lundi 1 août 2016

Redécouvrir de célèbres personnages (IV) : la "Cheftaine Amazone" qui s'auto-proclama Impératrice de Rome !



par Jean-Jacques COURTEY, Docteur en Géographie Economique,
traduit de l'anglais et adapté en français par lui-même
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Voici l'adaptation en langue française tant attendue de notre article intitulé "Rediscovering famous characters IV : the "Chieftain Amazon" who proclaimed herself Emperess of Rome" (publié le 6 mai 2016 dans Global Politics and Economics).
                                               
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Le mari de notre "Cheftaine Amazone" s'appelait Odenath. Et lorsqu'il mourut en 267 (selon une version bien informée, en Cappadoce - actuelle Turquie), son épouse prit fermement en mains les rênes de son pays, au nom de leur jeune fils.
Elle était sa seconde femme (depuis leur mariage aux alentours de 255), et était la fille d'un certain Antiochos.
Comme le nom de son père est grec (ou macédonien), elle semble avoir été d'origine étrangère. Elle parlait au minimum trois langues (le grec, l'araméen et le latin), sans compter la langue de la Cappadoce, voire l'égyptien.
Et en tant que Septimia Bathzabbaï (230 ~ 240 - ?), elle-même se présentait comme une parente de Cléopâtre et de la dynastie des Ptolémées en Egypte (une lignée macédonienne).
Le fait qu'elle ait dirigé une véritable armée en se situant hiérarchiquement au-dessus de ses généraux (Zabdas et Zabbios), avant d'être finalement défaite, est tout à fait étonnant. Et même les Romains lui reconnaissaient le titre de Reine.
Donc, il peut paraître étrange que quelques historiens de notre époque la considèrent juste comme une "Cheftaine", une "Cheftaine Amazone" de Syrie pour être précis !


Quoi qu'il en soit, comme Odenath était Roi de "Tadmor" (le nom araméen de Palmyre), sa femme était bien évidemment Reine. L'argutie très moderne concernant le statut exact de Palmyre ne fait que créer, selon nous, une inutile confusion qui peut donner la migraine.
La seule chose qui importe, c'est que de son vivant les Romains l'aient toujours considérée comme une Reine, et pas seulement comme une simple "Cheftaine".
Il est donc très bizarre, que certains spécialistes pensent mieux la connaître que les gens de son époque.
C'est d'autant plus exagéré, qu'eux-mêmes soulignent ne pas disposer de sources ni de documents suffisants à son égard.
De facto, la capitale et le territoire d'Odenath et de Septimia Bathzabbaï n'était ni soumis à Rome, ni à la Perse, et qu'ensemble ils contrôlaient tout l'Empire Romain d'Orient.


Odenath accomplit ce que les légions romaines n'avaient pu faire : contenir et repousser la nombreuse armée des Perses Sassanides, et protéger de cette manière l'Empire Romain d'Orient. Pour être plus précis, à partir de 261 Odenath en fut totalement le maître.
Donc lui et sa femme, Septimia Bathzabbaï - qui eût d'ailleurs un rôle déterminant dans la victoire contre la Perse -, étaient devenus les Protecteurs de l'Empire Romain.
Et cette situation inversée pourrait bien mieux expliquer l'attitude de sa femme envers Rome après sa mort, en 267. Elle régna au nom de leur jeune fils, Whaballath, avec une main de fer dans un gant de velours, non sans faire montre des qualités royales de justice et de magnanimité.
Odenath avait été nommé juste avant sa mort Co-Régent de tout l'Orient par Gallien (218 - 268), l'Empereur de Rome, alors qu'il portait déjà le titre de "Roi des Rois".
Donc évidemment, la situation de sa veuve fut soudainement tout à fait élevée.
Mais, ni le titre d'Odenath de "Corrector totius Orientus" ("Co-Régent de tout l'Orient"), ni celui de "Mlk" ("Melek" ou Roi en araméen) ne semblent avoir été pleinement compris de nos jours.


