mardi 1 juin 2010

Télescopage historique: le royal thriller jacobin de l'été 2010 !

par Jean-Jacques COURTEY, Docteur en Géographie Economique

_________________________

Y-a-t-il un lien entre la nouvelle réforme des retraites annoncée et la discrète faillite de la caisse des députés du 10 octobre 2007 ? La question mérite en tout cas d'être posée. Pour eux, 22,5 années de cotisations équivalent à 40 ans, et permettent donc d'avoir une retraite à taux plein à 60 ans, d'un montant de 2400 Euros nets par mois. Le montant des cotisations étant trop faible, leur caisse doit payer à environ 2000 personnes, un montant global annuel de trois fois son budget. Et leur intégration à la réforme générale des retraites peut donc être entrevue davantage comme un sauvetage par la collectivité que comme une fin de leurs privilèges, contrairement à ce que l'on entend. Une solution plus simple aurait été que leur caisse augmente le taux, le montant, ou la durée de leurs cotisations pour atteindre l'équilibre avant d'en arriver là. Quoi qu'il en soit, les électeurs vont pouvoir de bonne grâce sauver leurs élus, même s'ils ne participeront pas au vote de la réforme, les choses se déroulant dans leur cas tout à l'envers.

Si on veut faire dans l'irrépressible réflexe jacobin, à l'instar de la disparition future de certains corps par fusion (avec les attachés d'administration centrale, par exemple), il est tentant de passer en force sur la réforme des retraites. Il suffit de s'appuyer sur les conjectures des projections démographiques à l'horizon 2020 ou 2030. Le Jacobinisme a constamment été marqué par une recherche de la politique de "l'effroi calculé" : là où il passait tout trépassait ! Mais il lui est difficile de s'appliquer à lui-même ses propres méthodes sans risques. Car nous assistons véritablement au plus grand télescopage de notre histoire, comme si c'était un film avec son "climax". Et nous nous attendons à un dénouement haletant, qui pourrait déborder sur d'autres pays de façon inattendue. C'est l'aventure de la rénovation du siècle naissant, et Dieu que c'est prenant : fatalité peut montrer ses cornes !

Mais revenons-en aux conjectures démographiques qui devraient plutôt amener à des solutions créatives et positives. Nous disons conjectures parce que les précédentes projections démographiques se sont avérées inexactes. C'est pour cela que nous nous retrouvons aujourd'hui dans la paradoxale situation d'avoir un fond d'abondement des retraites de 35 milliards d'Euros (notre petit trésor actuel), prévu pour être utilisé d'ici 2020 ou 2030 justement. Or à lui-seul, ce montant efface plus de trois fois le déficit actuel (10,7 milliards d'Euros). Il faut en tenir compte lors des négociations, en se demandant tout simplement si on ne devrait pas commencer à l'utiliser tant que la nef n'a pas coulé et qu'il existe, plutôt que de vouloir faire un remake du film "Titanic".


Si les précédentes projections démographiques nous ont induit en erreur, pourquoi devrions-nous accorder un caractère si probant aux nouvelles ? Devons-nous réellement établir une réforme d'ampleur sur des sables mouvants, dans une hâte qui effraie davantage les marchés et les agences de notation internationales indépendantes qu'elle ne les rassure ? Les expériences grecque et espagnole montrent au contraire que la panique entourant des réformes irréfléchies peut faire douter de la capacité desdites économies à se redresser et donc à être viables. Parfois, il est urgent...de prendre son temps pour réfléchir avant de passer à l'action. Il faut alors se calmer, et reprendre ses esprits, en dehors de l'excitation ou du suivisme moutonnier ambiant : "Chi va piano va sano, e lontano !" (Qui va lentement va sûrement, et loin !").

Et d'abord, est-ce si vrai que les gens vont vivre plus longtemps, alors même que l'on assiste à une spectaculaire dégradation de notre système de santé ? Paris même, notre capitale, dans ses 18ème, 19ème et 20ème arrondissements, n'est pas épargnée par le retour de maladies endémiques qui avaient pourtant disparu, comme la variole ou la tuberculose, entre autres. Il est donc permis d'avoir quelques doutes sur une espérance de vie qui croîtrait à un rythme effréné de 2 mois par an ? Pour les dépenses de santé par habitant, la France est au 8ème rang mondial derrière le Liban, le Cambodge étant 4ème (in "Le Monde en poche", Le Monde/The Economist, 2007).

On sait également, que parmi les futurs retraités, une bonne partie d'entre eux décèderont dans les premiers 6 mois de leur retraite, puis une deuxième série dans les deux premières années. C'est-à-dire que dans leur cas, la rente aura été la plus mauvaise affaire de leur vie, puisqu'ils n'en profiteront guère, en ne coûtant pas grand chose au système global finalement. Au contraire, une partie en capital, comme cela se faisait pour les fonctionnaires civils ou assimilés et les militaires sous l'Ancien Régime, leur aurait permis d'avoir au moins quelques compensations méritées à toute une vie de labeur.

