mardi 29 juin 2010

Olympe de Gouges et Louis XVI : leur tendre secret, quelque peu dévoilé !

par Jean-Jacques COURTEY, Docteur en Géographie Economique

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Olympe de Gouges (1748-1793), femme de théâtre dans la lignée de son père naturel Jean-Jacques Lefranc de Pompignan, se présentait comme "veuve", et avait une solide réputation de femme libérée et d'amante remarquable : elle était tout à la fois piquante, fougueuse et coquette, selon Restif de la Bretonne (1734-1806). Mais elle n'aimait pas son jugement qu'elle trouvait misogyne.
Parmi les hommes que connût cette femme fort belle et fort bien faite, un seul bénéficia de septembre 1785 à sa mort en 1793, d'un amour total et inconditionnel, le roi Louis XVI (1754-1793). Avant que la Révolution n'éclate, elle soutient ardemment la cause du roi, et défend même le veto royal absolu, tout en admirant le suisse Necker (1732-1804). Après le 14 juillet 1789, et le rappel de Necker aux finances (16 juillet 1789 - septembre 1790), elle pourfend "les brigands du 5 octobre 1789" qui ont ramené le lendemain le roi à Paris en l'obligeant à s'installer aux Tuileries avec sa famille.
Que de nuits à se languir du corps de braise et de la forte présence de son grand Louis ! Que d'émois en pensant à lui, à sa force, et à son langage si distingué d'homme cultivé ! Olympe était toute retournée par cette pensée qui l'obsèdera jusqu'à la fin de ses jours : être réunie à jamais avec l'être de son coeur, avec l'objet de son amour frémissant mais inavoué et inavouable en cette période troublée.

En songeant à lui, elle proposa un contrat d'union qui ne soit pas le mariage,mais "un contrat civil d'union de l'homme et de la femme" (1791), gommant carrément l'adultère, ainsi que le problème des enfants naturels (elle-même l'était), et anticipant sur une éventuelle séparation en cas de désaccord. On pense évidemment à un ancêtre très libre du PACS (Pacte Civil de Solidarité), qui date quant à lui de 1999. Pour être plus précis, son union avec Louis aurait pu être rédigée ainsi par elle-même en ces termes surprenants : "Nous Louis et Olympe, mus par notre propre volonté, nous unissons pour le terme de notre vie, et pour la durée de nos penchants mutuels, aux conditions suivantes : nous entendons et voulons mettre nos fortunes en communauté, nous réservant le droit de les séparer en faveur de nos enfants, et de ceux que nous pourrions avoir d'une inclination particulière, reconnaissant mutuellement que notre bien appartient directement à nos enfants de quelque lit qu'ils sortent, et que tous indistinctement ont le droit de porter le nom de leur père ou de leur mère qui les ont avoués." Précisons cependant, que l'enfant dont elle était probablement enceinte au moment de sa mort, ne pouvait être de Louis XVI normalement, vu la date de leurs morts respectives (21 janvier 1793 et 3 novembre 1793).

Durant l'été 1791, Olympe de Gouges avait proposé à l'Assemblée Nationale de constituer une "Garde Nationale de Femmes" pour la reine, Marie-Antoinette (1755-1793). Selon elle, qui en aurait volontiers pris le commandement, en se rapprochant des appartements de Louis en fait, cette surveillance visait à garantir la moralité de la Cour. Cela permettait surtout le maintien du roi dans ses fonctions, en dépit de l'évasion ratée de Varennes (20-25 juin 1791). Comme à son accoutumée, cette fière amazone cherchait davantage à sauver l'homme qu'elle aimait et désirait plus que tout, en veillant à son bien-être personnel, qu'à surveiller réellement sa femme et ses dames d'atours. Il est clair qu'elle voulait protéger la famille royale avec des gardes du corps "féminines", qu'elle aurait sélectionnées elle-même parmi des personnes dévouées et dignes de confiance, à l'instar de Thalestris, dernière reine des Amazones. Ainsi, elle aurait pu joindre l'utile à l'agréable. Et elle aurait pu faire obstacle aux événements néfastes qui se profilaient à l'horizon pour la famille royale. Mais l'Assemblée Nationale, et La Fayette (1757-1834) qui dirigeait alors la Garde Nationale et voyait combien Olympe se défiait de lui, s'opposèrent à l'adoption de cette étonnante proposition.

C'est que déjà les Jacobins, comme Marat et Robespierre, s'agitaient pour l'éviction des Girondins (2 juin 1793).
Olympe de Gouges considérait Jean-Paul Marat (1743-1793) comme "un avorton de l'humanité qui n'a ni le physique ni le moral de l'homme." Et elle pensait de même pour ce qui est de Maximilien de Robespierre (1758-1794), à qui elle réserva cette adresse :
"Sais-tu la distance qu'il y a de toi à Caton ? Celle de Marat à Mirabeau, celle du maringouin (mot désignant un moustique !) à l'aigle et de l'aigle au soleil. Je suis persuadée que tu te repais encore de l'espoir frivole de monter au degré des usurpateurs...Je te propose de prendre avec moi un bain dans la Seine ; mais pour te laver entièrement des taches dont tu t'es couvert depuis le 10 (août 1792), nous attacherons des boulets de seize ou de vingt-quatre à nos pieds et nous nous précipiterons ensemble dans les flots. Ta mort calmera les esprits et le sacrifice d'une vie pure désarmera le ciel."
Par coïncidence, Charlotte de Corday d'Armont (1768-1793), dite "Charlotte Corday" mit un terme à la carrière d'instigateur de la Terreur de Marat, en le poignardant dans sa baignoire, au 18 rue des Cordeliers à Paris, le 13 juillet 1793. Cette descendante du grand Corneille (1606-1684), mourut guilottinée très rapidement, le 17 juillet 1793, dix jours avant ses vingt cinq ans, et ne revit donc jamais Caen (Normandie).

