vendredi 29 janvier 2010

Thalestris, la Royale Amazone, et Alexandre le Macédonien invincible : chronique géographique d'un défi à l'histoire

par Jean-Jacques COURTEY, Docteur en Géographie Economique
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Thalestris fut la dernière reine des Amazones ; on l'appelait également Minythie. En 330 av. J.-C., elle vint au devant du camp d'Alexandre (21 juillet 356-323 av. J.-C), à Zadracarta, capitale de l'Hyrcanie - en Médie, à la frontière de l'Iran et du Turkménistan actuels, au sud-est de la Mer Caspienne -, avec 300 de ses meilleures guerrières. Et au départ, ses phalanges macédoniennes se préparèrent à riposter en croyant à une attaque surprise, en ce lieu où il faisait halte parce qu'on lui avait volé son cheval "Bucéphale", finalement retrouvé.
Mais l'attaque de cette reine "mi-topless" était plus douce et langoureuse. Selon le célèbre historien romain du Ier siècle avant Jésus Christ, Quintus Curtius, dans son ouvrage intitulé "L'histoire d'Alexandre le Grand", cette reine aux cheveux noirs était extrêmement belle, et pour ne rien gâter, elle était également follement attirante.
Et elle voulait simplement...s'accoupler avec le roi de Macédoine, fils du célèbre Philippe II (vers 382- 336 av. J.-C.), qui avait la réputation d'être un conquérant invincible.



Elle lui proposa de rester avec lui treize jours et treize nuits, soit pratiquement une demie lune choisie par elle pour une fécondité maximale. Elle ambitionnait clairement le grand honneur de porter leur enfant à naître, car il serait un combattant et un être exceptionnel aux yeux du monde.
Au début de leur entretien sous son emblème au soleil d'or, Alexandre hésita. Tout cela allait trop vite. Mais finalement, il succomba aux avances convainquantes de cette farouche guerrière, à la chevelure sauvage et envoûtante. Elle fit alors un curieux marché avec lui : si l'enfant à naître de leur union était une fille, elle la garderait auprès d'elle pour qu'elle puisse régner sur les Amazones après sa mort ; et si c'était un garçon, elle promettait exceptionnellement de ne pas l'estropier (en lui brisant une jambe, par exemple) lorsqu'il aurait atteint l'âge de cinq ans, mais au contraire de le renvoyer intact à son père.

Quintus Curtius nous dit que Thalestris trouva Alexandre moins conquérant qu'elle ne le pensait durant ces treize journées entières, consacrées à un tout autre plan de bataille. Elle dut ainsi faire certains efforts pour le solliciter, avec un grand succès toutefois. Elle n'était pas une reine guerrière pour rien !
Quoi qu'il en soit, à l'issue de cet intense hymen, elle rentra chez elle avec ses guerrières, dont une partie à l'exemple de leur reine, avait sympathisé avec les troupes d'Alexandre, trop contentes de cette aubaine.
On sait que sa capitale, Themiscyra, se situait en Asie Mineure sur les bords de la Mer Noire, et que son royaume couvrait également la Crimée (actuellement en Ukraine) et le sud de la Russie, jusqu'à ce qui est maintenant Rostov-sur-le Don. Cela explique de façon on ne peut plus limpide, que de nos jours des groupes de belles jeunes femmes se proclament les héritières des Amazones tant en Ukraine, que dans le sud de la Russie.

Pour en revenir à Alexandre, sa présence en Hyrcanie (la "terre des loups") avait plusieurs motifs successifs. Initialement, il était à la poursuite de Darius III (380-330 av. J.-C) qui s'y était réfugié. Mais celui-ci ayant été assassiné par deux de ses vassaux, Nabarzane et Bessos, le satrape de Bactriane - autoproclamé Artaxerxès IV-, il voulait les faire prisonniers en tant que régicides, et en profita pour soumettre les montagnards révoltés. Car Alexandre régnait désormais sur l'Iran. L'année suivante, il mit la main sur Bessos qui avait réussi à s'enfuir vers la Bactriane et lui fit regretter amèrement son geste.

Puis Alexandre se maria en Bactriane, à Balkh (durant l'hiver 328-327 av. J.-C.) avec Roxanne, fille d'un noble perse, que l'on surnommait "la plus belle femme d'Asie", quelques temps avant d'être choisi comme roi par les Afghans de l'époque, sans vraie bataille.
Ces derniers l'avaient plébiscité pour des raisons religieuses, en le révérant subitement comme un dieu vivant, à la vue de la médaille qu'il portait autour du cou.
Et actuellement, de nombreux afghans descendent en réalité des redoutables phalanges macédoniennes qui ont fait souche à cette époque dans ce pays, en se mariant avec des femmes afghanes. C'était là, la politique d'Alexandre pour pérenniser son pouvoir, lui qui en guise de remerciements, leur avait révélé le secret de certaines de ses ruses et tactiques pour ne pas être conquis.

