Monday, April 26, 2010

Fourberie-sur-Seine III : essai humoristique sur le "culte de la sémantique hybride", le jeu du chaos, et les effets de mode

par Jean-Jacques COURTEY, Docteur en Géographie Economique

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A Fourberie-sur Seine, la sémantique est souvent une clé cachée des conflits, ou au contraire un moyen de les apaiser, ou encore mieux de les éviter. Car on adore jouer avec les mots comme Arlequin et Colombine, et passer une partie de ses journées en "pantalonnades". Il y a l'art troublant de faire de l'inconsistant avec du consistant...ou le contraire, ce qui peut s'assimiler à du déconstructivisme "réassemblé". Plus prosaïquement, il y a aussi une manière de se moquer du monde, en lui faisant perdre son temps dans de faux dialogues ou des discussions oiseuses et artificielles. Mais les palabres sont aussi un moyen de mettre entre les gens du "liant", c'est-à-dire ce qui leur manque le plus dans une société deshumanisée. Et à cet égard, il y a quand même un aspect positif.

C'est pourquoi, nous parlons de "culte de la sémantique hybride". Car là les mots ont une fonction double, lorsqu'ils ne visent pas seulement à se faire comprendre, ni forcément à comprendre quoi que ce soit : ils deviennent des expressions "trompe l'oeil" ressortant de l'habitude et destinées à tromper le temps ou son ennui. On parle souvent à tort et à travers pour ne rien dire, et sombrer dans un existentialisme sans fond, qui emprunte des accents de "spleen baudelairien". On est alors dans "la posture" la plus totale. Et on a tendance à sacrifier à une sorte de "rite" propitiatoire. Mais peut-être s'agit-il aussi d'une tentative désespérée et angoissante d'échapper à une loi de Zipf trop structurante et si limitante en matière sémantique, du fait de l'utilisation récurrente d'un certain nombre de mots (cf. notre article du 7 avril dernier : "Quand l'araignée tisse sa toile : entre loi de Zipf, monde des rôles et observation animale") ?

De fait, la sémantique ressort de la psycho-linguistique, car son champ est celui des "signifiants", et donc du "sens", mais aussi de la façon dont les mots sont perçus, avec leur variance d'interprétation et leur valeur. Le contenu des mots s'exprime à travers des "marqueurs" du langage, et de l'écho qu'ils produisent - au sens littéral - sur le cerveau des individus (qu'il s'agisse du cerveau limbique ou du cerveau reptilien). En ce sens, le mot ou même le simple phonème peut tout à fait stimuler les neuro-transmetteurs de tout un groupe. On sème de la pensée, comme d'autres sèment le blé, pour en faire la moisson. Et le plus amusant, c'est qu'en philologie un "sème" correspond d'ailleurs à la plus petite unité de sens.

La sémantique joue donc un rôle fondamental dans nos vies mêmes si nous n'en avons nulle conscience. Elle est le résultat d'une opération de conceptualisation "extériorisée et exprimée" par la parole ou par l'écrit.
Ainsi, elle a souvent un effet déclencheur puissant sur le psychisme humain. Dans cette conception, le mot possède une "charge" en soi, qui peut être positive ou négative, voire neutre dans les situations hybrides précitées. On est alors dans un "nihilisme" permettant furtivement de mettre en valeur toute une vie, une vie fort "significative" pour le coup. Là encore, le ressenti de l'individu, même contrasté, sera globalement plutôt positif.

Le "culte de la sémantique hybride" devient alors un jeu, le jeu du chaos orchestré. Car il paraît aux gens tellement plus chouette et amusant que rien ne fonctionne correctement, et donc linéairement. Chacun se donne la main ou se passe le mot pour être fiable in fine en un looping inattendu mais bienvenu, dans une ambiance de grand désordre. Dans toute cette orchestration absconse (dissimulée et détournée) et abstruse (communément confuse), beaucoup ont l'impression de revivre leur enfance : les plaisirs du lego qu'on assomme rageusement à grands coups de paume "quand ça ne veut pas rentrer", ou la poupée que l'on coiffe - ou décoiffe - avec de grands gestes saccadés et bien appuyés, en ramassant les quelques cheveux qui tombent.

Même le mode normal de comportement qui en découle est complètement hybride : il combine étonnamment l'art de lambiner... au rite de l'urgence effrenée et soudaine qui compense un retard de façon fulgurante, dans un savant et détonnant cocktail. Et il est souvent plus utile de cultiver un certain détachement pour être bien servi, et obtenir une chose rubis sur l'ongle. Car pour bien vivre à Fourberie-sur-Seine, aucun diplôme minimal n'est réellement nécessaire, mais une usage habile de la sémantique est absolument requis.

On aime beaucoup ce qui est tendance. Plus c'est snob et dépourvu de sens, mieux c'est. Un peintre qui utilise son pinceau dégoulinant non pas sur un contrevent mais "contre le vent", par exemple, peut furieusement attirer. Faire de la broderie miniature sur boite d'allumettes défraîchie, dans un subtil détournement de l'objet, ça c'est pop ! S'habiller en sac de patates - car au fond c'est de la toile de jute - peut être du dernier cri de la mode. Egalement masser de la pâte à modeler sans rien modeler, voilà le summum d'une créativité ressortant de " l'art de la vacuité" ! Est-ce "new wave hard" ou purement "conceptuel" ? Le débat ne sera jamais tranché.

Tuesday, April 20, 2010

Le monde animal en 2010 : y-a-t-il une sourde révolte mondiale contre les Humains ?

par Jean-Jacques COURTEY, Docteur en Géographie Economique

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Jusqu'à maintenant, l'homme a toujours considéré normales les paroles de la Genèse, qui lui donnent la suprématie sur les animaux. Et pour ce faire, il invoque la volonté supposée de Dieu, alors qu'il n'y a souvent pas plus darwiniste que lui. Mais qu'en est-il vraiment ? Dieu voulait-il vraiment cela, et ...en tout cas le veut-il toujours aujourd'hui ? Car la Nature, c'est Dieu lui-même, ne l'oublions pas.
On connaît le film d'Alfred Hitchcock, intitulé "Les oiseaux" (1963), avec la fameuse scène du raid de milliers de volatiles sur une école : des oiseaux toujours plus nombreux, et de différentes espèces, attaquent soudainement les héros, Mélanie Daniels (Tippi Hedren) et Mitch Brenner (Rod Taylor) dans la petite ville californienne de Bodega Bay.
Et ces dernières années, des faits similaires se sont vraiment déroulés, sans qu'on en trouve d'explications valables.
En 1994, une suite intitulée "Les oiseaux 2" a d'ailleurs été tournée par Rick Rosenthal pour la télévision. L'actrice Tippi Hedren y joue cette fois-ci un second rôle.
Car on assiste depuis quelques années à des comportements de plus en plus agressifs et concertés, semble-t-il, d'animaux de même type.
Ils ne respectent ni n'obéissent plus au genre humain, qu'il soit représenté par un individu lambda - maître ou non -, un dresseur ou même une dompteuse.

Ainsi en Inde ou en Thaïlande, on parle des "éléphants racketteurs", embusqués dans un col ou une gorge, qui font payer le passage d'une route aux humains avec des sacs de grain ou toute autre nourriture. Il y a encore ces éléphanteaux devenus adultes qui attaquent et piétinent tout un village en bande, pour venger les mauvais traitements infligés par un cornac à leur mère ou à leurs parents : ils se rappellent alors à son bon souvenir en le retrouvant quel que soit l'endroit où il se cache ! Car comme chacun le sait l'éléphant a une excellente mémoire.
Dans l'état du Kerala, du sud-ouest du Deccan, ce sont maintenant plusieurs "Mahouts" (dresseurs), ou carrément des fidèles des temples de Ganesh - ou Ganesha - qui se font tuer chaque mois par des pachydermes en furie, quand ils ne sèment pas la panique dans les trop pétaradantes cérémonies de mariage.
Ganesha, le dieu de la chance, de la prospérité et de l'argent, ne semble plus vouloir être propice. En clair, il ne protège plus forcément tout le monde de la malchance.
En Inde toujours, dans l'Etat d'Uttar Pradesh, les autorités viennent ainsi récemment d'interdire la présence des éléphants dans les temples et de limiter leur rôle à des activités plus encadrées.
Il y a même dans ce pays, ou d'ailleurs dans d'autres dans le monde, des "camps de rééducation" pour "éléphants délinquants".