En ce nouveau siècle, quelques exégètes ont apparemment une conception subjective sur ce qu'est ou non un pays indépendant, et sur l'essence de la souveraineté. Ils devraient suivre leur logique jusqu'au bout, en se demandant si leur propre pays européen est souverain ou pas présentement ? Mais étrangement, ils n'établissent aucun parallèle évident avec l'Empire Romain, que l'Union Européenne apparaît remplacer après tout.
Egalement, ils tendent anachroniquement à analyser notre héroïne du jour, à travers le prisme déformant de leurs préjugés modernes à propos des rôles respectifs des hommes et des femmes.
Les peuples de l'Antiquité ne pensaient pas spécialement que leur époque était supérieure à toutes les autres. Ils ne faisaient pas de l'affichage ni de la surenchère concernant les droits des femmes - ou même des hommes. Mais ils les admettaient juste facilement et de façon naturelle lorsqu'ils existaient, y compris les Romains.
Et surtout, ils ne jouaient pas à un jeu différent derrière le paravent des apparences.
Ainsi au-delà des grands mots, qui peut affirmer sincèrement que la loi du plus fort n'ait malheureusement pas conservé un rôle prédominant dans le monde d'aujourd'hui ?


Vous commencez à deviner quelle héroïne nous évoquons, mais vous hésitez en pensant à la dernière Reine des Amazones, Thalestris. Et finalement, vous vous dites que non.
Et vous avez raison, car nous ne parlons pas de Thalestris, qui vint à Zadracarta (en Hyrcanie, actuel Iran) pour rencontrer Alexandre le Grand (356 - 323 av. J.-C.) plusieurs siècles auparavant afin d'avoir de lui un bébé exceptionnel - en fait des jumeaux -, à travers leur "mariage du Soleil et de la Lune".
Rappelons qu'Alexandre était Roi de Macédoine, "Hégémon" de Grèce (et parfois considéré comme le premier Roi de cette terre finalement unifiée), Roi d'Asie, Pharaon d'Egypte et de Libye, Shah de Perse et Protecteur de Xian, Roi d'Afghanistan, et Conquérant de l'Indus entre autres titres !
Et nous allons devoir justement revenir ci-après sur cette question de la parenté Amazone.
Car notre héroïne du jour peut certainement être comparée à une Amazone, nous sommes tout à fait d'accord sur ce point.


Elle se comportait clairement comme une Reine guerrière et le Général en Chef d'une nombreuse armée.
La vérité est qu'elle créa d'incroyables problèmes de stratégie aux Romains. Et l'"Historia Augusta" elle-même appelle "Amazones" les dix femmes qui la suivirent à Rome, accompagnées de Sarmates (une fusion des femmes-Amazones et des hommes-Scythes) et aussi de guerriers Goths, durant le triomphe de l'Empereur Aurélien à Rome (en 274). Ce n'est pas surprenant venant des Romains, qui connaissaient quelques secrets ancestraux à propos de la descendance cachée d'Alexandre le Grand et de Thalestris, en lien avec le patricien romain Marcus Curtius et Magog le Goth (le fameux chambellan de Thalestris) : le prince Vanya (qui était devenu "Janus Curtius" en Gaule), et la princesse Anya, sa sœur-jumelle qui était restée avec sa mère Thalestris/Minithye en Cappadoce.
Il faut à cet égard souligner que ledit Marcus Curtius fut l'ancêtre direct du célèbre Proconsul d'Afrique, qui atteignit la gloire éternelle en écrivant dix volumes sur la vie d'Alexandre le Grand justement, Quintus Curtius Rufus !


Le triomphe fut terriblement difficile à obtenir pour le nouvel Empereur Aurélien : il fut acclamé Empereur par ses troupes seulement en septembre 270, et Zénobie de son côté s'auto-proclama "Augusta" (Impératrice de Rome) le 29 août 271, au nom de son fils Whaballath.
Oh, ça y est, vous reconnaissez maintenant le nom grec (ou macédonien) de notre mystérieuse personnalité du jour : Septimia Bathzabbaï est Zénobie, dont les dents étincelaient de mille feux à la lumière, telles des perles magnifiques !
De façon anecdotique, l'exceptionnelle qualité de ses dents est restée célèbre jusqu'à nos jours.
Quand Zénobie prit le contrôle de la Phénicie, à l'image d'Alexandre le Grand, Rome ne bougea pas.
Ce qui provoqua la confrontation finale entre Zénobie et Rome, fut sa conquête de l'Egypte (automne 270) avec 70.000 soldats, dont de nombreux guerriers barbares : elle défiait directement le pouvoir d'Aurélien à Rome en redonnant très soudainement à l'Egypte son statut de Royaume, perdu en 30 avant Jésus-Christ à la mort de la Reine Cléopâtre !
De 272 à 273, Aurélien fut en guerre avec Zénobie. Et il ne fut pas vraiment facile de venir à bout de celle qui reste connue dans l'Histoire comme la Reine, ou parfois "l'Impératrice" de Palmyre.
L'Empereur Aurélien (214 ou 215 - 275) n'était pas lui-même d'origine romaine, mais venait de Sirmium (actuellement en Serbie). Et, il est classé de façon générique, parmi les Empereurs Illyriens de Rome.