Quand elle fut arrêtée, le 20 juillet 1793, suite à sa tentative de placardage de son texte sur "les trois urnes", Olympe mentit sur son âge, en se donnant 38 ans, par coquetterie : il est vrai qu'elle les paraissait à peine, tant le grain de sa peau était resté étonnamment jeune...pour une femme de 45 ans révolus, et tant la vivacité de son esprit et l'énergie de ses paroles impressionnaient. Elle condamna immédiatement la "persécution inouïe" dont elle était victime, et trouva le moyen de dicter de sa prison une affiche mettant en exergue tout le mal qu'elle pensait de Robespierre.
Le 19 novembre 1793, seize jours après sa mort courageuse, le Moniteur titrait : "Elle voulut être homme d'Etat, et il semble que la loi ait puni cette conspiratrice d'avoir oublié les vertus qui conviennent à son sexe."
Car elle était considérée comme une contre-révolutionnaire royaliste par les Jacobins. Aucune femme ne la défendit, même parmi "les femmes de bien."
Il faut dire qu'en septembre 1791, elle avait mis en relief leur "immoralité" dans le "Postambule de sa Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne" :
"...Les femmes ont fait plus de mal que de bien. La contrainte et la dissimulation ont été leur partage. Ce que la force leur avait ravi, la ruse le leur a rendu...Le gouvernement français surtout, a dépendu pendant des siècles de l'administration nocturne des femmes...ce sexe autrefois méprisable et respecté, et depuis la Révolution respectable et méprisé."

Lorsqu'elle proposa sans succès à la Convention Nationale (16 décembre 1792), d'assister l'avocat Malesherbes pour la défense du roi Louis XVI, elle avait déjà préparé une ligne de défense inédite, subtile et créative.
Elle séparait la fonction de roi, abolie entre temps, et l'homme qui selon elle par ce fait même, "avait cessé d'être coupable aux yeux de la République". Et elle précisait que sa mort serait une double erreur : d'une part, ses frères émigrés (le comte de Provence et le comte d'Artois), prendraient de toute façon avec empressement sa relève, et d'autre part, la mort injuste de Louis XVI en ferait un martyr. Elle était manifestement au courant des sentiments peu fraternels du futur Louis XVIII (1755-1824) et du futur Charles X (1757-1836), vis-à-vis de leur frère Louis XVI, qu'ils avaient largement contribué à destabiliser, tout en fuyant fort opportunément la France, le 13 juillet 1789 ! C'est pourquoi, elle demandait son exil, ce qui d'une certaine manière aurait été une revanche sur Varennes, et également sur les ambitions royales malsaines de ses frères.
Mais il y a plus : avec cet exil inopiné, elle espèrait du fond de son tendre coeur de femme que cet homme tant aimé, puisse bénéficier de l'étonnant secret codé - et à double sens présent et futur - des Rose-Croix, dont elle se faisait l'agent : "Thibermesnil 2-6-12 !"
Il apparaît que cette puissante société occulte non sexiste, dans la lignée du grand Hermès Trismégiste, a essayé de le sauver finalement. Déjà le mystérieux comte de Saint Germain, également Rose-Croix et héritier des "Trente", avait prévenu la reine Marie-Antoinette du danger pesant sur elle et sa famille avant la Révolution.

Les Rose-Croix, extrêmement puissants en Grande-Bretagne et en Europe depuis Francis Bacon (1561-1626), le chancelier de Jacques Ier Stuart (1566-1625) - fils de la reine décapitée Marie Stuart (1542-1587) - ne voulaient absolument pas de la mort de son fils Louis-Charles, qui allait devenir Louis XVII (Versailles, 1785 - Skelton (UK) ?).
Et ils mirent tout en oeuvre pour empêcher un nouveau drame cette fois-ci, le 31 janvier 1794, au Temple à Paris, et dans une rue transversale adjacente (où était alors le siège français de l'Ordre des Hospitaliers de Saint Jean), située à juste deux minutes à pied du "donjon-prison".
L'évasion et la substitution dans le panier à linge, qui fut un chef d'oeuvre d'efficacité inégalé à ce jour, ne prit que quelques minutes au total. La chance fut fille de l'audace la plus incroyable.
L'"opération Robin Hood", du nom de la baie anglaise où accosta quelques jours après l'enfant-roi, a certainement été le plus magnifique succès du service qui de nos jours est mondialement connu sous le nom de MI6.
Cette magistrale "opération de déception" de l'Histoire - qui a pu perdurer jusqu'à maintenant - était digne du James Bond de l'époque, le comte de Courtenay (ami de Louis XVI, et "sauf-conduit" du Dauphin), et de son assistante et amie de toujours, la très jolie Miss Barrett : cette dernière détourna fort bien l'attention des gardes de la Tour du Temple avec son décolleté pigeonnant et généreux. Ah, ces faibles hommes !


C'est la réussite de cette mission impossible qui a précipité la fin du régime de la Terreur, après l'épisode de Meudon (mai 1794), où Robespierre va présenter l'enfant du Temple qu'il ne sait pas substitué à l'agent anglais Drake. La zone de Meudon et de Massy, très proche de Paris, bénéficiait alors de facto d'un statut de zone neutre (une sorte de "checkpoint Charlie"), liée aux Goyon-Matignon qui substituèrent à leur nom après 1731, à la suite d'un mariage, celui des Grimaldi de Monaco pour éviter son extinction : cette zone neutre a d'ailleurs été abolie à la suite de cette rencontre fatidique.
Car Drake refuse péremptoirement d'emmener l'enfant avec lui, comme étant faux (il s'agissait du fils retardé du marquis de Jarjayes), en parfaite connaissance de cause. Et il l'avertit que l'enfant-roi est déjà en sûreté quelque part en Angleterre où il est traité avec égards, et que tout est fini pour son régime de terreur et pour lui-même. Son ex-ami Danton (1759-1794), n'aurait jamais dû, même par pure rhétorique, menacer d'envahir l'Angleterre, jamais !
Robespierre devient blanc comme un linge et se met alors à trembler convulsivement, car il sait désormais que ses jours sont comptés : de fait, environ deux mois plus tard, il connaîtra le même sort que Danton - la mâchoire en moins, car explosée par le coup de feu du gendarme Merdat - lors des événements du 9 thermidor an II : il sera guillotiné le lendemain, sans le moindre simulacre de jugement, soit le 28 juillet 1794. "Check mate to the Revolution" (Echec et mat à la Révolution) !



