mardi 29 juin 2010

Olympe de Gouges et Louis XVI : leur tendre secret, quelque peu dévoilé !

par Jean-Jacques COURTEY, Docteur en Géographie Economique

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Olympe de Gouges (1748-1793), femme de théâtre dans la lignée de son père naturel Jean-Jacques Lefranc de Pompignan, se présentait comme "veuve", et avait une solide réputation de femme libérée et d'amante remarquable : elle était tout à la fois piquante, fougueuse et coquette, selon Restif de la Bretonne (1734-1806). Mais elle n'aimait pas son jugement qu'elle trouvait misogyne.
Parmi les hommes que connût cette femme fort belle et fort bien faite, un seul bénéficia de septembre 1785 à sa mort en 1793, d'un amour total et inconditionnel, le roi Louis XVI (1754-1793). Avant que la Révolution n'éclate, elle soutient ardemment la cause du roi, et défend même le veto royal absolu, tout en admirant le suisse Necker (1732-1804). Après le 14 juillet 1789, et le rappel de Necker aux finances (16 juillet 1789 - septembre 1790), elle pourfend "les brigands du 5 octobre 1789" qui ont ramené le lendemain le roi à Paris en l'obligeant à s'installer aux Tuileries avec sa famille.
Que de nuits à se languir du corps de braise et de la forte présence de son grand Louis ! Que d'émois en pensant à lui, à sa force, et à son langage si distingué d'homme cultivé ! Olympe était toute retournée par cette pensée qui l'obsèdera jusqu'à la fin de ses jours : être réunie à jamais avec l'être de son coeur, avec l'objet de son amour frémissant mais inavoué et inavouable en cette période troublée.

En songeant à lui, elle proposa un contrat d'union qui ne soit pas le mariage,mais "un contrat civil d'union de l'homme et de la femme" (1791), gommant carrément l'adultère, ainsi que le problème des enfants naturels (elle-même l'était), et anticipant sur une éventuelle séparation en cas de désaccord. On pense évidemment à un ancêtre très libre du PACS (Pacte Civil de Solidarité), qui date quant à lui de 1999. Pour être plus précis, son union avec Louis aurait pu être rédigée ainsi par elle-même en ces termes surprenants : "Nous Louis et Olympe, mus par notre propre volonté, nous unissons pour le terme de notre vie, et pour la durée de nos penchants mutuels, aux conditions suivantes : nous entendons et voulons mettre nos fortunes en communauté, nous réservant le droit de les séparer en faveur de nos enfants, et de ceux que nous pourrions avoir d'une inclination particulière, reconnaissant mutuellement que notre bien appartient directement à nos enfants de quelque lit qu'ils sortent, et que tous indistinctement ont le droit de porter le nom de leur père ou de leur mère qui les ont avoués." Précisons cependant, que l'enfant dont elle était probablement enceinte au moment de sa mort, ne pouvait être de Louis XVI normalement, vu la date de leurs morts respectives (21 janvier 1793 et 3 novembre 1793).

Durant l'été 1791, Olympe de Gouges avait proposé à l'Assemblée Nationale de constituer une "Garde Nationale de Femmes" pour la reine, Marie-Antoinette (1755-1793). Selon elle, qui en aurait volontiers pris le commandement, en se rapprochant des appartements de Louis en fait, cette surveillance visait à garantir la moralité de la Cour. Cela permettait surtout le maintien du roi dans ses fonctions, en dépit de l'évasion ratée de Varennes (20-25 juin 1791). Comme à son accoutumée, cette fière amazone cherchait davantage à sauver l'homme qu'elle aimait et désirait plus que tout, en veillant à son bien-être personnel, qu'à surveiller réellement sa femme et ses dames d'atours. Il est clair qu'elle voulait protéger la famille royale avec des gardes du corps "féminines", qu'elle aurait sélectionnées elle-même parmi des personnes dévouées et dignes de confiance, à l'instar de Thalestris, dernière reine des Amazones. Ainsi, elle aurait pu joindre l'utile à l'agréable. Et elle aurait pu faire obstacle aux événements néfastes qui se profilaient à l'horizon pour la famille royale. Mais l'Assemblée Nationale, et La Fayette (1757-1834) qui dirigeait alors la Garde Nationale et voyait combien Olympe se défiait de lui, s'opposèrent à l'adoption de cette étonnante proposition.