Au pic de ses victoires de conquête et de son expansion "occidentale" et méridionale la plus large, Zénobie ébranla tellement la puissance de Rome, que pendant six ans personne ne comprit plus rien à ce qui se passait !
Le résultat fut qu'elle étendit son Empire en Orient - ou son contrôle sur l'Empire Romain d'Orient si on considère son attitude ambigue vis-à-vis de Rome : de Palmyre en Syrie à la Phénicie et à Ancyre (maintenant Ankara), en passant par la Palestine et l'Arabie Romaine, et en redescendant jusqu'à toute l'Egypte - le grenier à blé de Rome - avec l'ambition d'aller encore plus loin...ce qui voulait dire Rome !
Les puissants Dieux Baal (ou Bêl en araméen) et Arsus guidaient sa main, même si elle est restée célèbre pour son ouverture vis-à-vis des Chrétiens ou d'autres groupes religieux.
Aurélien refusa de la tuer lorsqu'elle fut finalement défaite, et faite prisonnière après avoir tenté de s'échapper sur un chameau rapide de Palmyre vers la Perse - mais pas assez rapidement pour monter à bord du bateau de sa liberté.
Aurélien ne voulait pas faire la même erreur qu'Octave-Auguste (63 av. J.-C. - 14 de notre ère) avec Cléopâtre en 30 avant Jésus-Christ, ce qui signifie qu'il considérait Zénobie comme...une descendante.


Sa présence à Rome pour son triomphe était absolument nécessaire, même s'il n'avait nullement dans l'idée de la faire tuer à la fin. A cette occasion exceptionnelle, il accorda même sa grâce au chef gaulois Tercerius qui avait proclamé son fils "Empereur de Gaule" selon l'"Historia Augusta".
A la différence de quelques exégètes contemporains, cette chronique (qui date probablement de l'an 390), accorde du crédit à la parenté de Zénobie avec Cléopâtre.
Mais qu'est-ce qui prouve que ce début de XXIème siècle, perdu dans une terrible confusion et un chaos si visible, puisse garantir toute l'objectivité et l'ouverture d'esprit requises ?
Pour en revenir à Aurélien, il ne la traita pas comme une esclave, mais seulement comme une courageuse et noble Reine, prisonnière pour une courte période.
Et il se montra magnanime à son égard.


Zénobie lui avait expliqué qu'il était très bien comme Empereur comparé à Gallien, à Auréole ou à Claude, et que d'une certaine façon ses initiatives de co-leadership en Orient, l'avait juste aidé à maintenir avec succès l'Empire de Rome en Orient, en allégeant ô combien sa lourde charge d'Empereur !
Elle provoqua chez lui un long fou-rire : il la trouvait amusante, et était absolument envoûté par son courage, sa confiance en elle-même et sa beauté.
Zénobie était célèbre pour son charme incroyable, dont l''Historia Augusta" a gardé une trace écrite. La même chronique souligne aussi une particularité reliée à sa politique de chasteté, sauf à certaines périodes en lien avec la fertilité.
Ce détail peut effectivement rappeler les traits culturels des Amazones avec leur "Festival de Printemps".
Quoi qu'il en soit, elle ne resta pas longtemps prisonnière : les chaînes d'or et les lourds joyaux qu'elle portait pour le triomphe d'Aurélien ne furent utilisés que pour cette cérémonie. En effet, elle s'était plainte auprès d'Aurélien, qu'ils étaient un peu trop lourds pour elle !