Une fois en Angleterre, l'enfant-roi fut déplacé du sud du pays vers la frontière écossaise, dans un manoir du nom de Skelton, spécialement refait pour lui, afin de l'éloigner des côtes de France. Le comte de Courtenay, qui était lui-même de famille princière, veilla sur lui comme s'il s'agissait d'un fils. Lorsqu'il fut adulte, Louis-Charles ne manifesta jamais son intention d'être roi de France, pour la bonne raison qu'il n'en avait nulle envie. Les affreux souvenirs de la prison du Temple l'en avaient définitivement dissuadé. Le comte lui avait lu le testament en forme d'avertissement de son père (daté du 25 décembre 1792), mais Louis-Charles préféra laisser cette charge à sa descendance masculine si elle le souhaitait un jour, et à condition d'avoir été discrètement formée dans une Ecole à cette fin, et seulement si ça en valait vraiment la peine. Tout dépendrait donc selon lui de la force aveugle et inopinée du destin, telle la Fortuna romaine, et de la nécessité ou non de sauvetage in extremis du pays et de ses peuples pas tous ingrats, pour une mission réputée impossible...Sinon, tant pis, tant attendu ne reviendra jamais !
Et l'artifice assez malin des "démonstrations" par l'ADN mitochondrial de 1999-2000, selon lesquelles un coeur de Habsbourg provenant de l'Eglise Saint Augustin de Vienne, "restitué" à la France, est bien...l'un des nombreux coeurs de Habsbourg, morts en bas âge, encore abrités par sa crypte, est au plus une lapalissade et non une preuve de quoi que ce soit.
Le 8 juin 1795 ne signifie rien de tragique pour Louis-Charles dit "Capet", deuxième fils de Louis XVI, naguère duc de Normandie, et devenu hobereau anglais. Au contraire, cette date fut marquée pour lui par la découverte de l'amour "fleur bleue", en la personne d'une charmante petite fille de son âge qui lui faisait les yeux doux, et osait souvent un "my darling Charlie" (mon Charlie chéri) : ensemble, main dans la main, ils étaient allés cueillir des fleurs dans la charmante campagne anglaise.
La vérité était donc ailleurs, depuis le départ, pourrait-on dire, en empruntant aux Britanniques leur flegme et leur humour.

vendredi 11 juin 2010

La puissance du jugement de Dieu : comparaison inédite des dernières volontés d'Olympe de Gouges et de Louis XVI

par Jean-Jacques COURTEY, Docteur en Géographie Economique

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C'était l'époque où Monaco allait devenir française (1793), sous le nom de "fort d'Hercule", juste avant que la Wallonie ne le devienne également (1795).
Olympe de Gouges (1748-1793) écrivait au roi et à la reine, même après le 10 août 1792 : elle demandait à Marie-Antoinette (1755-1793) de s'interposer auprès de son frère, l'Empereur François Ier d'Autriche (1758-1835) pour provoquer la paix, et à Louis XVI (1754-1793) qu'il l'envoie en mission auprès de ses frères émigrés afin de mettre un terme à la guerre. La plupart des spécialistes y voient son décalage par rapport à la réalité du pouvoir. Et ils feignent de ne pas comprendre qu'elle tentait d'enrayer la machine infernale de la Révolution. Elle n'y parvint pas. Et entre temps, le roi fut emprisonné avec sa femme, ses enfants et sa soeur, Mme Elisabeth (1764-1794), dans la fatidique tour des anciens Templiers, dite "tour du Temple", puis jugé et condamné à mort le 15 janvier 1793. Son exécution le 21 janvier 1793, fut un événement traumatisant pour tout le monde, y compris Olympe, qui y voyait à la fois un sort tragique affectivement et une défaite personnelle dans son for intérieur.


Dans "Les trois urnes ou le salut de la patrie par un voyageur aérien" - nommé "Toxicodindronn" -, elle proposait de constituer des assemblées primaires pour délibérer sur la forme du meilleur gouvernement pour la France et le peuple français : la république, la république fédérative ou la monarchie. C'était au choix, d'où l'expression "les trois urnes". Par prudence, elle ne semblait pas y être en faveur du défunt roi, si l'on en faisait une approche très littérale. Rappelons que son testament politique est du 4 juin 1793, car elle sentait la mort se rapprocher d'elle. Le texte des "trois urnes" est donc son ultime sursaut. Mais elle n'eût pas le temps de le placarder sur les murs de la capitale comme à l'accoutumée, car dénoncée par une femme - la femme de son imprimeur -, elle fut arrêtée et interrogée (20 juillet 1793). On lui reprocha immédiatement le double sens de ce texte, en mettant en doute son jacobinisme. Et elle ne nia pas vraiment qu'elle ne portait pas tous ses adeptes dans son coeur.
Eux-mêmes se disaient qu'il y avait anguille sous roche, lorsqu'elle accolait le nom de Louis Capet, avec le qualificatif de "tyran". Ils ne trouvaient absolument pas cela crédible. De plus elle avait montré à sa mort, une telle colère mêlée d'une douleur quasi-affective, qu'ils trouvaient cela bizarre. Ils pensaient qu'elle parlait de quelqu'un d'autre entre les lignes, à mots couverts, codés ou à base d'euphémismes, pour susciter une force de réaction à Paris, tout en les prenant pour des idiots (beaucoup étaient incultes) et des aveugles (seule leur justice l'était pour provoquer la terreur).
N'oublions pas que depuis mars 1793, la Vendée s'était soulevée contre les excès de la Révolution, et que d'autres départements commençaient à suivre.


Ce fort soupçon de double sens caché trouvait en effet sa source et sa cohérence dans trois autres placards dont Olympe était l'auteure : "Olympe de Gouges, défenseur officieux de Louis Capet", pour la défense de Louis XVI (et composé à l'époque de son procès, bien qu'elle en ait été écartée avec mépris le 16 décembre 1792), "Olympe de Gouges et le tribunal révolutionnaire" (où elle disait avec une audace incroyable ce qu'elle pensait de cette institution non démocratique, illégale et sanguinaire), et également "La France sauvée ou le tyran détrôné". De fait, on l'avait depuis quelques temps à l'oeil ; et justement, on pensait que sous la présentation habile de ce premier texte, antérieur aux autres (1792), elle ne visait déjà pas réellement Louis XVI, mais bien plutôt Robespierre - 1758-1794 - en fait !
Car il est connu aujourd'hui de quelques érudits qu'il aspirait au trône en cherchant à établir une nouvelle dynastie, fondée sur un mariage avec la fille de Louis XVI prisonnière au Temple, Marie-Thérèse Charlotte (1778-1851) ! Et Olympe était au courant de tout.
On voyait donc dans cet ensemble l'expression évidente de la rouerie féminine mêlée de franc-parler d'une séduisante femme du sud-ouest de la France. N'était-elle pas en réalité née le 7 mai 1748 à Montauban, des amours naturelles du ci-devant Jean-Jacques Lefranc de Pompignan et d'Anne-Olympe Mouisset ?