Que se passe-t-il donc ? Car le vent de la révolte devient mondial et touche d'autres espèces, comme le dauphin, qui se met à attaquer les pêcheurs, ou les touristes qui s'approchent trop près. Et souvent, ce n'est même plus forcément pour protéger sa femelle ou ses petits. Il y a parfois de la hargne et de la colère insupportée dans son regard naguère rieur. Or les dents d'un dauphin (de 45 à 65 paires par mâchoire) valent celles des requins, qu'il peut tout à fait tuer en les éperonnant.
Les orques elles-mêmes qui sont rattachées à la famille des dauphins peuvent s'en prendre dans les parcs d'attraction aquatiques à leur dompteur ou à leur dompteuse. Un accident mortel le 24 février dernier au "Seaworld" d'Orlando en Floride (USA), a ainsi attiré l'attention des médias du monde entier : Tilikum, l'orque multirécidiviste a tué sa dompteuse. Or cette orque mâle de 30 millions de dollars et de 5,4 tonnes pour 7,6 m de long, notamment utilisée pour la reproduction, avait déjà tué une dresseuse précédente en 2005 au même endroit, lacéré à mort un nageur goguenard imprudent en 1999, et noyé une autre dresseuse en 1991. Apparemment, cet animal âgé de 30 ans (il peut vivre 100 ans) est sous le coup d'un stress particulièrement élevé depuis 1991. Peut-être serait-il judicieux à l'avenir d'y prêter attention en évitant les déjeuners publics qui semblent l'agacer, et de faire porter des cheveux courts à la nouvelle dresseuse ou au nouveau dresseur, qu'il a tendance à agripper ?
Rappelons qu'en 2007, l'orque Orky avait également tué sa dresseuse au "Loro Parque" des îles Canaries (Espagne).

Pour aller plus loin, que se passerait-il si les cochons d'Inde (communément appelés "cobayes", parce qu'on s'en sert pour faire des expériences cosmétiques notamment) devenaient à leur tour féroces ?
Leurs petites dents acérées coupent en effet comme des rasoirs.
Qu'adviendrait-il si la Nature reprenait ses droits en s'unissant pour détrôner son ennemi farouche, l'Homme, en une polyphonie de la libération ?
Même l'inoffensif chihuahua pourrait vous attendre au retour du travail tapi dans l'ombre du corridor, plutôt que lové sur le sofa du salon.
On n'en serait plus au rire moqueur des chats siamois, qui selon les moines tibétains, ne cessent de se gausser de l'homme et de ses tordants travers.
Même si nous ne pouvons - ou ne voulons - guère communiquer avec les animaux, eux au contraire communiquent beaucoup et très facilement à notre insu, et au-delà des aspects darwinistes de la prédation auxquels nous réduisons leur vie.
De plus, les animaux ne sont pas aussi prédateurs que ça. Ils ne font que le nécessaire indispensable pour survivre, et se sont tout à fait rendus compte qu'il y avait bien plus prédateur qu'eux !
De même, peut-être en ont-ils assez de boire le calice de l'amertume des Humains, et désirent-ils que ces derniers le boivent eux-mêmes à leur place ?


Dit autrement, les animaux peuvent établir des communications "inter-espèces", alors que l'homme en semble généralement incapable : il a déjà tant de mal à se comprendre avec la sienne propre, lui qui s'autoproclame "génie de la création".
Les oiseaux, les éléphants, les dauphins ou encore d'autres espèces, sont-ils aptes à prendre des décisions concertées à l'instar de l'homme ou de la femme ? Nous ne répondrons pas à cette question, que certain (e) s trouveront absurde par a priori - bien que nous ayons une idée assez claire sur ce point. En fait, nous espérons amener l'être humain à réfléchir à des interactions plus douces et équilibrées avec le monde animal.
Dans cette perspective, il ne faut pas oublier que l'animal a normalement des sens supplémentaires par rapport à l'homme : il capte les infra-sons et les ultra-sons, ainsi que les infra-rouges, peut être nyctalope comme le chat, les félins, voire le chien. Même l'odorat d'un chat, certes moins développé que celui d'un chien, est quarante fois supérieur à celui d'un humain. Egalement, l'animal peut parfois converser à grande distance avec les siens (donc à plusieurs) comme le dauphin ou l'orque, au moyen de son sonar et de son écran internes, étant à la fois émetteurs et récepteurs.

Et c'est justement là qu'est le problème. Car le dauphin par exemple, dont on dit que le QI est supérieur à celui d'un humain, a l'extraordinaire particularité de "télé-transmettre" non seulement des images et des sons, mais encore des sensations, comme le goût (des poissons, des calmars...) ou des odeurs entre autres...voire le ressenti affreux de sa propre mort dans les filets dérivants des pêcheurs ! Et il est clair que pour lui l'homme apparaît de moins en moins comme un ami, mais plutôt sous l'angle de celui qui trahit sa confiance pour le massacrer, d'où la tendance à une nouvelle réaction grégaire inattendue.
Il ne faut pas oublier que ce mammifère supérieur est notamment utilisé par l'armée américaine, pour ses dons justement, et qu'il possède souvent un grade d'officier dans les services de renseignement. Il est donc bien informé. Ses états de service peuvent comporter aussi bien la guerre du Vietnam (1962-1975), que celle du Golfe (1990-1991).

L'Homme n'est sans doute pas au bout de ses surprises avec un monde animal en réalité mal connu - et trop entrevu sous le seul angle de la domestication - , qu'il traite souvent si mal ou de manière inappropriée : car les animaux pourraient bien lui rendre la monnaie de sa pièce, s'ils sentent qu'il ne les aime pas ou se trouvent injustement exploités.
Son seul rempart a résidé jusqu'ici dans les animaux de compagnie, qui peuvent au contraire être chouchoutés à l'excès. Mais beaucoup sont également maltraités ou abandonnés, alors...
Même la Genèse, plus ou moins bien recopiée sur les écrits suméro-babyloniens, avec sa servitude animale n'est plus immuable, les animaux semblant de plus en plus refuser dorénavant cette suprématie humaine qui engendre souffrance inutile et extinction silencieuse !

Thursday, April 15, 2010

La passion argentine : entre troisième voie et "drôles de dames" pour un échiquier mondial chamboulé

par Jean-Jacques COURTEY, Docteur en Géographie Economique
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L'Argentine est le pays le plus européen des deux Amériques, puisque 98% de la population en tire son origine (Espagne, Italie, France et Allemagne essentiellement), pour 2% d'Indiens. Elle compte environ 41 millions d'habitants, pour une impressionnante superficie de 2 766 890 km2, et elle pourrait à l'avenir jouer un rôle plus important, via le G20.
L'indépendance de ce pays fut proclamée le 25 mai 1810, lors de la Révolution de mai et définitivement acquise le 9 juillet 1816. On considère que son fondateur est le Général José de San Martin (1778-1850), le grand stratège de la cordillère des Andes face aux troupes espagnoles.

L'Argentine a incarné depuis sa découverte par Juan de Solis et son exploration (1516-1542), la richesse : c'est symboliquement le pays de l'argent qui coule à flots même dans son propre nom, et celui des multiples devenirs possibles, à l'instar des Etats-Unis. Le Rio de la Plata (littéralement "le fleuve d'argent") rappelle que les espagnols furent émerveillés par les richesses minérales qu'il charriait. Car l'Argentine a fréquemment été à l'origine de soudaines fortunes. C'est semble-t-il son destin !


Le film musical américain d'Alan Parker, "Evita" (1996) interprété et chanté par Madonna et Antonio Banderas, a considérablement popularisé les personnages déjà mythiques d'Eva Duarte Peron (1919-1952) et de son mari, le colonel Juan Domingo Peron (1895-1974). Ils y apparaissent comme l'expression de la passion de l'âme argentine. "Evita" ainsi qu'on l'a surnommée était la madonne des "descamisados" (les sans chemises), et apporta à son mari le soutien populaire des ouvriers.

Juan Peron fut le fondateur du justicialisme, une troisième voie entre le marxisme et le capitalisme, marquée par un non-alignement assez anti-américain, sur un fond de justice sociale, à expression souvent qualifiée de "populiste". Assez controversé en Occident, et notamment en France, pour ses liens politiques avec les régimes forts, il hissa pour un temps son pays au rang de grande puissance économique devant la France en 1950. Il fut président de la république à deux reprises : de 1946 à 1955, puis après son retour d'exil en Espagne, de 1973 à sa mort le 1er juillet 1974.

Sa troisième femme, Isabela (née en 1931) lui succéda alors, mais fut renversée en 1976 par le coup d'Etat du Général Jorge Rafael Videla (né en 1925). Et un régime militaire à triste mémoire, soutenu par les USA, fut instauré jusqu'au retour de la démocratie après le 10 décembre 1983, et la chute de son successeur depuis 1981 à la tête de la junte militaire, le général Roberto Eduardo Viola (1924-1994). Et l'actuelle présidente depuis le 11 décembre 2007, Cristina Fernandez de Kirchner (née en 1953), est elle-même une péroniste de centre-gauche comme son prédécesseur et mari, Nestor Kirchner (né en 1950).

