEY, Docteur en Géographie Economique
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C'était une femme étonnante que Marie-Olympe Gouze, dite Olympe de Gouges, née à Montauban (Sud-Ouest) en 1748. Fort bien faite de sa personne, elle était également fort intelligente, et combattit toute sa vie pour les droits des femmes, mais également contre l'esclavage. Et elle voulut même sauver le Roi Louis XVI (1654-1793) d'une mort certaine et programmée, en le tirant des griffes sanguinaires du Tribunal Révolutionnaire.

Louis XVI en révoquant une lettre de cachet l'avait sortie de La Bastille (septembre 1785), où une cabale du marquis de Breteuil (ministre) et du Maréchal de Duras contre sa pièce "Zamore et Mirza, l'heureux naufrage" l'avait faite enfermer.
Elle avait applaudi à la prise de la Bastille (14 juillet 1789), mais se souvenait qui l'en avait libérée. Elle chercha par la suite à entretenir une petite correspondance avec sa femme, Marie-Antoinette. Elle lui fit ainsi parvenir sa "Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne" en 1791.

Pour elle, Louis XVI était non seulement et surtout victime de circonstances contraires, mais encore d'une gigantesque complot sacrilège visant à lui ôter la vie. Il n'était certainement pas un tyran et encore moins un traître à la Nation, mais au contraire un roi fort bon, trahi de toutes parts, et qui essayait courageusement de sauver les siens d'un engrenage diabolique et sanguinaire.

C'est pourquoi, elle qui souffrait d'être une patriote incomprise par les révolutionnaires "hommes" du fait de ses idées d'égalité (mot qui a également le sens d'équité à cette époque), se proposa le 16 décembre 1792 à la Convention Nationale, pour assister l'avocat Malesherbes (1721-1794) dans la défense du Roi.

Il est difficile de connaître les raisons secrètes pour lesquelles elle était si confiante dans sa possibilité de renverser la situation, ni de quels éléments inconnus à ce jour elle disposait pour ce faire.
On ne sait pas, par exemple, si elle connaissait les trois noms "les plus secrets" de la Révolution, Gilles, Cavalanti et Rotondo, tous trois membres d'un groupe dénommé "le Sabbat", et agents des basses oeuvres du Club Breton.
De même, on ignore si elle avait eu vent du vrai rôle du Marquis de la Fayette et du Marquis Christophe Malbec de Briges, Maître des Ecuries Royales, dans l'orchestration de la fuite et de l'arrestation du Roi et de sa famille à Varennes (juin 1791).

Quoi qu'il en soit, sa tentative de sauvetage échoua, la Convention Nationale ayant rejeté sa demande, avec mépris dit-on ! En 1793, elle essuya à nouveau ce même mépris lorsqu'elle s'en prit à ceux qui avaient ordonné ou laissé se dérouler "les massacres de septembre" (2 et 3 septembre 1792), dont l'affreux Marat (1743-1793) qui prônait leur généralisation à toute la France. Mais ces événements marquaient un changement radical, en signant l'avènement de la Terreur.

Dans une affiche intitulée "Les trois urnes ou le salut de la patrie par un voyageur aérien", elle prit la défense des députés de la Gironde qui avaient été arrêtés pour "fédéralisme". Mise en accusation à son tour le 6 août 1793, pour son soutien apporté à la Gironde, par le Comité de Salut Public (constitué de "Montagnards", surnom des députés jacobins, issus du Club Breton, siégeant haut perché à l'Assemblée Nationale), elle ne fut jugée que le 2 novembre 1793. En effet, entre temps, elle était tombée malade.

Elle fut guillotinée le 3 novembre 1793...alors qu'elle attendait très probablement un enfant. Elle avait déclaré qu'elle était enceinte à l'Accusateur Public, Fouquier-Tinville (1746-1795). Mais il décida qu'elle ne l'était pas (!), afin de ne pas commuer la peine de mort en prison à vie. Car il voulait que sa tête roule dans le panier pour qu'elle ne puisse pas "contaminer l'esprit public". Elle mourut avec dignité et courage, comme l'avaient fait le Roi et la Reine.

