mardi 26 janvier 2010

Olympe de Gouges (1748-1793), la féministe : une "patriote" humaniste qui voulut sauver son Roi !

par Jean-Jacques COURTEY, Docteur en Géographie Economique
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C'était une femme étonnante que Marie-Olympe Gouze, dite Olympe de Gouges, née à Montauban (Sud-Ouest) en 1748. Fort bien faite de sa personne, elle était également fort intelligente, et combattit toute sa vie pour les droits des femmes, mais également contre l'esclavage. Et elle voulut même sauver le Roi Louis XVI (1654-1793) d'une mort certaine et programmée, en le tirant des griffes sanguinaires du Tribunal Révolutionnaire.

Louis XVI en révoquant une lettre de cachet l'avait sortie de La Bastille (septembre 1785), où une cabale du marquis de Breteuil (ministre) et du Maréchal de Duras contre sa pièce "Zamore et Mirza, l'heureux naufrage" l'avait faite enfermer.
Elle avait applaudi à la prise de la Bastille (14 juillet 1789), mais se souvenait qui l'en avait libérée. Elle chercha par la suite à entretenir une petite correspondance avec sa femme, Marie-Antoinette. Elle lui fit ainsi parvenir sa "Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne" en 1791.

Pour elle, Louis XVI était non seulement et surtout victime de circonstances contraires, mais encore d'une gigantesque complot sacrilège visant à lui ôter la vie. Il n'était certainement pas un tyran et encore moins un traître à la Nation, mais au contraire un roi fort bon, trahi de toutes parts, et qui essayait courageusement de sauver les siens d'un engrenage diabolique et sanguinaire.

C'est pourquoi, elle qui souffrait d'être une patriote incomprise par les révolutionnaires "hommes" du fait de ses idées d'égalité (mot qui a également le sens d'équité à cette époque), se proposa le 16 décembre 1792 à la Convention Nationale, pour assister l'avocat Malesherbes (1721-1794) dans la défense du Roi.

Il est difficile de connaître les raisons secrètes pour lesquelles elle était si confiante dans sa possibilité de renverser la situation, ni de quels éléments inconnus à ce jour elle disposait pour ce faire.
On ne sait pas, par exemple, si elle connaissait les trois noms "les plus secrets" de la Révolution, Gilles, Cavalanti et Rotondo, tous trois membres d'un groupe dénommé "le Sabbat", et agents des basses oeuvres du Club Breton.
De même, on ignore si elle avait eu vent du vrai rôle du Marquis de la Fayette et du Marquis Christophe Malbec de Briges, Maître des Ecuries Royales, dans l'orchestration de la fuite et de l'arrestation du Roi et de sa famille à Varennes (juin 1791).

Quoi qu'il en soit, sa tentative de sauvetage échoua, la Convention Nationale ayant rejeté sa demande, avec mépris dit-on ! En 1793, elle essuya à nouveau ce même mépris lorsqu'elle s'en prit à ceux qui avaient ordonné ou laissé se dérouler "les massacres de septembre" (2 et 3 septembre 1792), dont l'affreux Marat (1743-1793) qui prônait leur généralisation à toute la France. Mais ces événements marquaient un changement radical, en signant l'avènement de la Terreur.

Dans une affiche intitulée "Les trois urnes ou le salut de la patrie par un voyageur aérien", elle prit la défense des députés de la Gironde qui avaient été arrêtés pour "fédéralisme". Mise en accusation à son tour le 6 août 1793, pour son soutien apporté à la Gironde, par le Comité de Salut Public (constitué de "Montagnards", surnom des députés jacobins, issus du Club Breton, siégeant haut perché à l'Assemblée Nationale), elle ne fut jugée que le 2 novembre 1793. En effet, entre temps, elle était tombée malade.

Elle fut guillotinée le 3 novembre 1793...alors qu'elle attendait très probablement un enfant. Elle avait déclaré qu'elle était enceinte à l'Accusateur Public, Fouquier-Tinville (1746-1795). Mais il décida qu'elle ne l'était pas (!), afin de ne pas commuer la peine de mort en prison à vie. Car il voulait que sa tête roule dans le panier pour qu'elle ne puisse pas "contaminer l'esprit public". Elle mourut avec dignité et courage, comme l'avaient fait le Roi et la Reine.

Le plus remarquable épilogue concernant cet homme cruel et inhumain, c'est qu'il fut le dernier révolutionnaire à être guillotiné (le 7 mai 1795), pour en finir une bonne fois pour toutes avec la période traumatisante de la Terreur. A cette occasion, il semble qu'il prit peur et se mit à trembler en émettant des sons craintifs ressemblant à un "Pitié !", lui qui avait envoyé quotidiennement et par charrettes entières, tant de gens à la mort sans le moindre état d'âme.

Olympe de Gouges a été beaucoup plus étudiée à l'étranger, Chine comprise, qu'en France où elle a -paradoxalement- parfois plus passionné les hommes que les femmes, semble-t'il. Elle-même avait souvent déploré le manque de solidarité des femmes envers sa cause.

Elle fut notamment à l'origine de l'institution du divorce, entrevu comme un moyen de se libérer d'un mauvais mariage. N'oublions pas qu'elle-même eût une mauvaise expérience quant à sa première union, et déclarait que le mariage était "le tombeau de la confiance et de l'amour" ! Quoi qu'il en soit, le divorce fut la seule et unique mesure de la Révolution en faveur des femmes, votée à l'initiative des Girondins !

Et également, on sait qu'elle proposa sans succès en 1788, juste avant la Révolution donc,un "impôt patriote" sur les privilégiés du régime, afin de sauver le trésor royal et d'éviter à la France la ruine financière.


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