mardi 12 janvier 2010

Pythagore "l'immortel" : entre pensée matricielle, élitisme, déification, et symbolisme

par Jean-Jacques COURTEY, Docteur en Géographie Economique

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Pythagore est né dans l'île de Samos en mer Egée (Grèce) vers 580 av. J.-C. selon Porphyre de Tyr (fin IVème siècle av.J.-C.- début IIIème siècle av. J.-C.). Et il fut à l'origine d'un courant de pensée qui influence toujours profondément la société actuelle. Son nom signifie "celui qui a été annoncé par la Pythie" - de Delphes. Il étudia la philosophie, les mathématiques, la poésie, la musique et la gymnastique avec excellence.
Mais il fut clairement le premier penseur grec à s'être qualifié de "philosophe", c'est-à-dire d'"amoureux de la sagesse". Et il concevait la philosophie comme la connaissance des choses divines et humaines, ainsi que des principes et des causes.


Pour la plupart des gens, c'était surtout un grand mathématicien grec, et nous avons presque tous étudié à l'école son célèbre théorème, en fait d'origine babylonienne : dans un triangle rectangle, le carré de l'hypoténuse est égal à la somme des carrés des deux autres côtés. Il faut dire que pour lui tout était mathématique, mais avec un sens numérologique, magique ou prédictif que nous ne lui prêtons plus de nos jours.



Il fit pendant de très longues années tout un périple en Grèce, en Egypte, et à Babylone, où il fut initié aux différents Mystères de ces civilisations antiques. Puis il revint brièvement à Samos, avant d'aller s'installer à Crotone en Nouvelle Grèce (Italie) pour y donner un célèbre enseignement et appliquer sur place ses théories politiques avec ses disciples sur la population de la province.


Une foule de jugements ou d'idées préconçus que nous avons aujourd'hui sont dûs à ce grand philosophe et mathématicien. Car sa pensée est toujours particulièrement vivante de façon sous-jacente dans nos sociétés modernes : elle agit à la façon d'une matrice structurante dont il est incroyablement difficile de se départir.



Pythagore a créé un moule intellectuel apparemment indémodable. Et il n'agit pas sur notre esprit comme une simple référence historique, mais davantage en tant que code de comportement interne transposé dans toute la civilisation occidentale ou influencée par le monde grec - ce qui revient à dire jusqu'aux confins de l'Afghanistan ou de l'Egypte . C'est un peu comme s'il avait écrit la pensée une fois pour toutes, sa matrice fonctionnant à la manière d'un filet attrapeur d'idées, d'un piège inexorable et incontournable pour la pensée somme tout limitée des hommes.


A cet égard, les vers tirés de sa philosophie sont appelés "les vers d'or" et constituent un véritable "catéchisme", avec toutes ses règles morales concernant le comportement de l'homme sage, y compris dans son accomplissement des rites religieux. Et ces préceptes tirés de ses "acousmatiques" ("condensés" en grec) existaient tout bonnement avant l'avènement de Jésus-Christ. Il prétendait à l'absolu alors que l'homme n'est que relatif.

La pensée pythagoricienne a ainsi pu être modélisée sur un plan politique, en vue d'établir le meilleur gouvernement des hommes possible : selon Pythagore, il s'agit d'une sorte d'aristocratie méritocratique, qui doit fonder la prédominance des élites savantes et dirigeantes. Dans ce système, il y a un savoir et une croyance pour le peuple fait d'approximations suffisamment satisfaisantes pour ce qu'il a à accomplir, et parallèlement la connaissance la plus approfondie et une croyance démystifiée pour la caste supérieure.

Il y a également un présupposé de bêtise inévitable pour le peuple (qui peut être facilement abruti) et de sagesse transcendante - exagérée à notre sens - au contraire pour l'élite, entrevue sous un angle plus sophistiqué. Par exemple, il dit que l'on ne doit jamais se mettre en colère, ce qui est une quasi-impossibilité pour les hommes ou les femmes, qu'ils soient du peuple ou de l'élite d'ailleurs. Or dans le Nouveau Testament, même Jésus se met parfois en colère, alors qu'il est adoré comme le fils de Dieu. Du reste, la colère de Dieu peut s'avérer hautement mémorable pour les Humains s'ils la cherchent vraiment.

Le système pythagoricien n'est pas démocratique, même au sens athénien et donc plus limitatif du terme : il est établi sur la domination de ceux ou celles qui sont supposés être les plus capables et les plus intelligents, voire les plus vaillants. Son rapport à la force est subtil et volontairement intellectualisé, comme pour la justifier dans tous les cas possibles. Il sous-tend tout ce qui s'est fait jusqu'à nos jours et se pratique encore dans les systèmes oligarchiques, y compris et notamment à l'Est. Il baigne de ce fait dans le cercle vicieux de l'élitisme à outrance, avec la reproduction de la classe dominante pour toile de fond.

Il faut savoir qu'à la fin de sa vie, Pythagore était adoré comme un demi-dieu, au sens qu'il lui donnait dans son "catéchisme" (presque un dieu mais plus qu'un héros). Ceci était d'ailleurs conforme à son enseignement qui visait à introniser quotidiennement le dieu de la monade en soi-même pour se déifier. Pourtant, il fut obligé de fuir Crotone, l'obéissance ne se faisant pas naturellement face à sa création intellectuelle et politique ...sans doute quelque peu irréaliste. De fait, cette dernière ne tarda pas à susciter les critiques et surtout la révolte d'une partie de la Nouvelle Grèce italique.

Ainsi, son école de Crotone en Calabre fut incendiée par un violent mouvement de sédition populaire. Et on dit qu'il serait mort à Métaponte (sud de l'Italie) en 497 av. J.-C. dans la maison également incendiée de son ami Milon. Car c'est le demi-homme que n'aimaient pas les gens de cette province. Dans la deuxième version de sa mort, il se serait laissé mourir de faim dans le temple des muses de Métaponte en 494 av.J.-C., selon Porphyre, le mentaliste. Il y était en quête de l'immortalité et de la reconnaissance éternelle que son enseignement promettait aux grands sages (le vulgum pecus n'ayant droit qu'à la transmigration de son âme dans un animal, ou parfois un être humain, quant à lui). Et d'une certaine manière, c'est un peu ce qui est arrivé.

Pythagore, le penseur superstitieux qui interdisait de consommer des fèves, disait : "Il faut faire de grandes choses sans les annoncer et sans les promettre."
Parmi tous ses successeurs ( ou "diadoques"), il y eût ses deux fils, Mnésarque et Télauges qui ont amené jusqu'à nous la puissance des symboles secrets de reconnaissance, comme la tétrade (pyramide triangulaire composée de quatre faces, clé de l'énigme universelle des origines) et la tétrachtys (pentagramme à cinq branches et cinq côtés). Le plus curieux concernant ce dernier symbole qui représenterait la planète Vénus, c'est que réalisé en bleu, il deviendrait "l'étoile bleue", qui est le vrai nom de sa "planète-soeur" dans le cosmos, la Terre.

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