C'est le pays des "drôles de dames", car les femmes y tiennent une place tout à fait déterminante, en déclinant leurs multiples attributs avec toute la palette de leurs atouts (et atours). Qu'elle soit soeur, fille, amie, épouse, maman, reine de beauté ou dirigeante politique, la femme argentine représente un modèle pour ses consoeurs du monde entier. Car son extraordinaire particularité réside dans sa capacité à cumuler tous les rôles, sans qu'ils s'opposent vraiment comme en Europe ou aux USA par exemple.

Souvent ultra-féminine et non masculine, elle incarne pourtant l'efficacité dans un monde qui côtoie la rudesse des gauchos, ou l'élan sauvage d'un tango sur une musique de Carlos Gardel. Le tango est en effet une figuration de la conquête de la femme par l'homme qui l'aime, d'où cette lutte au corps à corps admirablement stylisée, de la femme qui se refuse à lui pour finalement s'y abandonner totalement, le corps renversé, et dans une étreinte torride.

La femme argentine attend d'un homme qu'il ait de la consistance, elle n'aime pas les "gélatineux". Qu'il soit macho ou pas, là n'est pas vraiment la question ! Elle se recentre sur l'essentiel, pas sur l'accessoire, car au fond d'elle-même elle croit en l'éternel masculin, de même que l'homme croit en l'éternel féminin. Ainsi on évite d'être trop déçu (e) ou trompé (e), puisqu'on sait à l'avance à quoi on s'engage. De fait, l'Argentine n'est pas un pays de faux-semblants. On y aime les gens vrais et entiers.

Quelque chose en cette "drôle de dame", fait songer à Aphrodite (la déesse grecque de la beauté, dénommée Vénus chez les Romains), qui dans les versions les plus anciennes est elle-même une déesse combattante. N'oublions pas la guerre de Troie, au cours de laquelle elle fut même blessée (XIIIème siècle av. J.-C.). Car elle peut être audacieuse à l'image du top model Evangélina Carroyo (née en 1981 à la frontière argentino-uruguayenne).
Celle-ci apparut soudainement dans toute sa beauté en bikini, à l'imitation furtive de la Vénus de Botticelli, le 12 mai 2006 à Vienne, en brandissant une banderole de Greenpeace au-dessus de sa tête - dirigée contre l'implantation de deux usines à papier polluantes à la frontière uruguayo-argentine. C'était lors du 4ème sommet international entre l'Union Européenne, l'Amérique Latine et les pays de la zone Caraïbes.

Après la faillite financière de 2001-2002, l'Argentine s'en est sortie parce qu'elle n'a pas suivi vraiment les directives du FMI. Son redressement elle le doit à elle-même et à sa débrouillardise, mais aussi à sa croyance immatérielle en son destin unique. Son taux de croissance était reparti de plus belle de 2003 à 2007, durant la présidence de Nestor Kirchner, à 9% l'an !
Ce dernier avait même réussi en 2005 à renégocier la dette de l'Argentine, en refusant d'en rembourser les 3/4 (75 milliards de dollars), et à augmenter les salaires de 50%, tout en relançant l'économie par une politique keynésienne de dépenses publiques. Privée de l'accès au crédit international, l'Argentine s'est néanmoins remarquablement redressée grâce aux prêts du riche Vénézuela, son voisin.

Car l'Argentine a toujours eu une posture politique et économique fort audacieuse et novatrice face aux Etats-Unis ou aux instances internationales. Ses problèmes, elle les a toujours davantage considérés sur un plan interne, comme en 2008, avec l'épineuse question de la taxe sur le soja qui a opposé Cristina Kirchner devenue présidente, au monde agricole.
Actuellement, en Amérique du Sud, son économie est encore devant le Vénézuela (pays producteur de pétrole) qui se rapproche, et derrière le Brésil.
Qu'il reste des problèmes à régler, c'est évident. Mais quel pays n'en a pas, franchement ?

Pays des "dames de coeur" et des belles "femmes de tête", l'Argentine est un pays qui veut vivre et s'affirmer sur l'échiquier mondial en profitant de ses multiples atouts. Et le plus étonnant, c'est qu'elle y arrive, à sa manière !
Via le Mersosur (1991), elle est liée à l'Uruguay, au Paraguay et au Brésil. Or ce dernier est lui-même membre du BRIC (Brésil, Russie, Inde et Chine), qui veut mettre un terme à la mainmise uniquement occidentale sur la gestion des affaires du monde. Elle fait partie du G20 qui pourrait supplanter définitivement le G8 après son prochain et peut-être dernier sommet au Japon (Hokkaïdo) qui doit s'ouvrir le 19 avril 2010.
Assiste-on à la mise en place d'un courant mondial plus juste (sans être "justicialiste"), qui n'ignore plus les parties les plus étendues, les plus peuplées ou les plus dynamiques de la planète, et qui prend au mot les défenseurs des droits des peuples ? La question est d'actualité désormais.

Monday, April 12, 2010

Samo de Sens, premier empereur des Slaves : la deuxième vie éclatante de "Samoslav" grâce aux Avars et à Dagobert

par Jean-Jacques COURTEY, Docteur en Géographie Economique
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Il venait de la région de Sens, à l'époque de Clotaire II (584-629), roi de Bourgogne et d'Austrasie ( royaume englobant le nord-est de la France, une partie de la Belgique, et l'ouest de l'Allemagne, ayant pour capitale Metz).
Il était né sous les ombres, et était selon l'historiographie tchèque, un simple guerrier franc - littéralement, "libre". Homme à la destinée limitée chez les Francs, il était venu en Moravie (région historique de la Tchéquie) pour accompagner des marchands en y trouvant un éclatant devenir. Et c'est sans doute la raison pour laquelle, les historiens français parlent de lui comme d'un simple marchand.
On ne sait pas grand chose de ses croyances, si ce n'est qu'elles étaient syncrétiques : l'image lumineuse et noble d'un Christ actif s'alliait à celle de Balder le Magnifique, le plus beau des dieux germano-scandinaves, sacrifié également par pure méchanceté, mais qui reviendrait le jour où les glaciers commenceraient à fondre lors du "Ragnarök" (le Crépuscule des Dieux).
A cette époque, les tribus slaves s'étaient unies pour combattre un ennemi commun, les redoutables Avars (peuple d'Asie centrale, de grande taille par rapport aux Huns), qui les avaient réduites au servage.
Ces hommes terribles avaient pour coutume de faire tirer leurs lourds chariots par quatre ou cinq femmes reliées entre elles par un joug, plutôt que par des boeufs ou des chevaux.
Les Slaves attendaient le bon moment pour se défaire du joug des Avars, et se libérer de la servitude. Vers 622, il y eût un soulèvement général. Les Avars s'étaient épuisés en attaquant l'empire byzantin et une partie de leurs forces militaires était engagée au sud-ouest contre les Francs.
Les Slaves en profitèrent alors pour se révolter contre leurs impitoyables oppresseurs en ne payant plus tribut, et en se battant militairement. La synchronicité de la venue de Samo est à cet égard proprement étonnante.
Samo se révéla au cours de cette révolte un extraordinaire atout stratégique et militaire. Il se joignit aux rebelles contre le grand Khagan (l'empereur des Avars), et les Slaves connurent dans le même temps toute une série de succès tous plus sidérants les uns que les autres.
Ses aptitudes militaires inouïes, qui l'étonnaient lui-même, excitèrent littéralement l'admiration et l'imagination des Slaves, hommes ou femmes. De fait, il était victorieux sur tous les fronts. Pour ses nombreuses admiratrices qui le courtisaient assidûment, il était devenu "Samoslav" : il était leur héros magnifique, et toutes voulaient devenir ses compagnes. Car il avait été chaleureusement et affectueusement adopté.
Rapidement, les tribus slaves devinrent souveraines sur leurs terres. Les Slaves vainquirent les puissants Avars. Et c'en fut fini de leur terrible domination.
Cet homme à lui-seul émerveilla tant l'ensemble des tribus slaves par sa bravoure, sa générosité paternaliste, et ses stupéfiantes aptitudes de stratège et de chef, qu'il fut élu roi de tous les Slaves, dans la plus grande liesse populaire. Compte tenu de l'étendue de son territoire, on dirait plutôt aujourd'hui qu'il fût leur premier empereur.
Durant son long règne de 35 ans, une très grande prospérité s'établit en ce nouvel empire, libéré de toute servitude. Les Slaves sous sa bannière repoussèrent toujours avec succès les Avars qui cherchaient à reconquérir ce territoire.
Cette liberté, ils la devaient en partie à eux-mêmes pour avoir minutieusement étudié la stratégie et les tactiques de leurs oppresseurs ; mais dans leur esprit, rien n'aurait vraiment été possible sans le génie militaire du charismatique Samo, pourtant d'un naturel si simple au premier abord. La chance fut fille de son audace combative et les événements, qui auraient pu rapidement mal tourner, se firent favorables.
Dans le même mouvement et le même temps, d'autres peuples combattirent la domination des Avars, comme les Slaves de Carinthie, les Croates, les Serbes et les Bulgares.