C'est que déjà les Jacobins, comme Marat et Robespierre, s'agitaient pour l'éviction des Girondins (2 juin 1793).
Olympe de Gouges considérait Jean-Paul Marat (1743-1793) comme "un avorton de l'humanité qui n'a ni le physique ni le moral de l'homme." Et elle pensait de même pour ce qui est de Maximilien de Robespierre (1758-1794), à qui elle réserva cette adresse :
"Sais-tu la distance qu'il y a de toi à Caton ? Celle de Marat à Mirabeau, celle du maringouin (mot désignant un moustique !) à l'aigle et de l'aigle au soleil. Je suis persuadée que tu te repais encore de l'espoir frivole de monter au degré des usurpateurs...Je te propose de prendre avec moi un bain dans la Seine ; mais pour te laver entièrement des taches dont tu t'es couvert depuis le 10 (août 1792), nous attacherons des boulets de seize ou de vingt-quatre à nos pieds et nous nous précipiterons ensemble dans les flots. Ta mort calmera les esprits et le sacrifice d'une vie pure désarmera le ciel."
Par coïncidence, Charlotte de Corday d'Armont (1768-1793), dite "Charlotte Corday" mit un terme à la carrière d'instigateur de la Terreur de Marat, en le poignardant dans sa baignoire, au 18 rue des Cordeliers à Paris, le 13 juillet 1793. Cette descendante du grand Corneille (1606-1684), mourut guilottinée très rapidement, le 17 juillet 1793, dix jours avant ses vingt cinq ans, et ne revit donc jamais Caen (Normandie).

Quand elle fut arrêtée, le 20 juillet 1793, suite à sa tentative de placardage de son texte sur "les trois urnes", Olympe mentit sur son âge, en se donnant 38 ans, par coquetterie : il est vrai qu'elle les paraissait à peine, tant le grain de sa peau était resté étonnamment jeune...pour une femme de 45 ans révolus, et tant la vivacité de son esprit et l'énergie de ses paroles impressionnaient. Elle condamna immédiatement la "persécution inouïe" dont elle était victime, et trouva le moyen de dicter de sa prison une affiche mettant en exergue tout le mal qu'elle pensait de Robespierre.
Le 19 novembre 1793, seize jours après sa mort courageuse, le Moniteur titrait : "Elle voulut être homme d'Etat, et il semble que la loi ait puni cette conspiratrice d'avoir oublié les vertus qui conviennent à son sexe."
Car elle était considérée comme une contre-révolutionnaire royaliste par les Jacobins. Aucune femme ne la défendit, même parmi "les femmes de bien."
Il faut dire qu'en septembre 1791, elle avait mis en relief leur "immoralité" dans le "Postambule de sa Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne" :
"...Les femmes ont fait plus de mal que de bien. La contrainte et la dissimulation ont été leur partage. Ce que la force leur avait ravi, la ruse le leur a rendu...Le gouvernement français surtout, a dépendu pendant des siècles de l'administration nocturne des femmes...ce sexe autrefois méprisable et respecté, et depuis la Révolution respectable et méprisé."

Lorsqu'elle proposa sans succès à la Convention Nationale (16 décembre 1792), d'assister l'avocat Malesherbes pour la défense du roi Louis XVI, elle avait déjà préparé une ligne de défense inédite, subtile et créative.
Elle séparait la fonction de roi, abolie entre temps, et l'homme qui selon elle par ce fait même, "avait cessé d'être coupable aux yeux de la République". Et elle précisait que sa mort serait une double erreur : d'une part, ses frères émigrés (le comte de Provence et le comte d'Artois), prendraient de toute façon avec empressement sa relève, et d'autre part, la mort injuste de Louis XVI en ferait un martyr. Elle était manifestement au courant des sentiments peu fraternels du futur Louis XVIII (1755-1824) et du futur Charles X (1757-1836), vis-à-vis de leur frère Louis XVI, qu'ils avaient largement contribué à destabiliser, tout en fuyant fort opportunément la France, le 13 juillet 1789 ! C'est pourquoi, elle demandait son exil, ce qui d'une certaine manière aurait été une revanche sur Varennes, et également sur les ambitions royales malsaines de ses frères.
Mais il y a plus : avec cet exil inopiné, elle espèrait du fond de son tendre coeur de femme que cet homme tant aimé, puisse bénéficier de l'étonnant secret codé - et à double sens présent et futur - des Rose-Croix, dont elle se faisait l'agent : "Thibermesnil 2-6-12 !"
Il apparaît que cette puissante société occulte non sexiste, dans la lignée du grand Hermès Trismégiste, a essayé de le sauver finalement. Déjà le mystérieux comte de Saint Germain, également Rose-Croix et héritier des "Trente", avait prévenu la reine Marie-Antoinette du danger pesant sur elle et sa famille avant la Révolution.