Pour bien prendre en considération le rôle politique qu'a joué Zénobie, il est certainement nécessaire de faire entrer en ligne de compte la question de la parenté, et particulièrement les interconnexions qu'elle établissait avec les Amazones et la famille d'Alexandre le Grand.
Ou alors, on ne peut rien comprendre à son personnage.
Par exemple, lorsqu'elle conquit l'Egypte, une simple province de Rome depuis la défaite de Cléopâtre, elle le fit tout à fait officiellement au nom de la lignée en se présentant comme l'héritière de Cléopâtre (69 - 30 av. J. - C.). Et presque personne ne semble s'être demandé pourquoi, à l'exception de l'Empereur Aurélien ?
Cléopâtre (Cléopâtre VII plus précisément) descendait en ligne directe de Ptolémée (vers 368 - 283 av. J.-C.), qui était devenu Pharaon d'Egypte après la mort d'Alexandre le Grand, officiellement son cousin - mais plus probablement son  demi-frère.
Zénobie a en réalité écrit tout un traité en grec sur l'histoire de l'Orient et de l'Egypte, expliquant accessoirement quel était son lien familial avec Cléopâtre et la lignée des Ptolémées - et aussi les raisons de son comportement d'"Amazone" -, mais il semble qu'il n'ait pas été retrouvé à ce jour.


A propos des Amazones, personne n'a poussé l'enquête concernant l'origine hybride potentielle de Zénobie, qui reste toujours sous les ombres.
Lorsque la Reine Thalestris eût des jumeaux d'Alexandre le Grand, sa fille Anya resta avec elle, tandis que son fils, Vanya, dû être mis à l'abri enfant...dans le lointain Occident (en Gaule Transalpine), avec l'aide du Romain Marcus Curtius, et de son loyal chambellan royal, Magog le Goth.
Etablir un lien avec les Amazones pour Zénobie, revient un peu à suggérer la possibilité d'un lien de parenté avec Anya. En effet, Thémiscyre (Nord-Est de l'actuelle Turquie), la capitale de l'ancien Royaume des Amazones de Thalestris située près de la Mer Noire, n'était pas si éloignée de Palmyre (Syrie) que cela.
De plus, Zénobie avait conquis et occupé la Cappadoce justement.
Donc, quand des historiens français appellent Zénobie une "Cheftaine Amazone", ils devraient aller plus loin dans leur logique quant à son origine en partie Amazone.
En outre, comme elle invoquait le Dieu de la Guerre, Arsus (Arès pour les Grecs, et Mars pour les Romains) durant la bataille, est réellement mis en évidence un curieux lien avec les Amazones, qui se considéraient elles-mêmes comme "Filles d'Arès" !


Pauvre capitale de Palmyre, si mal comprise et si endommagée par les Djihadistes, à travers la destruction et le pillage en 2015 et en 2016 !
Grâce à Dieu, ces derniers n'entendaient rien à l'archéologie, ce qui explique pourquoi il se pourrait que les bons artefacts contenant encore des mystères à déchiffrer n'aient pas été détruits, contre toute attente !
Mais malheureusement, le temple de Baal Shamin a été réduit en pièces, et l'arc de triomphe de Palmyre gravement endommagé, sans compter un bon nombre de statues.
A propos de ce qu'il advint de Zénobie à Rome en 274 et après, rien n'est sûr.
Mais il y a une très forte probabilité qu'elle ait échappé à la mort : le Dieu Baal a certainement entendu ses prières !
En effet, l'année de sa mort est complètement ignorée. Et dans la version la plus audacieuse, qui pourrait effectivement être la vraie vu qu'aucune exécution n'a été enregistrée la concernant, elle s'établit près de Rome, dans les environs de "Tibur" (Tivoli) en un lieu dénommé "Conca". Le présent site de Colleferro est une possibilité avérée. Elle se serait mariée avec un sénateur romain après le pardon de l'Empereur Aurélien, quelques temps après son triomphe ; et elle aurait eu tout à fait sereinement une descendance romaine !
Il se pourrait donc que son sourire "ultra-brite", l'ait totalement sauvée après tout !

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