Le plus remarquable épilogue concernant cet homme cruel et inhumain, c'est qu'il fut le dernier révolutionnaire à être guillotiné (le 7 mai 1795), pour en finir une bonne fois pour toutes avec la période traumatisante de la Terreur. A cette occasion, il semble qu'il prit peur et se mit à trembler en émettant des sons craintifs ressemblant à un "Pitié !", lui qui avait envoyé quotidiennement et par charrettes entières, tant de gens à la mort sans le moindre état d'âme.

Olympe de Gouges a été beaucoup plus étudiée à l'étranger, Chine comprise, qu'en France où elle a -paradoxalement- parfois plus passionné les hommes que les femmes, semble-t'il. Elle-même avait souvent déploré le manque de solidarité des femmes envers sa cause.

Elle fut notamment à l'origine de l'institution du divorce, entrevu comme un moyen de se libérer d'un mauvais mariage. N'oublions pas qu'elle-même eût une mauvaise expérience quant à sa première union, et déclarait que le mariage était "le tombeau de la confiance et de l'amour" ! Quoi qu'il en soit, le divorce fut la seule et unique mesure de la Révolution en faveur des femmes, votée à l'initiative des Girondins !

Et également, on sait qu'elle proposa sans succès en 1788, juste avant la Révolution donc,un "impôt patriote" sur les privilégiés du régime, afin de sauver le trésor royal et d'éviter à la France la ruine financière.


Tuesday, January 12, 2010

Pythagore "l'immortel" : entre pensée matricielle, élitisme, déification, et symbolisme

par Jean-Jacques COURTEY, Docteur en Géographie Economique

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Pythagore est né dans l'île de Samos en mer Egée (Grèce) vers 580 av. J.-C. selon Porphyre de Tyr (fin IVème siècle av.J.-C.- début IIIème siècle av. J.-C.). Et il fut à l'origine d'un courant de pensée qui influence toujours profondément la société actuelle. Son nom signifie "celui qui a été annoncé par la Pythie" - de Delphes. Il étudia la philosophie, les mathématiques, la poésie, la musique et la gymnastique avec excellence.
Mais il fut clairement le premier penseur grec à s'être qualifié de "philosophe", c'est-à-dire d'"amoureux de la sagesse". Et il concevait la philosophie comme la connaissance des choses divines et humaines, ainsi que des principes et des causes.


Pour la plupart des gens, c'était surtout un grand mathématicien grec, et nous avons presque tous étudié à l'école son célèbre théorème, en fait d'origine babylonienne : dans un triangle rectangle, le carré de l'hypoténuse est égal à la somme des carrés des deux autres côtés. Il faut dire que pour lui tout était mathématique, mais avec un sens numérologique, magique ou prédictif que nous ne lui prêtons plus de nos jours.



Il fit pendant de très longues années tout un périple en Grèce, en Egypte, et à Babylone, où il fut initié aux différents Mystères de ces civilisations antiques. Puis il revint brièvement à Samos, avant d'aller s'installer à Crotone en Nouvelle Grèce (Italie) pour y donner un célèbre enseignement et appliquer sur place ses théories politiques avec ses disciples sur la population de la province.


Une foule de jugements ou d'idées préconçus que nous avons aujourd'hui sont dûs à ce grand philosophe et mathématicien. Car sa pensée est toujours particulièrement vivante de façon sous-jacente dans nos sociétés modernes : elle agit à la façon d'une matrice structurante dont il est incroyablement difficile de se départir.



Pythagore a créé un moule intellectuel apparemment indémodable. Et il n'agit pas sur notre esprit comme une simple référence historique, mais davantage en tant que code de comportement interne transposé dans toute la civilisation occidentale ou influencée par le monde grec - ce qui revient à dire jusqu'aux confins de l'Afghanistan ou de l'Egypte . C'est un peu comme s'il avait écrit la pensée une fois pour toutes, sa matrice fonctionnant à la manière d'un filet attrapeur d'idées, d'un piège inexorable et incontournable pour la pensée somme tout limitée des hommes.


A cet égard, les vers tirés de sa philosophie sont appelés "les vers d'or" et constituent un véritable "catéchisme", avec toutes ses règles morales concernant le comportement de l'homme sage, y compris dans son accomplissement des rites religieux. Et ces préceptes tirés de ses "acousmatiques" ("condensés" en grec) existaient tout bonnement avant l'avènement de Jésus-Christ. Il prétendait à l'absolu alors que l'homme n'est que relatif.