Mais l'empire slave de Samo ne connut pas vraiment la paix. Car les Francs avaient à leur tour des vues sur ses terres. Ils l'avaient laissé se débarasser du joug Avar, en s'évitant eux-mêmes d'avoir à les combattre. Car à leurs yeux, l'empire de Samo jouait le rôle d'un Etat-tampon entre leur empire et celui des Avars. Et désormais, ils comptaient bien tirer les marrons du feu.
De plus, le pouvoir de Samo qui allait grandissant, mettait en danger le plan d'extension à l'est de Dagobert Ier (604-639) , nouveau roi de d'Austrasie, puis de Bourgogne et de Neustrie. Il était également jaloux et effrayé de la puissance de Samo. Il lui fallait donc trouver un prétexte pour mettre fin à une amitié de pure façade.
Dagobert usa alors en 631 d'un piège qui s'avéra à la fois cruel, idiot et désastreux pour déclencher la guerre avec Samo : des marchands francs furent attaqués, volés et mis à mort par de "faux slaves" sur ses terres.
Dagobert lui envoya alors un émissaire, un certain Sichaire, pour négocier une compensation financière à l'incident en vertu du "Wergeld" qu'il connaissait en tant qu'ancien franc. Déguisé en slave, Sichaire réussit à l'approcher afin d'expliquer le but de sa mission. Samo proposa de fixer d'un commun accord un montant de réparations acceptable par les deux parties, tout en promettant d'enquêter pour savoir qui avait commis ce forfait.
Sichaire qui sentait son propre piège se refermer sur lui-même, se mit alors dans une grande colère, et lança des propos inconsidérés à Samo, en l'agressant verbalement en sa propre cour. Samo fit alors expulser le malotru de son territoire manu militari, pour le calmer et lui montrer qui commandait.
Le grand historien Karl Ferdinand Werner (in "Le royaume des Francs"), a donné de l'histoire une version fort intéressante : "Après les Avars qui avaient inquiété les rois francs de la seconde moitié du VIème siècle, un puissant état slave apparaissait. Un marchand franc du nom de Samo avait montré des capacités politiques et militaires en aidant les Slaves contre leurs oppresseurs Avars. Les tribus ainsi libérées le firent roi, et il étendit sa domination sur la Bohême, la Moravie et jusqu'aux frontières de l'Italie."
"Les émissaires austrasiens que Dagobert dépêcha à Samo après que des marchands francs aient été assassinés dans sa zone d'influence provoquèrent intentionnellement le roi slave quand il exigea d'eux l'amicitia, autrement dit sa reconnaissance comme souverain par les Francs. Ils objectèrent que des Francs et chrétiens ne pouvaient pas être les amis de chiens. Samo répliqua qu'ils devaient s'attendre à être mordus."
Samo se souvenait de cette citation de Jésus-Christ selon Saint Mathieu, que lui avait enseignée dans son enfance le curé, très versé en latin, en grec ancien, et en histoire de l'antiquité : "Si quelqu'un te frappe sur la joue droite, tends lui l'autre joue..." (en signe de fierté et d'insoumission au méchant), que le pieux homme d'église avait complétée en plaisantant à moitié par "...mais ne dis pas ce que tu fais de ton pied !"
La suite des événements montra clairement que le comportement de Sichaire n'était qu'une provocation délibérée et préméditée. Car Dagobert montra immédiatement sa volonté de prendre le contrôle de l'empire de Samo. Mais compte tenu de la nouvelle puissance militaire de ce dernier, il réalisa qu'il lui faudrait une très grande troupe pour réaliser son projet d'annexion. A cette fin, il fit appel aux Lombards d'Italie et aux Alamans des frontières septentrionales de son royaume.
Seuls les Lombards et les Alamans eurent un succès contre les Slaves en 631, en faisant un grand nombre de prisonniers. Mais Dagobert ne sut exploiter cet avantage isolé et accidentel qui s'évanouit en fumée.
Le corps d'armée principal d'invasion qu'il commandait ouvrit les hostilités pendant trois jours près de Wogatisburg - localité non indentifiée au nord-ouest de la Bohême probablement, et capitale de Samo.
Ce fut terrible et la défaite fut sans appel...non pas celle de Samo le Grand, mais bien celle du prétentieux et méprisant Dagobert de Paris. Il perdit tout, tentes et intendance comprises, et dût battre affolé et anxieux en retraite, dans une débandade d'une ampleur inimaginable, poursuivi par les farouches cavaliers de Samo.
C 'était la "Bérézina" avant l'heure, si nous pouvons nous permettre cette audacieuse comparaison avec Napoléon Ier en Biélorussie, autre pays slave (1812) !

Pour justifier sa déroute totale et piteuse, Dagobert "l'anti-stratège" prétexta qu'une partie de l'armée austrasienne n'avait pas combattu sérieusement. Et il est vrai qu'à vingt contre un, comme les historiens slaves le pensent, il n'avait peut-être pas entièrement tort ! Avec une telle supériorité numérique, il aurait dû gagner logiquement.
Mais la stratégie hors pair de Samo "ratatina" sa grande armée, dont les survivants fuyaient apeurés, dans le désordre le plus complet. La combinaison de son infanterie et de sa cavalerie, de même que l'usage de plus petites unités tactiques qui avaient attaqué côte à côte et en profondeur, en cisaillant littéralement les troupes adverses n'est pas sans rappeler la stratégie macédonienne d'Alexandre le Grand (356-323 av. J.-C.).
Cette immense défaite a été si humiliante pour les Francs qu'elle n'est pas enseignée dans nos écoles, et ne figure pas dans les manuels scolaires. Le sujet est donc plus affaires d'historiens et d'érudits.
Samo est présenté comme un aventurier, et Dagobert souvent presque comme un saint, alors qu'il était simplement avide et sans scrupules. Et les Slaves sont généralement alors dénommés les Wendes ("les blonds").
La victoire de Samo fut réellement décisive, définitive et ébranlante pour les Francs, selon le chroniqueur franc Frédégaire (VIIème siècle), pourtant guère enclin de sympathie envers lui et ses troupes slaves.
Pendant des siècles, les Francs ne s'aventureraient plus en territoire slave.
A titre punitif, en 632, les Slaves attaquèrent à leur tour l'empire franc en faisant des incursions victorieuses en Thuringe et dans d'autres territoires. Ces victoires impressionnèrent vivement tous les royaumes voisins.
Samo annexa la Souabe et le Jura. Et le puissant chef sorbien Derwan, vassal de l'empire franc reconnut même désormais Samo pour empereur, et lui paya tribut plutôt qu'à Dagobert !
Un autre combat faillit avoir lieu entre Dagobert et Samo, à Mayence, mais Dagobert refusa de se battre et préféra abandonner le territoire aux Saxons pour en assurer la défense, en renonçant à son droit de prélever tribut.
Des menaces constantes pesaient dorénavant sur les frontières de Dagobert, en le contraignant à prendre des mesures défensives d'urgence pour ne pas être subjugué. Il dut ainsi revoir complètement l'organisation militaire et administrative de ses territoires. Il renforça la position des ducs d'Alémanie et de Bavière qui avaient bien combattu à Wogatisburg.
Et en 634, il concéda un nouveau roi aux Austrasiens qui se plaignaient qu'il ait quitté Metz pour Paris dès la mort de Clotaire II : le fils qu'il eût de Ragnetrude, Sigebert III (631-656), âgé de trois ans ! De même, il organisa sa succession en Neustrie et en Bourgogne, avec le fils qu'il venait d'avoir de Nantilde, le futur Clovis II (635-637), en impulsant pour longtemps le rôle central dévolu à Paris - jusqu'à nos jours - par ce royaume mérovingien comprenant les territoires situés entre la Bretagne, la Loire, la Manche et la Meuse.
Le royaume "neustro-burgonde" (Neustrie et Bourgogne) dont Dagobert est le vrai fondateur sera le noyau de la royauté mérovingienne en Gaule. Mais il succombera en 687 avec la défaite de son descendant Thierry III (673-691) face à Pépin de Herstal (v. 640- 714), maire du palais d'Austrasie, et ancêtre de la dynastie carolingienne qui provient de cet heureux royaume rival.
L'idée de rois "fainéants" associée à la dynastie mérovingienne, et cause de sa disparition, dérive en grande partie de la formidable et piteuse défaite de Dagobert face à Samo. N'oublions pas la petite chanson concernant "le bon roi Dagobert qui avait mis sa culotte à l'envers".
On le voit, c'est toute la géopolitique de l'empire franc qui s'est trouvée rapidement bouleversée et mise sens dessus dessous par les victoires militaires de Samo : cela a donné à notre histoire une tournure qu'elle n'aurait sans doute pas prise autrement.