Le jour de son procès le 2 novembre 1793, alors que la détention l'avait rendue très malade, elle déclara : "Depuis un mois je suis aux fers ; j'étais déjà jugée, avant d'être envoyée au Tribunal Révolutionnaire...qui avait décidé que dans huit jours je serais guillotinée..."
Or elle pensait vraiment ne pas finir guillotinée, lorsqu'elle déclara fièrement : "Mes ennemis n'auront point la gloire de voir couler mon sang. Je suis enceinte et donnerai à la République un citoyen ou un citoyenne."
Mais Fouquier-Tinville, après l'avoir faite examiner le jour même par des médecins indécis et surtout apeurés, passa rapidement outre en décidant lui-même "qu'elle n'était pas enceinte" et la fit exécuter le lendemain, 3 novembre 1793, pour qu'elle se taise à jamais et cesse de "contaminer l'esprit public".
Il reste d'elle de grandes tirades fort expressives :
"Je lègue mon coeur à la patrie, ma probité aux hommes (ils en ont besoin), mon âme aux femmes, je ne leur fais pas un don indifférent ; mon génie créateur aux auteurs dramatiques : il ne leur sera pas inutile ; surtout la logique théâtrale au fameux Chesnier ; mon désintéressement aux ambitieux ; ma philosophie aux persécutés ; mon esprit aux fanatiques ; ma religion aux athées ; ma gaieté franche aux femmes sur le retour, et tous les pauvres débris qui me restent d'une fortune honnête à mon héritier naturel, mon fils, s'il me survit." Il s'agit de Pierre Aubry, le fils qu'elle eût de Louis-Yves Aubry, et se trouve à l'origine des divers rameaux de sa descendance qui a essaimé jusqu'aux Etats-Unis, en Australie continentale et en Tasmanie.
Elle continue son testament ainsi : "Quant à mes pièces de théâtre ou manuscrits, on en trouvera quelques centaines, je les donne à la Comédie Française..." Et elle termine par cette apostrophe : "Français, voici mes dernières paroles, écoutez-moi dans cet écrit et descendez dans le fond de votre coeur : y reconnaissez-vous les vertus sévères et le désintéressement des républicains ? Répondez : qui de vous ou moi chérit et sert le mieux la patrie ? Vous êtes presque tous de mauvaise foi. Vous ne voulez ni la liberté ni la parfaite égalité. L'ambition vous dévore...Peuple aimable devenu trop vieux, ton règne est passé, si tu ne t'arrêtes pas au bord de l'abîme...


Ces mots répondent à sa malédiction ("jettatura méridionale") précédente : "Frémissez, Tyrans modernes (pour Robespierre et ses tenants) ! Ma voix se fera entendre du fond de mon sépulcre..." C'était là un singulier avertissement, puisqu'elle habitait la rue des Fossoyeurs à Paris - aujourd'hui rue Servandoni. Car elle n'aimait pas Robespierre qui le lui rendait bien : "Robespierre m'a toujours paru un ambitieux, sans génie, sans âme . Je l'ai vu toujours prêt à sacrifier la nation entière pour parvenir à la dictature ; je n'ai pu supporter cette ambition folle et sanguinaire...La haine de ce lâche ennemi s'est cachée longtemps sous la cendre, et depuis, lui et ses adhérents attendaient avec avidité le moment favorable de me sacrifier à sa vengeance."
En montant à l'échafaud, elle s'écria : "Enfants de la patrie, vous vengerez ma mort !"
Cela rappelle les mots de son testament politique du 4 juin 1793, où elle se sentait déjà menacée, après l'arrestation des députés de la Gironde : "Toi qui prépares de loin les révolutions et frappes les tyrans ! Toi dont l'oeil scrutateur pénètre jusques dans les consciences les plus ténébreuses ; le crime est à son comble ; dévoile ce long mystère d'iniquité ; frappe, il est temps..."
Et elle terminait ainsi ce testament percutant : "...Je n'incendierai pas le peuple de Paris ni les départemens ; je l'adresse directement, et avec fermeté aux jacobins, au département, à la commune, aux sections de Paris, où se trouve la majorité saine des bons citoyens, qui quels que soient les efforts des méchants, sauvera la chose publique."


Le testament de Louis XVI quant à lui est du 25 décembre 1792 , et il comporte différents points qu'il faut analyser avec discernement, sans prendre les choses dans un sens trop littéral.
D'abord, il y souligne le caractère inique, illégal et injustifié de sa détention et de celle de sa famille au Temple depuis quatre mois, et dont il est séparé depuis le 11 décembre. Olympe de Gouges sans le dire de la même façon exprimera des sentiments similaires par la suite.
Ensuite, il laisse son âme à Dieu, et déclare : "Je meurs dans l'union de notre sainte Mère l'Eglise Catholique, apostolique et romaine...", sachant très bien qu'il va mourir. Olympe se proclame également croyante.
Puis il demande le pardon de ses fautes, et comme on le répète si souvent pardonne à ses ennemis à qui il n'avait rien fait, de même qu'à ses faux amis ingrats, dont il laisse Dieu juge.
Il n'y a donc aucune faiblesse dans ce qu'il écrit mais de la simple chrétienté.
En effet, pour que l'âme puisse se détacher de la Terre, et quitter ce monde de souffrances, il est nécessaire qu'elle parte en paix. Il avait suffisamment souffert pour rien, lui et sa famille, qu'il recommande à Dieu, pour vouloir revenir parmi ses "faux juges" et ses vrais bourreaux, comme une âme errante en peine. De plus, pour que Dieu puisse mieux punir, il est mystiquement connu qu'il n'y a rien de mieux qu'un bon pardon !
Il recommande également à son fils (Louis XVII, - Versailles 1785 - Manoir de Skelton (UK) ?!) de bien prendre la mesure de ce que c'est que d'être roi, en insistant sur sa nécessaire autorité s'il avait le malheur de régner. Il l'éclaire de façon sous-entendue sur le caractère affûté, ferme et tranchant qui est nécessaire pour cette difficile fonction, ce fardeau où il s'agit de "faire le bonheur des Peuples". Car autrement il serait "plus nuisible qu'utile."
Il finit d'ailleurs son testament de la façon suivante : "Je finis en déclarant devant Dieu et prêt à paraître devant lui, que je ne me reproche aucun des crimes qui sont avancés contre moi."