La pensée pythagoricienne a ainsi pu être modélisée sur un plan politique, en vue d'établir le meilleur gouvernement des hommes possible : selon Pythagore, il s'agit d'une sorte d'aristocratie méritocratique, qui doit fonder la prédominance des élites savantes et dirigeantes. Dans ce système, il y a un savoir et une croyance pour le peuple fait d'approximations suffisamment satisfaisantes pour ce qu'il a à accomplir, et parallèlement la connaissance la plus approfondie et une croyance démystifiée pour la caste supérieure.

Il y a également un présupposé de bêtise inévitable pour le peuple (qui peut être facilement abruti) et de sagesse transcendante - exagérée à notre sens - au contraire pour l'élite, entrevue sous un angle plus sophistiqué. Par exemple, il dit que l'on ne doit jamais se mettre en colère, ce qui est une quasi-impossibilité pour les hommes ou les femmes, qu'ils soient du peuple ou de l'élite d'ailleurs. Or dans le Nouveau Testament, même Jésus se met parfois en colère, alors qu'il est adoré comme le fils de Dieu. Du reste, la colère de Dieu peut s'avérer hautement mémorable pour les Humains s'ils la cherchent vraiment.

Le système pythagoricien n'est pas démocratique, même au sens athénien et donc plus limitatif du terme : il est établi sur la domination de ceux ou celles qui sont supposés être les plus capables et les plus intelligents, voire les plus vaillants. Son rapport à la force est subtil et volontairement intellectualisé, comme pour la justifier dans tous les cas possibles. Il sous-tend tout ce qui s'est fait jusqu'à nos jours et se pratique encore dans les systèmes oligarchiques, y compris et notamment à l'Est. Il baigne de ce fait dans le cercle vicieux de l'élitisme à outrance, avec la reproduction de la classe dominante pour toile de fond.

Il faut savoir qu'à la fin de sa vie, Pythagore était adoré comme un demi-dieu, au sens qu'il lui donnait dans son "catéchisme" (presque un dieu mais plus qu'un héros). Ceci était d'ailleurs conforme à son enseignement qui visait à introniser quotidiennement le dieu de la monade en soi-même pour se déifier. Pourtant, il fut obligé de fuir Crotone, l'obéissance ne se faisant pas naturellement face à sa création intellectuelle et politique ...sans doute quelque peu irréaliste. De fait, cette dernière ne tarda pas à susciter les critiques et surtout la révolte d'une partie de la Nouvelle Grèce italique.

Ainsi, son école de Crotone en Calabre fut incendiée par un violent mouvement de sédition populaire. Et on dit qu'il serait mort à Métaponte (sud de l'Italie) en 497 av. J.-C. dans la maison également incendiée de son ami Milon. Car c'est le demi-homme que n'aimaient pas les gens de cette province. Dans la deuxième version de sa mort, il se serait laissé mourir de faim dans le temple des muses de Métaponte en 494 av.J.-C., selon Porphyre, le mentaliste. Il y était en quête de l'immortalité et de la reconnaissance éternelle que son enseignement promettait aux grands sages (le vulgum pecus n'ayant droit qu'à la transmigration de son âme dans un animal, ou parfois un être humain, quant à lui). Et d'une certaine manière, c'est un peu ce qui est arrivé.

Pythagore, le penseur superstitieux qui interdisait de consommer des fèves, disait : "Il faut faire de grandes choses sans les annoncer et sans les promettre."
Parmi tous ses successeurs ( ou "diadoques"), il y eût ses deux fils, Mnésarque et Télauges qui ont amené jusqu'à nous la puissance des symboles secrets de reconnaissance, comme la tétrade (pyramide triangulaire composée de quatre faces, clé de l'énigme universelle des origines) et la tétrachtys (pentagramme à cinq branches et cinq côtés). Le plus curieux concernant ce dernier symbole qui représenterait la planète Vénus, c'est que réalisé en bleu, il deviendrait "l'étoile bleue", qui est le vrai nom de sa "planète-soeur" dans le cosmos, la Terre.