Plus personne aujourd'hui ne parle des Avars qui ont disparu de la scène géopolitique, du moins en apparence.
Egalement, les premiers affrontements historiques connus entre Slaves et Francs (qu'ils soient Neustriens ou Austrasiens), se sont soldés par la victoire incontestable des premiers.
Le choix de Dagobert pour Paris plutôt que pour Metz, tient clairement à la distinction établie à cette époque par le chroniqueur Frédégaire, entre ceux qui étaient considérés comme de vrais francs, les Neustriens, et les autres, les Austrasiens, qui ont peut-être mal pris son dédain. Cette distinction tenait à l'origine "tierce", ni romaine ni germanique qui était attribuée aux premiers : l'origine troyenne via Francion, fils de Friga, le frère d'Enée qui avait établi le royaume danubien semi-légendaire des Sicambres, avant de conquérir la Gaule.
De même, Paris était censée rappeler le fils du roi Priam, Pâris, qui avait enlevé la Belle Hélène de Sparte aux cheveux d'or, à son mari brutal, le roi Ménélas (XIIIème siècle av. J.-C.), avec toutes les conséquences que l'on sait.
Pour en revenir à Samo, il unifia les tribus slaves et les prépara à ouvrir les hostilités à tout moment et sur un plan international. Et d'un point de vue militaire, la construction de forteresses au sommet des collines amena des progrès considérables, ainsi que l'usage renouvelé des vieilles routes commerciales et des couloirs stratégiques.
Samo, devenu Samoslav, a régné de 623 à 658, mais on ignore ce qui se passa immédiatement après la mort de cet empereur invaincu, doublé d'un stratège s'approchant beaucoup d'Alexandre le Grand, y compris pour ses mariages mixtes.
On sait qu'il eût 37 enfants dont 22 garçons et 15 filles de ses charmantes femmes (ce qui fait une moyenne singulière d'un bébé par année de règne). Car le culte slave était païen en cette époque, où les Francs eux-mêmes n'étaient chrétiens que depuis le baptême de Clovis en 496.
Après sa mort, en l'absence de chroniques couvrant ces décades, on en est réduit aux conjectures.
Mais il reste que cette période du Haut Moyen Age, mal connue en France, fut marquée par l'avènement du premier empire slave d'Europe Centrale, suivi de l'empire de Grande Moravie (VIIIème-Xème siècle).

Wednesday, April 7, 2010

Quand l'araignée tisse sa toile : entre loi de Zipf, monde des rôles, et observation animale

par Jean-Jacques COURTEY, Docteur en Géographie Economique

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Lorsque l'on observe le site de Nazca (Pérou) découvert du ciel en 1926, on y remarque immanquablement le symbole indien de l'araignée qui tisse sa toile. Ce dessin géant fait 46 m de long.
Que cette représentation (avec d'autres) soit liée à des rites religieux propitiatoires - d'ailleurs pas si oubliés que ça - saute aux yeux, car chez les Incas tout était rite dédié au culte solaire. On y réitère bien un parcours initiatique et guérisseur faisant songer à celui du labyrinthe de la cathédrale de Chartres en France. Après, que l'on puisse en faire un autre usage plus utilitaire, pourquoi pas ?
Il reste que certains ont compliqué à l'envi ce langage caché, mais pas si énigmatique à l'étude : cette représentation imagée symbolise la Création, et donc Dieu qui tisse les fils de notre vie, et nous autorise à circuler librement sur sa toile.

Mais nous-mêmes, sommes-nous si différents des indiens de l'altiplano que cela ?
La loi de Zipf montre que les humains réitèrent constamment les mêmes mots et expressions, à travers le langage qui est structurant, mais également limitant du fait de ces occurences répétées.
George Kingsley Zipf (1902-1950), qui fut chercheur à Harvard (USA), a tiré cette loi statistique qui porte son nom de l'étude des langues, et en a conclu qu'un petit nombre de mots revenait constamment dans notre façon de nous exprimer, et donc de penser ou de rechercher. C'est pourquoi, on applique de nos jours cette loi à internet (le "world wide web", la toile d'araignée mondiale en anglais). La philologie nous en apprend donc beaucoup sur le fonctionnement de l'être humain.
Dans cette conception d'une simplicité déroutante, qui se réduit à une logique de "petite boite", on comprend que l'adjonction d'un mot ("embelli", par exemple), ou d'une phrase ("Tous les chemins seront embellis.") peut engendrer des changements psycho-matériels majeurs.

Aussi bien, il apparaît que lorsque l'on est dans un rôle donné, on fonctionne automatiquement dans un sous-ensemble relativement étanche. Les rites, les règles ou autres normes pas forcément écrites, vont avoir pour effet de cristalliser nolens volens ce qu'est censée être une personne ("la petite boite"), et quelle est sa fonction ("dans quel tiroir on la range").
Vu sous cet angle limitatif, il est clair que l'on attend d'elle qu'elle reste dans son tiroir.
La créativité et l'intelligence ne sont donc pas forcément nécessaires, ni réellement recherchées. Il est évident que certaines époques plus que d'autres se prêtent à cette observation crue : en tout cas, on y observe immanquablement un art "pompier".
L'art est rappelons-le, ce qui distingue en préhistoire, l'homme du singe - et donc de l'animal -, du fait de la capacité de création artificielle associée, et généralement de son absence de caractéristique utilitaire.

Tout cela provient de ce que l'être humain a une forte tendance - souvent encouragée par l'éducation et la société -, à la compétition, et à tout voir en mode binaire (o ou 1, bien ou mal, etc...), sans nuances.
De cela il résulte que la pensée humaine ne peut pratiquement jamais être multiforme, ni fonctionner en dehors des jugements de valeur. Nous avons donc tendance à percevoir de façon fausse ce qui est sous nos yeux, et ...à ne pas percevoir du tout ce qui est juste au-delà de notre vue ou de nos sens limités. Et pourtant, nous affirmons constamment connaître et maîtriser l'univers dans lequel nous évoluons. Le plus cocasse, c'est que beaucoup ont tendance à jouer les personnes sérieuses et zélées, et à se prétendre compétitives, alors que ce n'est pas exact. Il est donc aisé de concevoir que des êtres à l'intelligence plus polymorphe, en échappant à toute classification précise, peuvent à la fois déranger, amuser ou surprendre.
Ils montrent pourtant la voie que l'homme (ou la femme) devrait suivre s'il voulait vraiment user de la liberté qu'on lui octroie, en théorie seulement la plupart du temps.
Par ailleurs, lorsque nous ne pensons pas qu'en base 10, le monde prend un contour nettement plus riche, diversifié et joyeux - et réellement efficace.

Observons le castor, qui est un mammifère semi-aquatique connu pour ses belles incisives orangées et son battoir caudal. Il est fort travailleur, tout en sachant prendre du bon temps. Il construit des barrages à sa mesure, sait naturellement faire des digues, et édifier un abri avec sa femelle pour ses petits. Et en plus de cela, il a l'air de perpétuellement sourire, quand il est dans son nid douillet.
Oh bien sûr, on objectera qu'il ne sait pas construire d'édifices très grands, à la différence de l'homme ! Mais en fait, on n'en sait rien, car personne ne le lui a demandé. En tout cas, il n'en a pas l'utilité, même si son travail est solide quant à lui. Il faut dire que l'homme, à sa décharge, s'est montré naturellement peu doué pour communiquer avec les animaux, tant il a préféré s'embourber dans la prédation des autres espèces et de la sienne propre. Il n'a donc pas cru bon de chercher à inventer un appareil de "transcommunication", ou il n'y est tout bonnement pas parvenu : c'est là le véritable talon d'Achille de son inventivité.
Or tous les humains ne sont pas capables d'édifier des barrages, des digues, ou des abris, alors que le castor "si" ! Et pendant ce temps, le sage s'assied le long de la rivière.