Les dernières volontés d'Olympe de Gouges restent les plus bouillantes et les plus passionnées qui soient. A la différence de "son roi Louis", elle ne pardonne rien du tout, et voue ses ennemi (e) s aux gémonies, en leur disant que leur châtiment est proche, ce qui d'ailleurs s'est avéré rigoureusement exact. Tous deux à leur manière faisaient oeuvre annonciatrice !
Et ce n'est pas le tremblotant Fouquier-Tinville (1746-1795), l'ancien Accusateur Public, qui aura pu dire le contraire. Lui-même, qui n'était sensible qu'à sa petite personne, n'a pu en réchapper. Il clôturera "tragiquement" l'ère de la Terreur en étant la dernière victime révolutionnaire expiatoire de "la Veuve" : la tranchante et étincelante lame de la guillotine s'est abattue soudain en un souffle froid et paralysant d'éternité, sur son cou désormais dépourvu de la moindre surface capillaire, le 7 mai 1795. Et il a rejoint Robespierre et ses acolytes dans l'effrayant "univers des ombres".
Et l'âme d'Olympe pourra finir par retrouver la paix, dans son ultime sacrifice "même par delà son sépulcre", tandis que celui qui fut surnommé avec mépris imprudent "Louis le dernier" sera désormais "Louis le bienheureux".
Chacun a ainsi joué sur son registre, mais de manière parfaitement parallèle et complémentaire, en accomplissant son devoir, en tout bien tout honneur !
Un hymne à Arès (Mars), pourrait illustrer parfaitement cette nouvelle trame de la destinée :
"Coeur hardi, porteur de bouclier sauveur des cités, coiffe d'airain,
Aux mains robustes, infatigable, fort par la lance, rempart de l'Olympe,
Père de la Victoire, heureuse conclusion des guerres, auxiliaire de Thémis,
Maître absolu de l'adversaire, sois le guide des hommes les plus justes !"

lundi 7 juin 2010

Dieu ou le Soleil peuvent être facétieux : l'arche de l'argent ne sera pas l'arche de Noé !

par Jean-Jacques COURTEY, Docteur en Géographie Economique

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Dans la logique enfantine des Humains, Dieu n'existerait pas s'il ne les exauçait pas ou ne les protègeait guère. Mais qui a dit que Dieu aimait spécialement les Humains, et en particulier davantage que d'autres créatures du cosmos ou même de la Terre ? Ce n'est certainement pas Dieu, mais les Hommes qui ont voulu donner à voir les choses ainsi. Or la Genèse, qu'il s'agisse de la Sumérienne ou de l'Hébraïque, montre au contraire que le dieu suprême (ou Yahvé) est profondément agacé par leur comportement. Il les trouve irrespectueux et n'aime pas leur clameur et le bruit qu'ils font. Il trouve être mal servi et ne considère nullement que leur niveau d'intelligence, et surtout de conscience et d'amour (la loi de cohésion du cosmos) soit suffisant. Et en tout cas, il est clair que cela ne leur donne aucun avantage devant lui. C'est pour cela qu'il leur envoie rapidement le Déluge, pour faire disparaître ces "créatures nées de l'argile" (premier sens du mot sumérien "Lulu" désignant l'homme) de la surface de la Terre. La Genèse hébraïque dit que Noé est autorisé finalement à sauver sa famille, et un couple de chaque espèce animale. De même chez les Sumériens, c'est "Uta-Naphistim" ("Supersage"), le vrai Noé qui est sauvé par le dieu Enki de la colère de Dieu le père, Anu.


Dieu aime qu'on le respecte ainsi que ses envoyés, communément appelés "anges" (du grec "agguelos", messagers), mais également parfois "prophètes". Il a horreur que l'on se moque du monde. Et si on le fait, cela peut faire très mal, car il a tout à fait la possibilité de ne plus rien respecter quand il le veut, et peut se montrer dévastateur où il souhaite, en tant que divinité suprême.
En 1556, un certain Antoine Couillard est passé à la postérité en raillant Nostradamus (1503-1566) qui prévoit lui-aussi l'Apocalypse (mot d'origine grec signifiant en fait "Révélation") et quantité d'autres choses, dans ses "Prophéties du Seigneur Pavillon lez Lorriz" - une burlesque parodie relative à son lieu d'habitation. Or sans s'en rendre compte, ce juriste orléanais semble avoir néanmoins compris une partie des mystérieux quatrains publiés en 1555 par le prophète de Saint-Rémy de Provence. Et en 1560, dans ses "Contredicts aux faulses et abbusives prophéties de Nostradamus et autres astrologues", Couillard va plus loin en le traitant de charlatan. Pour prouver son assertion, il fait un commentaire particulièrement persifleur et finalement faux, mais étonnant avec le recul, sur la Révolution de 1789 à venir : "Monsieur de Nostredame nous a prédit une grande révolution en l'an mil-sept-cent-octante-neuf (1789)... Or, il est bien certain que nous en serons exempts". Nous savons tous maintenant ce qu'il advînt, à la plus grande stupéfaction du monde entier !


Le samedi 5 juin dernier, dans son blog, un certain "Slate" titrait sous ce pseudonyme : "L'apocalypse de 2012 n'aura pas lieu." Et il ajoutait : "tout cela est évidemment stupide." Tout se résumerait selon son article à un besoin de l'homme de préférer que tout disparaisse pour combler sa profonde insatisfaction, parce qu'il a le sentiment que tout lui échappe dans sa vie et dans la vie en général. Il s'agirait donc d'une sorte de projection psychologique collective pour lui. A contrario, on pourrait objecter à "Slate", que s'il est pleinement satisfait de sa vie, alors il devrait être automatiquement protégé des catastrophes naturelles de tous ordres. Ah, ah !
Il discutaillait ainsi sur la fin du calendrier maya, dont certains spécialistes pensent selon lui, qu'elle tomberait plutôt un 23 qu'un 21 décembre 2012. En disant cela, il indique que sa profession est liée aux services de désinformation du renseignement ou qu'il fait partie d'un groupe ésotérique pour lequel le nombre 23 a une signification particulière. Mais il ne se rend pas compte que si ce calendrier vénusien se termine, c'est qu'il ne recommence pas justement !
Et s'il doit se produire quelque chose, ce ne sont pas les Humains qui décideront cette fois-ci, en cherchant à manipuler les événements comme il le pense (pas forcément à tort dans ce cas), même avec l'astuce d'une date de substitution.

De fait, les Mayas ne se contentent pas de terminer leur calendrier ; ils disent également ce qui selon eux va advenir, c'est-à-dire la clarté dans le Chaos, avec le Néant du grand Rien. De toute façon, "Slate" devrait se rassurer, car il n'aura plus longtemps à attendre. Et comme il s'en moque éperdument apparemment, pourquoi aurait-il quelque chose à craindre ? Il est bien connu que les Humains sont plus forts que Dieu, ou que le Soleil ! ?
Pourtant, la prophétie maya "du 5ème Soleil", n'est pas une élucubration d'indiens arriérés, mais au contraire, une critique astro-philosophique des prêtres de Chilam Balam du XVIème siècle sur l'incroyable prétention des gens de l'Occident : ils usurpent le rôle du doux dieu barbu Quetzalcoatl, qui doit revenir à cette date fatidique, et défient constamment la puissance divine, en pensant naïvement qu'elle ne peut pas riposter.
Comme son nom l'indique, cette prophétie du grand retour, mentionne l'importance du Soleil dans les changements de nature cataclysmique touchant la Terre, précédés d'éléments précurseurs. Et il suffit d'observer les changements climatiques accélérés se déroulant à la surface de la planète, pour se rendre compte qu'il y a bien un sérieux problème : nous n'entrerons pas dans le débat du réchauffement, ou à terme du refroidissement climatique. Que nous le voulions ou non, nous dépendons non pas un peu, mais totalement du Soleil, et de l'impact faramineux de ses éruptions et tempêtes.


Le film "2012" qui date de 2009 a un mérite : il nous informe. Il montre ainsi, du moins dans le scénario, que les gouvernements qui croient en partie à la prophétie maya quant à eux, préparent "secrètement", et dans les contreforts chinois de l'Himalaya tibétain la survie d'une élite auto-cooptée avec toute une série... d'arches, à l'imitation de Noé justement. Le plan de sauvetage de 2010, qui concerne également des riches oeuvres d'art, comme "Mona Lisa" de Léonard de Vinci (1452-1519), connaît quelques cahots et victimes collatérales dans sa phase ultime. Il n'est pas dépourvu de frayeur, surtout et paradoxalement chez les mieux préparés, financièrement ou politiquement compris. Mais en dépit de quelques péripéties dramatiques de dernière minute, tout finit par s'arranger. Et la grande majorité des heureux élus et autres survivants de l'espèce humaine peuvent après des jours et des jours de déluge terrestre engloutissant des pays entiers, passer le Cap de Bonne Espérance, et accoster en Afrique du Sud, dans la nouvelle terre promise du Drakensberg.


D'ailleurs, dans ce film hollywoodien du réalisateur allemand Roland Emmerich (né en 1955 à Stuttgart), on voit clairement qu'au début, les instances officielles ne traitent pas vraiment la prophétie maya comme une simple fantaisie. Un ensemble très coûteux de mesures dans tous les points chauds du globe est systématiquement et quotidiennement réalisé. Et c'est d'Inde finalement que tout part en 2009, même si le parc yosémite de Yellowstone (USA), avec son super-volcan, ou la faille de San Andréas en Californie (USA également) ne sont pas oubliés.
Car en Inde, dans une ancienne mine de cuivre, est soudainement observée l'apparition autogène de nouvelles particules issues de bombardements de neutrinos solaires produits par de très fortes éruptions de cet astre. Et elles se mettent à réchauffer de plus en plus le noyau de la Terre, par "effet micro-onde".
Et les autorités n'avertissent pas les populations, afin de ne pas provoquer de mouvements de panique,...et aussi parce que seule une infime partie de la population terrestre pourra survivre, à condition de faire partie des dirigeants politiques de premier plan, ou d'acquitter un droit à la survie d'1 milliard d'Euros.
Mais bien sûr, ce n'est qu'un film, et le club des quarante nations participantes, dont les USA, la Russie, la Chine, le Japon, la France, l'Allemagne, le Royaume-Uni, l'Italie... auquel il est fait allusion, sans doute pure invention de scénariste hollywoodien !




Si c'était Dieu qui envoyait vraiment un châtiment terrestre, pourquoi voudrait-il avantager untel ou unetelle plus qu'un autre, et surtout pour favoriser comme d'habitude toujours les mêmes ? L'idée de "continuité humaine" du film "2012", avec le choix des élites puissantes et argentées n'est pas automatiquement ce qui se passerait dans les faits, même s'il est clair que cela se préparerait sans doute ainsi.
Et si ce n'était pas l'événement cataclysmique qui était faux, au risque d'embarrasser "Slate", mais les endroits visés dans le film qui n'étaient pas si justes ? Sans déluge au Tibet, les arches resteraient sous la montagne chinoise, et beaucoup auraient perdu leur milliard d'Euros pour rien !
De même les habitants de bassins naturels pourraient vraiment s'inquiéter des surprises aquatiques, au moins autant que ceux des montagnes pour le réveil de leurs volcans.
Dieu ou le Soleil (ou le Dieu-Soleil) peuvent eux-aussi être facétieux avec les Humains qui se croient puissants de façon si candide avec leur persiflage, en le respectant si peu - et à tort -, tant il veulent établir qu'ils ne procèdent de rien.

mardi 1 juin 2010

Télescopage historique: le royal thriller jacobin de l'été 2010 !

par Jean-Jacques COURTEY, Docteur en Géographie Economique

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Y-a-t-il un lien entre la nouvelle réforme des retraites annoncée et la discrète faillite de la caisse des députés du 10 octobre 2007 ? La question mérite en tout cas d'être posée. Pour eux, 22,5 années de cotisations équivalent à 40 ans, et permettent donc d'avoir une retraite à taux plein à 60 ans, d'un montant de 2400 Euros nets par mois. Le montant des cotisations étant trop faible, leur caisse doit payer à environ 2000 personnes, un montant global annuel de trois fois son budget. Et leur intégration à la réforme générale des retraites peut donc être entrevue davantage comme un sauvetage par la collectivité que comme une fin de leurs privilèges, contrairement à ce que l'on entend. Une solution plus simple aurait été que leur caisse augmente le taux, le montant, ou la durée de leurs cotisations pour atteindre l'équilibre avant d'en arriver là. Quoi qu'il en soit, les électeurs vont pouvoir de bonne grâce sauver leurs élus, même s'ils ne participeront pas au vote de la réforme, les choses se déroulant dans leur cas tout à l'envers.

Si on veut faire dans l'irrépressible réflexe jacobin, à l'instar de la disparition future de certains corps par fusion (avec les attachés d'administration centrale, par exemple), il est tentant de passer en force sur la réforme des retraites. Il suffit de s'appuyer sur les conjectures des projections démographiques à l'horizon 2020 ou 2030. Le Jacobinisme a constamment été marqué par une recherche de la politique de "l'effroi calculé" : là où il passait tout trépassait ! Mais il lui est difficile de s'appliquer à lui-même ses propres méthodes sans risques. Car nous assistons véritablement au plus grand télescopage de notre histoire, comme si c'était un film avec son "climax". Et nous nous attendons à un dénouement haletant, qui pourrait déborder sur d'autres pays de façon inattendue. C'est l'aventure de la rénovation du siècle naissant, et Dieu que c'est prenant : fatalité peut montrer ses cornes !

Mais revenons-en aux conjectures démographiques qui devraient plutôt amener à des solutions créatives et positives. Nous disons conjectures parce que les précédentes projections démographiques se sont avérées inexactes. C'est pour cela que nous nous retrouvons aujourd'hui dans la paradoxale situation d'avoir un fond d'abondement des retraites de 35 milliards d'Euros (notre petit trésor actuel), prévu pour être utilisé d'ici 2020 ou 2030 justement. Or à lui-seul, ce montant efface plus de trois fois le déficit actuel (10,7 milliards d'Euros). Il faut en tenir compte lors des négociations, en se demandant tout simplement si on ne devrait pas commencer à l'utiliser tant que la nef n'a pas coulé et qu'il existe, plutôt que de vouloir faire un remake du film "Titanic".


Si les précédentes projections démographiques nous ont induit en erreur, pourquoi devrions-nous accorder un caractère si probant aux nouvelles ? Devons-nous réellement établir une réforme d'ampleur sur des sables mouvants, dans une hâte qui effraie davantage les marchés et les agences de notation internationales indépendantes qu'elle ne les rassure ? Les expériences grecque et espagnole montrent au contraire que la panique entourant des réformes irréfléchies peut faire douter de la capacité desdites économies à se redresser et donc à être viables. Parfois, il est urgent...de prendre son temps pour réfléchir avant de passer à l'action. Il faut alors se calmer, et reprendre ses esprits, en dehors de l'excitation ou du suivisme moutonnier ambiant : "Chi va piano va sano, e lontano !" (Qui va lentement va sûrement, et loin !").

Et d'abord, est-ce si vrai que les gens vont vivre plus longtemps, alors même que l'on assiste à une spectaculaire dégradation de notre système de santé ? Paris même, notre capitale, dans ses 18ème, 19ème et 20ème arrondissements, n'est pas épargnée par le retour de maladies endémiques qui avaient pourtant disparu, comme la variole ou la tuberculose, entre autres. Il est donc permis d'avoir quelques doutes sur une espérance de vie qui croîtrait à un rythme effréné de 2 mois par an ? Pour les dépenses de santé par habitant, la France est au 8ème rang mondial derrière le Liban, le Cambodge étant 4ème (in "Le Monde en poche", Le Monde/The Economist, 2007).

On sait également, que parmi les futurs retraités, une bonne partie d'entre eux décèderont dans les premiers 6 mois de leur retraite, puis une deuxième série dans les deux premières années. C'est-à-dire que dans leur cas, la rente aura été la plus mauvaise affaire de leur vie, puisqu'ils n'en profiteront guère, en ne coûtant pas grand chose au système global finalement. Au contraire, une partie en capital, comme cela se faisait pour les fonctionnaires civils ou assimilés et les militaires sous l'Ancien Régime, leur aurait permis d'avoir au moins quelques compensations méritées à toute une vie de labeur.

Est-il vraiment nécessaire et justifié de revenir sur la retraite à 60 ans, et parallèlement sur d'autres retraites à taux plein prises après 50 ans dans certains régimes spéciaux, pour des raisons de pénibilité du travail ? Pas si sûr ! D'ailleurs, pour ce qui est de la pénibilité entraînant des conséquences observables sur la santé, il est clair qu'une réforme juste doit ouvrir cette option de retraite anticipée à taux plein pour chaque régime, également aux victimes d'accidents du travail ou de maladies professionnelles - si elles le souhaitent -, et quel que soit le secteur d'activité. Mais malgré tout, cette "réforme à la hussarde" qui prévoit déjà une rapide progressivité de la durée de cotisation par glissement trimestriel, dans une orbe comprise entre 61 et 63 ans, pourrait au moins servir à cela.


Cependant, les discussions biaisées sur le rapprochement du secteur privé et du secteur public, doivent être très circonscrites, pour maintenir ou même augmenter le niveau des retraites. A diplôme égal, un cadre ou un cadre supérieur du secteur public par exemple, peuvent gagner de 3 à 7 fois moins que leur homologue du secteur privé, suivant les secteurs considérés (aéronautique, ingéniérie, chimie et parachimie,...). Il ne faut pas l'oublier. On ne sent pas très bien en outre si les syndicats seront vraiment pugnaces et fermes dans les négociations, à travers cette "cogestion" à la française qui semble induite. L'augmentation du taux de cotisation des fonctionnaires semble ainsi presque acquise, avant même la discussion. Trop souvent au niveau local, on est étonné de voir certains permanents syndicaux - ou permanentes syndicales -, avaliser trop facilement ceci ou cela, tout en étant eux-mêmes ou elles-mêmes déchargés de la dureté du travail. Enfin, la France ne peut pas se contenter sur un plan plus général d'un niveau de retraite trop faible pour quantité de gens (agriculteurs, artisans, conjointes,...), dont certains ou certaines ne toucheront pas plus de 600 Euros par mois. C'est là un grand problème pour un pays aussi développé que le nôtre, car un tel montant est inférieur au seuil de pauvreté qui est de 880 Euros par mois ! Et le grand Karl (Marx) doit être malheureux et s'agiter dans sa tombe, lui qui avait pourtant prévu l'effondrement du système global.



La trop grande faiblesse diffuse des revenus obère traditionnellement et durablement toute vraie reprise économique. Notre pays doit en effet toujours se contenter de taux de croissance remarquablement bas, même en l'absence de crise, par rapport au reste du monde. Même l'Afghanistan ou l'Ethiopie parviennent à des taux incroyables (respectivement plus de 12% et de 11% prévus cette année) ! Il nous faut oublier Tocqueville (1805-1859) et son aphorisme sur les révolutions qui éclatent quand les choses commencent à aller un peu mieux, si on veut enfin redonner à la France l'élan qu'elle mérite ! Le plus étonnant, c'est que Tocqueville s'est constamment trompé dans les prévisions qu'il a pu faire : d'ailleurs, les spécialistes étrangers s'en sont aperçus depuis fort longtemps. Notons qu'il fut brièvement ministre des affaires étrangères du Président Louis-Napoléon Bonaparte (1808-1873) du 2 juin au 10 octobre 1849, et ne semble pas avoir prévu son coup d'Etat du 2 décembre 1851 et l'avènement du Second Empire, et encore moins sa chute pour cause de désastre militaire (Sedan, 2 septembre 1870).