Les Rose-Croix, extrêmement puissants en Grande-Bretagne et en Europe depuis Francis Bacon (1561-1626), le chancelier de Jacques Ier Stuart (1566-1625) - fils de la reine décapitée Marie Stuart (1542-1587) - ne voulaient absolument pas de la mort de son fils Louis-Charles, qui allait devenir Louis XVII (Versailles, 1785 - Skelton (UK) ?).
Et ils mirent tout en oeuvre pour empêcher un nouveau drame cette fois-ci, le 31 janvier 1794, au Temple à Paris, et dans une rue transversale adjacente (où était alors le siège français de l'Ordre des Hospitaliers de Saint Jean), située à juste deux minutes à pied du "donjon-prison".
L'évasion et la substitution dans le panier à linge, qui fut un chef d'oeuvre d'efficacité inégalé à ce jour, ne prit que quelques minutes au total. La chance fut fille de l'audace la plus incroyable.
L'"opération Robin Hood", du nom de la baie anglaise où accosta quelques jours après l'enfant-roi, a certainement été le plus magnifique succès du service qui de nos jours est mondialement connu sous le nom de MI6.
Cette magistrale "opération de déception" de l'Histoire - qui a pu perdurer jusqu'à maintenant - était digne du James Bond de l'époque, le comte de Courtenay (ami de Louis XVI, et "sauf-conduit" du Dauphin), et de son assistante et amie de toujours, la très jolie Miss Barrett : cette dernière détourna fort bien l'attention des gardes de la Tour du Temple avec son décolleté pigeonnant et généreux. Ah, ces faibles hommes !


C'est la réussite de cette mission impossible qui a précipité la fin du régime de la Terreur, après l'épisode de Meudon (mai 1794), où Robespierre va présenter l'enfant du Temple qu'il ne sait pas substitué à l'agent anglais Drake. La zone de Meudon et de Massy, très proche de Paris, bénéficiait alors de facto d'un statut de zone neutre (une sorte de "checkpoint Charlie"), liée aux Goyon-Matignon qui substituèrent à leur nom après 1731, à la suite d'un mariage, celui des Grimaldi de Monaco pour éviter son extinction : cette zone neutre a d'ailleurs été abolie à la suite de cette rencontre fatidique.
Car Drake refuse péremptoirement d'emmener l'enfant avec lui, comme étant faux (il s'agissait du fils retardé du marquis de Jarjayes), en parfaite connaissance de cause. Et il l'avertit que l'enfant-roi est déjà en sûreté quelque part en Angleterre où il est traité avec égards, et que tout est fini pour son régime de terreur et pour lui-même. Son ex-ami Danton (1759-1794), n'aurait jamais dû, même par pure rhétorique, menacer d'envahir l'Angleterre, jamais !
Robespierre devient blanc comme un linge et se met alors à trembler convulsivement, car il sait désormais que ses jours sont comptés : de fait, environ deux mois plus tard, il connaîtra le même sort que Danton - la mâchoire en moins, car explosée par le coup de feu du gendarme Merdat - lors des événements du 9 thermidor an II : il sera guillotiné le lendemain, sans le moindre simulacre de jugement, soit le 28 juillet 1794. "Check mate to the Revolution" (Echec et mat à la Révolution) !



Une fois en Angleterre, l'enfant-roi fut déplacé du sud du pays vers la frontière écossaise, dans un manoir du nom de Skelton, spécialement refait pour lui, afin de l'éloigner des côtes de France. Le comte de Courtenay, qui était lui-même de famille princière, veilla sur lui comme s'il s'agissait d'un fils. Lorsqu'il fut adulte, Louis-Charles ne manifesta jamais son intention d'être roi de France, pour la bonne raison qu'il n'en avait nulle envie. Les affreux souvenirs de la prison du Temple l'en avaient définitivement dissuadé. Le comte lui avait lu le testament en forme d'avertissement de son père (daté du 25 décembre 1792), mais Louis-Charles préféra laisser cette charge à sa descendance masculine si elle le souhaitait un jour, et à condition d'avoir été discrètement formée dans une Ecole à cette fin, et seulement si ça en valait vraiment la peine. Tout dépendrait donc selon lui de la force aveugle et inopinée du destin, telle la Fortuna romaine, et de la nécessité ou non de sauvetage in extremis du pays et de ses peuples pas tous ingrats, pour une mission réputée impossible...Sinon, tant pis, tant attendu ne reviendra jamais !
Et l'artifice assez malin des "démonstrations" par l'ADN mitochondrial de 1999-2000, selon lesquelles un coeur de Habsbourg provenant de l'Eglise Saint Augustin de Vienne, "restitué" à la France, est bien...l'un des nombreux coeurs de Habsbourg, morts en bas âge, encore abrités par sa crypte, est au plus une lapalissade et non une preuve de quoi que ce soit.
Le 8 juin 1795 ne signifie rien de tragique pour Louis-Charles dit "Capet", deuxième fils de Louis XVI, naguère duc de Normandie, et devenu hobereau anglais. Au contraire, cette date fut marquée pour lui par la découverte de l'amour "fleur bleue", en la personne d'une charmante petite fille de son âge qui lui faisait les yeux doux, et osait souvent un "my darling Charlie" (mon Charlie chéri) : ensemble, main dans la main, ils étaient allés cueillir des fleurs dans la charmante campagne anglaise.
La vérité était donc ailleurs, depuis le départ, pourrait-on dire, en empruntant aux Britanniques leur flegme et leur humour.

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