Monday, March 22, 2010

Pour la grandeur de Rome : il est temps votre sainteté !

par Jean-Jacques COURTEY, Docteur en Géographie Economique

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Nous ne savons s'il est confirmé que peu avant sa mort, le pape Jean-Paul II (18 mai 1920- 2 avril 2005) a effectivement désigné un français marié à une asiatique, comme cardinal secret, en raison de l'entremêlement rare de ses origines et de son ouverture au monde, pour jouer un rôle décisif en sauvant l'Eglise conformément au 3ème secret de la Vierge de Fatima (Portugal, 1917).


Mais nous pensons qu'il est temps désormais pour l'Eglise de faire un grand pas en avant : autorisez le mariage des prêtres, votre sainteté ! Vous ne trahirez pas Jésus, car Jésus n'a jamais imposé cette règle qui dérive de saint Paul qui ne l'a pas connu, et d'une lutte occidentale contre le "nicolaïsme" - mariage des prêtres - depuis longtemps obsolète (Xème et XIème siècles).


Si vous compulsez le "document Q" (de l'allemand "Quelle", source), le seul recueil de paroles qui apparemment émane directement de Jésus - présent dans les archives secrètes du Vatican - vous verrez que c'est mieux ainsi. En réalité, prophète itinérant, il ne s'est jamais posé ce genre de question, pour la bonne raison que les rabbins se mariaient à son époque (et se marient toujours d'ailleurs, selon la volonté de Dieu).


Il est temps pour le Christianisme de se réconcilier avec ses origines et d'agréger cette source "première" aux autres qu'elle n'exclut pas : les trois Evangiles Synoptiques (Marc, Luc et Mathieu) qui semblent en procéder, celui quelque peu différent de Jean, et les autres Evangiles comme ceux de Philippe et de Jacques, ou même le témoignage d'amour de Marie-Madeleine, qui n'abandonna jamais Jésus.


Il est temps votre sainteté, pour couper court au risque réel d'effondrement multinational de l'Eglise, victime d'une offensive peut être concertée, ou tout simplement due à sa forte désacralisation, via des scandales touchant les prêtres. En même temps, cela mettra un terme à la crise des vocations.

Si vous autorisez le mariage des prêtres, contre toute attente, vos détracteurs qui vous pensent "piégé" en seront pour leurs frais, complètement "babas" et médusés ! Vous créérez un "contre-choc salutaire" et resterez dans la mémoire des hommes comme l'un des plus grands papes de l'histoire, tout en restant fidèle au message du Christ lui-même et non à celui de saint Paul (Saül de Tarse), le "refondateur". Il est plus que temps votre sainteté ! Notre Eglise a besoin d'un Grand Pasteur !







Tout n'est pas parfait dans l'Eglise Catholique, mais fondamentalement c'est une religion de bonté et d'amour. Et les Humains ne sont pas de purs esprits, mais des êtres de chair et de sang inconstants, dont Jésus expulsait les démons assez fréquemment selon la "source Q".


Il est temps que Jésus Christ redevienne le personnage central de la religion qui porte son nom, en sa double qualité de prophète et de fils de Dieu, et non celui qui gêne et à qui on ne reconnaît pas le droit d'avoir eu sa propre vie ni d'avoir aimé qui il voulait. Dans sa grande cohérence, il agissait conformément à ses paroles, et si humainement qu'il touchait au divin.

Il ne faut pas oublier que ce sont Marie-Madeleine, ainsi que Marie, en le voyant chacune à leur tour "en vie" et hors de son tombeau trois jours après sa mort, qui confirment sa résurrection et également sa divinité, tout en transmettant "la bonne nouvelle".

Quant à sa mère qui l'a tant aimé, Marie, notre Sainte Vierge, il est important de rappeler qu'elle-même est née de "l'immaculée conception d'Anna", qui reçut avant elle la visite de l'Archange Gabriel, l'envoyé de Dieu.

Il est temps pour les fidèles de savoir que comme son mari Joseph le charpentier - ils étaient tous deux issus de la lignée du roi David -, Marie alors appelée Myriam a dû travailler dur pour élever Jésus et ses benjamins en tant que coiffeuse et parfumeuse (tout comme l'était Marie-Madeleine d'ailleurs). Il n'y a rien de mal à le savoir, même si beaucoup l'ignorent encore.

Pour la propagation d'un message mieux compris, il est grand temps que la personnalité rayonnante, charismatique et chaleureuse de Jésus soit mieux connue de tous et de toutes. Car il s'intéressait à tous et à toutes, même s'il pouvait avoir parfois des mouvements d'humeur face au pêché d'ignorance, à la bêtise crasse, à la méchanceté gratuite, et à l'injustice des Pharisiens.




La religion catholique romaine représente toujours un immense espoir pour beaucoup de gens, face aux assauts débridés et pervers de certaines sectes apparemment réincarnationnistes, mais dont le vrai fondement est animiste : leurs pratiques plutôt "spirites" liées à la révérence des âmes des ancêtres, à l'instar des Dieux Mânes (DM) des anciens Romains, vont souvent bien au-delà de cela.


Ces personnes agissent comme "des vampires de l'âme" en se nourrissant ou en cherchant à se nourrir du malheur des autres, quitte à l'accentuer, tout en se croyant elles-mêmes - fort naïvement - à l'abri d'un redoutable effet boomerang d'origine divine.


Certains utilisent la religion ou plutôt le biais sectaire dans un but inacceptable de pouvoir et de domination, en se moquant éperdument de la puissance de Dieu, auquel dans leur fors intérieur ils ne croient absolument pas.


Et l'on a ces soit-disant "révérends" (en fait athées) avec leur préchi-précha insipide, tantôt monocorde tantôt puissamment assertif qui bloque le lobe occipital, et donc tout sens critique et toute possibilité de choix. On est dans la tartufferie la plus complète.


Ce type de sectes qui pullule, prône mielleusement la paix et l'harmonie mondiale, tout en aiguisant son épée pour le moment où il faudra la sortir de son fourreau. Car en sous-main, il vise à la conquête hégémonique en attisant la discorde, et en méprisant les faibles, les malades ou les personnes affligées - utilisées comme de simples faire valoir -, avec insensibilité, indifférence et parfois cruauté (loi Abou-Picard ?).

Sont-ce des âmes égarées ? En tout cas leurs pratiques essentiellement "spirites" en fait, sont un "vrai cancer de l'âme". Et ne pouvant s'aider elles-mêmes, elles ne risquent pas d'aider les autres. Aussi bien, pour contenir ces gens qui avancent "masqués", il est indispensable que l'Eglise Catholique soit préservée et sauvée : cela ne nécessite finalement qu'un retour aux sources christiques, et aussi de la vigilance pour ce qui est du dialogue inter-religieux d'Assise (Italie).





Toutes les contradictions de l'histoire du Christianisme peuvent finalement être résolues par la conciliation et la réconciliation des opposés. Il est temps votre sainteté ! Vous-seul pouvez le faire pour le bien de l'humanité toute entière. Il y va de la pérennité même du double message du Christ, simple et lumineux, mais toujours si mal compris par les hommes et les femmes de la Terre : l'amour et la possibilité d'une rédemption.

De même la religion catholique doit accepter plus facilement les conversions et le baptême, qui ne doivent pas être des labyrinthes religieux décourageant les bonnes volontés, mais la finalité d'un parcours spirituel pour de nouveaux fidèles prêts à se dévouer.

Car au bout du compte, on n'est rien si l'on a jamais aimé, et l'on est tout si on aime ou si l'on a aimé, même si l'on n'est pas toujours accepté.

Plus fatalistes, les tenants des nouvelles religions nippones diraient : "shigata ga naï !" (il n'y a rien à y faire !).

Jésus qui ne fut pas accepté en son temps, aurait sans doute le même problème s'il revenait aujourd'hui : il ne serait guère plus accepté. Rien n'aurait changé et tout serait à refaire, mais avec une "rédemption à accès plus restreint" cette fois-ci, pour éviter la même conclusion. Dès lors, pour être sauvé, il faudrait être "sauvable" cette fois ultime, ou c'est lui qui n'accepterait pas autrement, car les choses doivent enfin changer pour la gloire de Dieu !

Friday, March 12, 2010

Quelle capitale pour la Grande Russie du XXIème siècle : Moscou ou Saint Pétersbourg ?

par Jean-Jacques COURTEY, Docteur en Géographie Economique
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La question de la capitale de la Russie semble anecdotique, et pourtant elle symbolise à elle-seule tout le dilemme russe à propos de Moscou ou de Saint Pétersbourg : se développer par soi-même en se recentrant sur son traditionnel rôle eurasiatique, pour la première, ou au contraire utiliser sa fenêtre sur l'Europe, créée par le Tsar Pierre le Grand (1672-1725), en une zone du Golfe de Finlande conquise sur la Suède, pour s'ouvrir davantage à l'Union Européenne et à l'Occident tout entier, pour la seconde ?