De même, il nous faut en finir rapidement avec un modèle économique "de pizzeria", fondé sur la fameuse courbe de Laffer. Cette courbe en cloche du rendement décroissant des prélèvements obligatoires lorsque leur taux est trop fort (c'est le célèbre "trop d'impôt tue l'impôt !"), fut en en fait dessinée de manière empirique...sur la nappe tachée de Chianti d'une pizzeria de Stanford, après un repas bien arrosé. Ce n'est absolument pas le résultat d'une démonstration économétrique rigoureuse, les gens l'ignorent. D'ailleurs, Laffer ne précise pas vraiment le taux optimal de son inspiration fulgurante. Et il néglige dans son appréciation un peu furtive le fait que de toutes façons, les gens n'ont pas le choix. Quoi qu'il en soit, son aphorisme et sa courbe sont restés jusqu'à ce jour un véritable dogme de l'économie mondiale. Et cela ne laisse pas de surprendre : c'est un peu "le magicien d'Oz" de l'économie !


Arthur Betz Laffer (né en 1940), qui étudia à Munich et à Stanford pour son doctorat (1972), est devenu professeur d'économie à Stanford (Californie, USA). Chef de file de l'Ecole de l'offre ("supply" en anglais), cet américain fut influencé notamment par le libéralisme et l'anti-étatisme de l'économiste autrichien Friedrich von Hayek (1899-1992). Et il influença lui-même considérablement Ronald Reagan (1911-2004), lorsque ce dernier était gouverneur de Californie ("Proposition 13"), puis quand il devint président des Etats-Unis en 1981 pour deux mandats successifs de quatre ans. Il est à l'origine de l'ère économique de la "Reaganomics" qui n'est pas encore terminée, malgré la crise financière du 15 septembre 2008, la crise grecque de 2010, et celle qui va probablement suivre en ébranlant les volontaristes les plus convaincus.


Pour la France, cette croyance s'est traduite par le "bouclier fiscal", d 'abord à 60%, puis à 50%. Que l'Etat ne soit pas confiscatoire vis-à-vis des citoyens est tout à fait louable et juste, mais le problème se situe sur le taux réel de ce bouclier fiscal, qui est en fait de 39%, avec la prise en compte de la CSG cette fois-ci. Même Arthur Laffer n'a jamais suggéré un taux aussi bas, tous prélèvements confondus, pour les USA. Les Etats qui ont utilisé avantageusement la courbe de Laffer, pour dynamiser leur économie, se situent plutôt aux alentours de 59%, ou alors ce sont carrément des "paradis fiscaux" profitant du "dumping fiscal". Car la baisse des recettes fiscales en France est catastrophique et ruineuse.


C'est comme si l'histoire se répétait à l'envers, en un étonnant "flashback" qui comporterait des ressorts inattendus à ne pas prendre en pleine figure, ni dans un oeil. Nous nous sommes donc demandé quelles auraient été les attitudes de Louis XIV (1638-1715) et de Colbert (1619-1683), son contrôleur général des finances à partir de 1665, face aux mêmes problématiques ? Nous pensons qu'ils auraient réagi à temps et avec brio. Le Roi-Soleil et Colbert, rappelons-le créèrent la notion de "balance commerciale" et accrurent considérablement le produit des impôts, tout en promouvant un fantastique essor du commerce français. Encore aujourd'hui, la France dépend en grande partie de l'effet Veblen avant l'heure généré depuis cette époque, dans les domaines du luxe ou des produits de haute technologie à forte valeur ajoutée.


En ce moment, le Parlement doit discuter de la disparition totale de la publicité sur les chaînes publiques, et plus seulement après 20 h, un réexamen de la loi étant déjà prévu pour 2011. Ne pourrait-on pas réfléchir à nouveau et suggérer au contraire, compte tenu de la conjoncture économique défavorable, de restaurer cette même publicité après 20 h ? Ainsi la manne financière de la taxe de compensation entre chaînes privées et chaînes publiques prélevée sur la publicité deviendrait sans objet, et pourrait devenir une "taxe pour le soutien présent aux retraites". Par la même occasion, cela redonnerait des temps de pause pour nous aérer l'esprit ou aller aux toilettes, une partie des programmes étant tellement pauvre et répétitive de toute façon. De cette manière, les chaînes concernées pourraient à nouveau financer un plus grand nombre d'oeuvres de création audiovisuelles de qualité, tout en relançant le secteur désormais sinistré de la publicité. Se priver de cette marge de manoeuvre inopinée et attendre 2011, et un éventuel AA ou un BBB de Fitch, Standard and Poor's ou Moody's, pourrait s'avérer particulièrement inapproprié et irréaliste pour la France : en effet, la notation financière de ces agences anglo-saxonnes conditionnent son accès au crédit international. Ceci dit, les jeux sont certainement déjà faits pour "la question publicitaire".




Nous concluerons, de manière inattendue, en reprenant l'idée d'"impôt patriote" sur les plus hauts revenus qui semble acceptée quant à elle, en entamant le "bouclier fiscal". Elle est ancienne puisqu'elle fut suggérée pour la première fois en 1788 par la belle Olympe de Gouges (1748-1793), pour stopper l'effondrement des finances du Roi Louis XVI (1754-1793), et tenter de lui éviter les "Etats-Généraux". Mais le Parlement de Paris y était hostile. Pour la petite histoire, Olympe avait, depuis septembre 1785, un sentiment discret, mais puissant et sincère pour cet homme, "trop moderne pour son époque" selon elle, mais le seul qu'elle trouvât "vrai" ! Cette féministe humaniste admirait à un point à peine imaginable de nos jours son esprit cultivé "si en avance sur son temps, peut-être trop malheureusement" !

Elle fit d'ailleurs une seconde tentative pour le sauver, le 16 décembre 1792, lorsqu'elle se proposa à la Convention Nationale pour le défendre à son procès avec l'avocat Malesherbes (1721-1794). Mais la demande de "la dame de coeur de Louis le Dernier" fut rejetée avec mépris. Elle mourut guillotinée pour son soutien à la Gironde (et les diverses manifestations de sa colère envers Robespierre - 1758-1794- et le Comité de Salut Public pour les massacres de septembre 1792 et la mort du Roi), le 3 novembre 1793. Elle emporta avec courage le secret codé de "son bon ami le Roi Louis" tel que retrouvé dans "l'armoire de fer", celui de leur affectueuse revanche sur l'Histoire à venir : "Thibermesnil 2-6-12" !