Tous les enfants qu'Alexandre conçut de certaines de ses 365 concubines moururent assassinés, et il en fut de même pour le fils de Roxanne, comme d'ailleurs de sa mère - qui elle-même par jalousie avait tué sa seconde épouse, Stateira, la fille de Darius III. En effet, ses généraux ne voulaient pas obéir à un nouvel Alexandre après sa mort, mais régner seuls sur les différentes parties de son immense empire.
C'est dans ce contexte qu'il faut situer le silence gardé par Thalestris, dont parle Quintus Curtius, et qui était en réalité de la prudence, car elle craignait pour sa progéniture.
De fait, la reine des Amazones grâce à ses espionnes, savait quel sort funeste était réservé aux descendants du grand conquérant, ce qui explique très logiquement pourquoi elle ne lui donna aucun signe de vie.

Thalestris accoucha neuf mois après sa rencontre amoureuse avec Alexandre le Grand, non pas d'un, mais de deux enfants, des jumeaux. On parle d'Anya, pour la petite fille, et de Vania, pour son petit frère. Mais on n'est pas vraiment sûr de leurs prénoms.
Ne pouvant pour des raisons de sûreté tenir sa promesse de rendre l'enfant mâle à Alexandre, elle ne voulait pas non plus se résoudre à l'estropier lorsqu'il eût cinq ans. Cela aurait été d'autant plus cruel, injuste et difficile pour elle, que vers l'âge de quatre ans, près du fleuve Thermodon, Vania avait sauvé sa petite soeur Anya, de la morsure d'un serpent venimeux, en lui fracassant le crâne avec une pierre. Par ailleurs, Anya adorait son petit frère qui le lui rendait bien... et franchement elle-aussi aimait tendrement son fils qui la faisait fondre, elle, la farouche guerrière !

Mais la loi des Amazones était inflexible, même et surtout pour les reines, dont certaines durent s'exiler avec leur fils pour cette raison. Elle se résolut donc à appliquer la "vieille coutume" qui consistait à abandonner les enfants mâles aux confins de leur terre, mais avec une variante. Pour garantir une sécurité maximale à l'héritier d'Alexandre le Grand, elle décida qu'il serait transporté secrètement le plus loin possible, vers un territoire non conquis, à l'extrême-occident, "dans le beau pays qui ne s'arrête qu'à la grande mer" (l'Océan Atlantique), "là où le soleil se couche". Et son fils fut ainsi acheminé après un long périple...en Gaule, où il vécut et put semble-t'il avoir une descendance, sans qu'on en sache guère davantage.

Alexandre le Grand, son père, qui avait poussé ses conquêtes jusque dans le Golfe Persique et dans la vallée de l'Indus en Inde, dut s'arrêter là, devant l'insistance de ses troupes épuisées et les pluies de la mousson (326 av. J.-C.). Il rentra alors en Babylonie pour administrer son immense empire et y célébrer nombre de mariages mixtes, comme à Suse. Il mourut en son palais de Babylone, lors d'un banquet, le 13 juin 323 avant Jésus-Christ d'une étrange et forte fièvre (en fait peut-être empoisonné), juste avant l'âge de 33 ans.

Et trois ans plus tard, en 320 avant Jésus Christ, le royaume des Amazones était conquis et absorbé par les Scythes. Les princesses amazones se marièrent avec ces guerriers sauvages qui aimaient faucher le corps de leurs ennemis à coups de faux (d'où leur nom de "scythes"), et furent à l'origine du maillon hybride des Sarmates.
Les riches vestiges historiques des dernières amazones, et Dieu sait qu'il y en a - tombes de princesses avec leurs armes, entre autres -, sont visibles les jours ouvrables dans le Musée qui leur est consacré, à Rostov-sur-le Don (Russie).


Tel est l'épilogue inachevé de l'extraordinaire histoire amoureuse de Thalestris, la Royale Amazone, et d'Alexandre, le Macédonien invincible. Grâce à l'aura de légende relativement brouillée qui a entouré son récit pendant des siècles et des siècles jusqu'à nos jours, elle a pu jouer son office protecteur ; et toute ressemblance avec des personnages réels ou ayant existé, a pu apparaître totalement fortuite.

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