On voit à quel point la géographie et la géopolitique vont déterminer l'avenir de ce grand pays. La Russie s'engage-t-elle dans une conception géographique volontariste pour s'intégrer à un monde plus ouvert, y compris pour ce qui est de la géographie humaine, ou au contraire demeure-t-elle soumise au déterminisme géopolitique d"un "Hartland" à la Mackinder ?

Le choix n'est pas neutre du fait des tensions inévitables qu'il suppose, mais surtout du véritable sursaut russe dont il est porteur, avec la question renouvelée de la Renaissance étonnante de la Grande Russie au XXIème siècle, en une période où l'on commençait à compter un peu trop vite sans elle, et sans l'invisible puissance qui gouverne les grands destins. Car la structure du monde nouveau n'est pas encore totalement fixée, même si elle ne s'accommodera plus des mesquins et des mesquines à la destinée "frontale".



Moscou, que traverse la Moskova, est la plus grande agglomération d'Europe : elle représente à elle-seule 25% du PIB de toute la Russie, et 10,4% de la population (14,74 millions d'habitants). C'est une réalité économique incontournable qui va s'accentuer avec le développement de "Moskva City", son nouveau centre d'affaires ultra-moderne surnommé "le Manhattan de Moscou" à cause de ses quinze gratte-ciel. La tour de Russie de Norman Foster doit dès cette année être le plus haut immeuble de toute l'Europe (600 m).

Moscou est d'ailleurs devenue la ville la plus chère au monde en 2006, du fait de l'envolée des prix de l'immobilier. Une grande partie de ses appartements restent encore "assignés" en fonction de la taille des familles, comme à l'époque soviétique, c'est-à-dire que les gens n'y sont ni propriétaires ni locataires, et ne paient que les taxes sur les fluides. Mais depuis 1990, une autre partie a été rachetée pour une somme souvent symbolique initialement, grâce à la possibilité de "privatisation" offerte aux familles - auparavant seules les datchas étaient propriétés privées . Enfin, une dernière partie de ces immeubles rachetés est louée, pour des montants qui ne cessent de grimper. Et ce système concerne peu ou prou toute la Russie.

Mais on ne peut pas parler de Moscou sans évoquer la Place Rouge, et bien sûr le Kremlin (gigantesque "citadelle de la ville" et ville dans la ville), construit au XIVème siècle pour se protéger des attaques des célèbres Tatars : avec son imposante forme triangulaire et ses immenses murs rouges abritant l'église de l'Annonciation, la Cathédrale de l'Assomption et des palais, il domine le fleuve Moskova dont la capitale tire son nom. L'histoire fait pour la première fois mention de Moscou ("Moskov") en 1147, à l'occasion de la fameuse rencontre des Princes Iouri Dolgorouki et Sviatoslav Olgovitch de Novgorod-Severski.



Saint Pétersbourg quant à elle est située à l'embouchure de la Néva, et peuplée de 4,7 millions d'habitants pour une superficie plus grande que celle de Moscou, 1439 km2 contre 1081 (rappelons que Paris intra muros ne fait que 105 km2). C'est essentiellement une capitale culturelle et touristique, au rôle industriel et scientifique majeur, bien que Moscou dispose également d'attraits semblables.

Saint Pétersbourg rappelle profondément l'apogée des Tsars, puisqu'ils y régnèrent sur la Russie ou plutôt sur "toutes les Russies" de 1712 à 1728 et de 1730 à 1917, soit de Pierre le Grand au malheureux Nicolas II (1868-1918), qui était également roi de Pologne et grand-duc de Finlande.

Un spécialiste de l'histoire économique de Harvard d'origine russe, Alexander Gershenkron, qui émigra aux Etats-Unis en 1939, a pu considérer ainsi dans un ouvrage surprenant intitulé "Europe in the russian mirror : four lectures in economic history" * (publié en 1970 et réédité en 2008), que sans la révolution russe, l'industrialisation poussée de la Russie sous Nicolas II aurait hissé son pays d'origine devant les USA. La disparition tragique du régime tsariste et de Nicolas II avec quasiment toute sa famille a donc changé brutalement le cours de l'histoire mondiale.

Saint Pétersbourg est dénommée la "capitale du nord" par les Russes. Et les Européens qu'elle fascine toujours l'appellent la "Venise du Nord", du fait de ses nombreuses îles reliées entre elles par des ponts et d'immenses canaux, et également du fait de la beauté majestueuse de ses palais. Elle fut renommée successivement Petrograd en 1914 pour faire moins allemande durant la 1ère Guerre Mondiale, Léningrad en 1924, et à nouveau Saint Pétersbourg en 1991.



La façon dont les Russes perçoivent les deux capitales rivales dont une seule, Moscou, a officiellement ce statut depuis le 12 mars 1918, est très indicative : l'élitisme intellectuel et le "snobisme" de la ville fondée par Pierre le Grand, notables dans l'intonation même de ses habitants s'opposerait au caractère plus profond, plus traditionnel et moins cosmopolite de la capitale moscovite, qui est pourtant le siège de nombreuses sociétés étrangères. D'ailleurs, ce que l'une fait, l'autre a tendance à l'imiter par mimétisme rival.

L'une serait la marque d'une Russie à la traîne de l'Europe, Saint Pétersbourg, et l'autre, Moscou, d'un pays plus centré sur lui-même, plus enraciné dans les conceptions russes, et par conséquent plus indépendant vis-à-vis du reste du monde.

La clef du problème ne serait-elle pas dans une modulation de ces conceptions définitives un peu trop tranchées vues de France ? Car pour un français, Saint Pétersbourg aussi bien que Moscou symbolisent la puissance et le rayonnement de la Grande Russie, du passé impérial ou soviétique certes, mais surtout de ce début de XXIème siècle.

Que l'on pense aux ballets du Kirov ou du Bolchoï, les deux théâtres jouissent de la même aura de prestige artistique !





La Russie est un acteur majeur des relations internationales, pas seulement sur un plan politique (avec son droit de veto à l'ONU), militaire ou spatial, mais également dans le domaine économique. Son futur dépend de ce nouvel essor, qui seul assurera à sa population un bon niveau de vie.

Le point fort de l'économie russe est également parfois son point faible : l'importance de ses immenses ressources énergétiques (gaz naturel et pétrole notamment, dont elle est respectivement 1er et 2ème producteur mondial) est primordiale, d'où les désagréments inattendus causés par les "effets de ciseaux" sur leurs prix découplés en 2009, qui résultaient des énormes stocks de gaz naturel constitués par les USA.

Si la Russie ne faisait que se recentrer sur elle-même, elle ne mettrait pas en valeur la chance unique qui est désormais la sienne de devenir également une grande puissance transformatrice et exportatrice, à l'instar de l'Allemagne et du Japon - qui lui au contraire a peu de ressources naturelles et doit presque tout importer.

Les exemples allemand et nippon ne sont pas choisis au hasard, mais en tenant compte de leur importance dans l'industrie automobile en particulier. En clair, malgré l'échec décevant de l'automne 2009 du rachat d'Opel (USA et Allemagne) par la Sberbank russe et l'équimentier canadien Magna, fruit du choix modifié d'un General Motors entre temps renfloué, la Russie pourrait, comme le fait la Chine, acheter une autre grande marque automobile.

Rappelons que c'est justement le constat officieux de l'ascension de ces trois pays, Japon, Allemagne et Chine, qui ont successivement doublé économiquement l'URSS, qui fut à l'origine de l'ascension au pouvoir le 11 mars 1985 de Mikhaïl Gorbatchev (né à Privolnoïe, près de Stavropol ) : il mit en oeuvre la politique de Perestroïka" (reconstruction, restructuration) et de "Glasnost" (transparence) pour tenter de sauver l'URSS, mais dût démissionner le 25 décembre 1991, face au triomphe de Boris Eltsine (né en à Boutka en 1931, près de Sverdlovsk, et décédé en 2007) .




Le grand choc du 15 septembre 2008 a peut-être finalement aiguillonné la Russie. Elle a tenu bon face à cette adversité. Certes, son PIB s'est contracté de l'ordre de 8,9 % en 2009, mais son économie est en train de repartir de plus belle. Et elle a retrouvé les chemins de sa croissance et de son ascension un moment stoppées.
La bourse de Moscou qui avait chuté de 70% en septembre 2008 au coeur de cette très grave crise financière mondiale - il avait même fallu la fermer quelques jours par mesure de sécurité - a repris des couleurs : elle a rebondi de 160% actuellement.

Et la Russie peut poursuivre ses efforts pour devenir une puissance économique européenne et mondiale ultra-moderne. Ainsi elle pourra savourer la joie du chemin accompli, des résultats positifs obtenus et de bénéfices engrangés à la manière russe, c'est-à-dire sans parcimonie et avec panache.