Est-il vraiment nécessaire et justifié de revenir sur la retraite à 60 ans, et parallèlement sur d'autres retraites à taux plein prises après 50 ans dans certains régimes spéciaux, pour des raisons de pénibilité du travail ? Pas si sûr ! D'ailleurs, pour ce qui est de la pénibilité entraînant des conséquences observables sur la santé, il est clair qu'une réforme juste doit ouvrir cette option de retraite anticipée à taux plein pour chaque régime, également aux victimes d'accidents du travail ou de maladies professionnelles - si elles le souhaitent -, et quel que soit le secteur d'activité. Mais malgré tout, cette "réforme à la hussarde" qui prévoit déjà une rapide progressivité de la durée de cotisation par glissement trimestriel, dans une orbe comprise entre 61 et 63 ans, pourrait au moins servir à cela.


Cependant, les discussions biaisées sur le rapprochement du secteur privé et du secteur public, doivent être très circonscrites, pour maintenir ou même augmenter le niveau des retraites. A diplôme égal, un cadre ou un cadre supérieur du secteur public par exemple, peuvent gagner de 3 à 7 fois moins que leur homologue du secteur privé, suivant les secteurs considérés (aéronautique, ingéniérie, chimie et parachimie,...). Il ne faut pas l'oublier. On ne sent pas très bien en outre si les syndicats seront vraiment pugnaces et fermes dans les négociations, à travers cette "cogestion" à la française qui semble induite. L'augmentation du taux de cotisation des fonctionnaires semble ainsi presque acquise, avant même la discussion. Trop souvent au niveau local, on est étonné de voir certains permanents syndicaux - ou permanentes syndicales -, avaliser trop facilement ceci ou cela, tout en étant eux-mêmes ou elles-mêmes déchargés de la dureté du travail. Enfin, la France ne peut pas se contenter sur un plan plus général d'un niveau de retraite trop faible pour quantité de gens (agriculteurs, artisans, conjointes,...), dont certains ou certaines ne toucheront pas plus de 600 Euros par mois. C'est là un grand problème pour un pays aussi développé que le nôtre, car un tel montant est inférieur au seuil de pauvreté qui est de 880 Euros par mois ! Et le grand Karl (Marx) doit être malheureux et s'agiter dans sa tombe, lui qui avait pourtant prévu l'effondrement du système global.



La trop grande faiblesse diffuse des revenus obère traditionnellement et durablement toute vraie reprise économique. Notre pays doit en effet toujours se contenter de taux de croissance remarquablement bas, même en l'absence de crise, par rapport au reste du monde. Même l'Afghanistan ou l'Ethiopie parviennent à des taux incroyables (respectivement plus de 12% et de 11% prévus cette année) ! Il nous faut oublier Tocqueville (1805-1859) et son aphorisme sur les révolutions qui éclatent quand les choses commencent à aller un peu mieux, si on veut enfin redonner à la France l'élan qu'elle mérite ! Le plus étonnant, c'est que Tocqueville s'est constamment trompé dans les prévisions qu'il a pu faire : d'ailleurs, les spécialistes étrangers s'en sont aperçus depuis fort longtemps. Notons qu'il fut brièvement ministre des affaires étrangères du Président Louis-Napoléon Bonaparte (1808-1873) du 2 juin au 10 octobre 1849, et ne semble pas avoir prévu son coup d'Etat du 2 décembre 1851 et l'avènement du Second Empire, et encore moins sa chute pour cause de désastre militaire (Sedan, 2 septembre 1870).


De même, il nous faut en finir rapidement avec un modèle économique "de pizzeria", fondé sur la fameuse courbe de Laffer. Cette courbe en cloche du rendement décroissant des prélèvements obligatoires lorsque leur taux est trop fort (c'est le célèbre "trop d'impôt tue l'impôt !"), fut en en fait dessinée de manière empirique...sur la nappe tachée de Chianti d'une pizzeria de Stanford, après un repas bien arrosé. Ce n'est absolument pas le résultat d'une démonstration économétrique rigoureuse, les gens l'ignorent. D'ailleurs, Laffer ne précise pas vraiment le taux optimal de son inspiration fulgurante. Et il néglige dans son appréciation un peu furtive le fait que de toutes façons, les gens n'ont pas le choix. Quoi qu'il en soit, son aphorisme et sa courbe sont restés jusqu'à ce jour un véritable dogme de l'économie mondiale. Et cela ne laisse pas de surprendre : c'est un peu "le magicien d'Oz" de l'économie !


Arthur Betz Laffer (né en 1940), qui étudia à Munich et à Stanford pour son doctorat (1972), est devenu professeur d'économie à Stanford (Californie, USA). Chef de file de l'Ecole de l'offre ("supply" en anglais), cet américain fut influencé notamment par le libéralisme et l'anti-étatisme de l'économiste autrichien Friedrich von Hayek (1899-1992). Et il influença lui-même considérablement Ronald Reagan (1911-2004), lorsque ce dernier était gouverneur de Californie ("Proposition 13"), puis quand il devint président des Etats-Unis en 1981 pour deux mandats successifs de quatre ans. Il est à l'origine de l'ère économique de la "Reaganomics" qui n'est pas encore terminée, malgré la crise financière du 15 septembre 2008, la crise grecque de 2010, et celle qui va probablement suivre en ébranlant les volontaristes les plus convaincus.