Malgré la disparition de l'URSS le 25 décembre 1991, la Russie n'a pas perdu son statut de superpuissance : avec le temps, elle l'a au contraire regagné. En outre, grâce à la CEI (Communauté des Etats Indépendants, créée opportunément le 8 décembre 1991 par le traité de Minsk) et à l'OCS (Organisation de Coopération de Shangaï, instaurée les 14 et 15 juin 2001), elle a maintenu son poids historique hérité des Tsars et de l'Union Soviétique sur environ 85% des territoires de l'ancienne URSS. Elle a ainsi pu profiter de sa "masse critique" au sens géopolitique du terme (les 17 075 400 km2 qui en font l'Etat le plus immense de la Terre).

Par ailleurs, ses relations avec l'Ukraine (berceau historique de la première capitale russe, Kiev) et les pays baltes, comme la Lituanie indépendante (1990), sont en train de se stabiliser beaucoup plus favorablement désormais. Rappelons que l'Ukraine a toujours le statut de participant à la CEI, même si elle n'a pas ratifié la charte fondatrice. Et soulignons que la nouvelle équipe dirigeant de Lituanie, membre de l'Union Européenne depuis 2004, fait des gestes d'ouverture à la Russie, qui accueille favorablement ce tout récent changement.

Un autre contentieux qui remonte à 1945, pourrait se régler par un compromis équitable avec le Japon - dans le cadre plus large de la mise en valeur des riches ressources du Kamtchatka, en énergie notamment : celui du sort futur des îles Kouriles. Mais il nécessite que le Japon ne se referme pas systématiquement à la négociation comme une huître, en jouant d'un attentisme "bloquant" définitivement défavorable, et qui pourrait lui faire rater une occasion unique à incidence économique assez forte.



Un autre défi majeur est celui de la démographie en chute libre : depuis la décennie 1990, la population russe, concentrée très majoritairement en Europe, diminue clairement. De 1989 à fin 2009, elle est passée de 147,8 à 141,7 millions d'habitants. Toutefois, il faut préciser que 25 millions de russes vivent dans les ex-républiques soviétiques. L'essentiel de la déperdition de population à l'intérieur de la Russie est dû à un taux de mortalité croissant (15 pour mille), et à un taux de natalité trop faible (9 pour mille).

Chez les hommes en âge de travailler l'espérance de vie se situe à 53,48 ans seulement, contre 61 ans pour les femmes. Notons cependant que Moscou est une exception, puisqu'elle a une démographie positive quant à elle. Mais globalement, la population de la Fédération de Russie pourrait tomber d'ici 2050 à 101,9 millions d'habitants (hypothèse haute), voire à 77,2 millions d'habitants (hypothèse basse). On prévoit par exemple que d'ici 2015, soit dans cinq ans seulement, le nombre des 15-24 ans aura diminué de moitié.

A titre de comparaison, la France, championne d'Europe de la fécondité, qui a maintenant 64 millions d'habitants, pourrait talonner la Russie démographiquement, et éventuellement la doubler avec une projection à 90 millions d'habitants en 2050 - sous réserve toutefois d'un présupposé de linéarité dans un univers mathématique stable, assez étanche, et dépourvu de hasard incident.

En l'an 2000, Vladimir Poutine (né à Léningrad en 1952), alors devenu président de la Fédération de Russie a estimé que la survie de la nation était menacée par le problème démographique. Et des mesures ont été prises pour essayer d'enrayer ce phénomène. Ainsi la Russie octroie-t-elle une prime à la naissance du 2ème enfant de 300 000 roubles (soit environ 7000 Euros). Mais il s'agit d'un effort national qui engage la durée pour faire remonter le taux de fécondité au-delà d'1,3, et au moins à 1,8.

Aussi bien, depuis le mois de janvier 2010, le Président Dmitri Medvedev (né à Léningrad en 1965) étudie-t-il pragmatiquement la triple proposition de Vladimir Jirinowski (né à Alma-Ata en 1946, Kazakhstan), le leader ultra-nationaliste : ce dernier suggère une autre prime, dès le 1er enfant celle-là de 100 000 roubles (environ 2350 Euros), l'aide aux familles sans enfants au nombre de 6 millions qui permettrait peut-être aux hommes dont la santé est altérée par la "pollution" d'avoir un enfant, et ...l'autorisation pour un homme d'avoir simultanément une deuxième épouse !

Une autre piste non envisagée pour l'instant par la Russie pour le maintien de sa puissance démographique, et de son expansion économique, pourrait tout simplement être le recours aux mariages mixtes, dans le cadre de l'immigration, qu'elle soit européenne ou asiatique, puisque la Russie est eurasiatique.
Mais là, on serait plus dans le cadre d'une politique "à la Alexandre le Grand" (356-323 av. J.-C.), qui serait peut-être plus difficilement acceptée, bien que la culture russe soit suffisamment forte pour jouer un effet assimilateur ou intégrateur.

Rappelons toutefois, qu'elle fut en partie pratiquée, mais surtout pour des raisons de développement économique par Catherine II (1729-1796), afin de mettre en valeur et d'exploiter les rives de la Volga, avec des immigrants allemands, car elle était elle-même d'origine allemande.
Pourtant, si une telle orientation officielle était prise, même expérimentalement, cela permettrait de faire baisser les tensions entre communautés et aux frontières de la Fédération, ainsi que de transformer la Russie en un "nouvel Eden" - et pas uniquement pour les milliardaires.

La Grande Russie du XXIème siècle aurait ainsi la fierté de devenir un paradigme inattendu pour le monde, un peu dans l'esprit de ce que rêvait Michel Romanov (1596-1645), le Tsar élu que les Russes sont allés chercher au monastère Ipatiev de Kostroma pour être couronné le 11 juillet 1613 à Moscou. Très influencé par la religion orthodoxe et s'intéressant assez peu aux affaires politiques, il considérait Moscou, comme la "Troisième Rome", et voulait donner toute son importance à la justesse et à la beauté du fond de l'âme (oumilénie).

Aujourd'hui la région économique de la Volga intègre aussi l'ancien Khanat musulman de la légendaire Kazan, conquis en 1552, et devenu l'actuel "Tatarstan" ou "pays des Tatars". Cette république de 68 000 km2 pour 3 779 000 habitants dont environ 53% de Tatars seulement, est très riche en pétrole (ses puits sont les plus productifs du second Bakou) : elle possède une très forte autonomie, a la particularité d'être à la fois membre de la Fédération de Russie et membre fondateur de la CEI, et a même des représentations plénipotentiaires à l'étranger - à Paris, notamment.




Quand j'étais enfant, mon premier contact avec la culture russe, s'établit à travers une pièce de Dostoïevsky (né à Moscou en 1821- mort à Saint Pétersbourg en 1881) : des artistes étaient venus interpréter "les frère Karamazov" dans l'humble village poitevin où j'allais à l'école primaire, près de Neuville-de-Poitou (aux abords de laquelle a depuis été édifié le "Futuroscope"). Tout le monde était si joyeux de voir les costumes traditionnels, et également la beauté des femmes russes qui accompagnaient la petite troupe.

A la même époque, j'avais été passer mes vacances dans mon Aquitaine natale, et à la fin d'un repas ma marraine, France, qui savait que j'étais gourmand, me donna le choix entre un éclair et une religieuse, toutes deux au chocolat. Or j'aimais les deux gateaux de façon égale, et le choix était cornélien. Je n'ai pas hésité très longtemps : guidé par ma gourmandise et ma candeur enfantine, j'ai spontanément demandé à France si je ne pouvais pas avoir les deux ? Interloquée et amusée par ma réponse inattendue et fort subtile à ce si petit âge - j'avais quand même plus de 7 ans -, elle me donna de bon coeur l'éclair et la religieuse au chocolat.

Alors, Moscou ou Saint Pétersbourg, comme capitale de la Grande Russie du XXIème siècle ? En fait, d'une certaine manière, les deux ! Rien n'empêche à la Russie de s'ouvrir davantage au monde pour son plus grand bénéfice et son expansion économique, tout en renforçant et en mettant en valeur le coeur de sa puissance géopolitique eurasienne. Les deux options ne sont pas réellement opposées : elles sont mêmes fort compatibles si on les fusionne.

L'illustre Pythagore (vers 580 - 497 ou 494 av. J.-C.) si admiré en Russie, considérait le chiffre 2 comme l'expression de la force vitale et magnétique qui anime un organisme quel qu'il soit. Et il croyait, comme Jésus après lui, en la puissance du Verbe créateur (le "Logos", en grec).



* "L'Europe dans le miroir russe : quatre cours d'histoire économique".