Pour la France, cette croyance s'est traduite par le "bouclier fiscal", d 'abord à 60%, puis à 50%. Que l'Etat ne soit pas confiscatoire vis-à-vis des citoyens est tout à fait louable et juste, mais le problème se situe sur le taux réel de ce bouclier fiscal, qui est en fait de 39%, avec la prise en compte de la CSG cette fois-ci. Même Arthur Laffer n'a jamais suggéré un taux aussi bas, tous prélèvements confondus, pour les USA. Les Etats qui ont utilisé avantageusement la courbe de Laffer, pour dynamiser leur économie, se situent plutôt aux alentours de 59%, ou alors ce sont carrément des "paradis fiscaux" profitant du "dumping fiscal". Car la baisse des recettes fiscales en France est catastrophique et ruineuse.


C'est comme si l'histoire se répétait à l'envers, en un étonnant "flashback" qui comporterait des ressorts inattendus à ne pas prendre en pleine figure, ni dans un oeil. Nous nous sommes donc demandé quelles auraient été les attitudes de Louis XIV (1638-1715) et de Colbert (1619-1683), son contrôleur général des finances à partir de 1665, face aux mêmes problématiques ? Nous pensons qu'ils auraient réagi à temps et avec brio. Le Roi-Soleil et Colbert, rappelons-le créèrent la notion de "balance commerciale" et accrurent considérablement le produit des impôts, tout en promouvant un fantastique essor du commerce français. Encore aujourd'hui, la France dépend en grande partie de l'effet Veblen avant l'heure généré depuis cette époque, dans les domaines du luxe ou des produits de haute technologie à forte valeur ajoutée.


En ce moment, le Parlement doit discuter de la disparition totale de la publicité sur les chaînes publiques, et plus seulement après 20 h, un réexamen de la loi étant déjà prévu pour 2011. Ne pourrait-on pas réfléchir à nouveau et suggérer au contraire, compte tenu de la conjoncture économique défavorable, de restaurer cette même publicité après 20 h ? Ainsi la manne financière de la taxe de compensation entre chaînes privées et chaînes publiques prélevée sur la publicité deviendrait sans objet, et pourrait devenir une "taxe pour le soutien présent aux retraites". Par la même occasion, cela redonnerait des temps de pause pour nous aérer l'esprit ou aller aux toilettes, une partie des programmes étant tellement pauvre et répétitive de toute façon. De cette manière, les chaînes concernées pourraient à nouveau financer un plus grand nombre d'oeuvres de création audiovisuelles de qualité, tout en relançant le secteur désormais sinistré de la publicité. Se priver de cette marge de manoeuvre inopinée et attendre 2011, et un éventuel AA ou un BBB de Fitch, Standard and Poor's ou Moody's, pourrait s'avérer particulièrement inapproprié et irréaliste pour la France : en effet, la notation financière de ces agences anglo-saxonnes conditionnent son accès au crédit international. Ceci dit, les jeux sont certainement déjà faits pour "la question publicitaire".




Nous concluerons, de manière inattendue, en reprenant l'idée d'"impôt patriote" sur les plus hauts revenus qui semble acceptée quant à elle, en entamant le "bouclier fiscal". Elle est ancienne puisqu'elle fut suggérée pour la première fois en 1788 par la belle Olympe de Gouges (1748-1793), pour stopper l'effondrement des finances du Roi Louis XVI (1754-1793), et tenter de lui éviter les "Etats-Généraux". Mais le Parlement de Paris y était hostile. Pour la petite histoire, Olympe avait, depuis septembre 1785, un sentiment discret, mais puissant et sincère pour cet homme, "trop moderne pour son époque" selon elle, mais le seul qu'elle trouvât "vrai" ! Cette féministe humaniste admirait à un point à peine imaginable de nos jours son esprit cultivé "si en avance sur son temps, peut-être trop malheureusement" !

Elle fit d'ailleurs une seconde tentative pour le sauver, le 16 décembre 1792, lorsqu'elle se proposa à la Convention Nationale pour le défendre à son procès avec l'avocat Malesherbes (1721-1794). Mais la demande de "la dame de coeur de Louis le Dernier" fut rejetée avec mépris. Elle mourut guillotinée pour son soutien à la Gironde (et les diverses manifestations de sa colère envers Robespierre - 1758-1794- et le Comité de Salut Public pour les massacres de septembre 1792 et la mort du Roi), le 3 novembre 1793. Elle emporta avec courage le secret codé de "son bon ami le Roi Louis" tel que retrouvé dans "l'armoire de fer", celui de leur affectueuse revanche sur l'Histoire à venir : "Thibermesnil 2-6-12" !

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire