vendredi 19 février 2010

"Fourberie-sur-Seine" II : le "Fluctuat et mergitur" de la double triche !

par Jean-Jacques COURTEY, Docteur en Géographie Economique

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Il faut partir de l'idée qu'à "Fourberie-sur-Seine" (surnom d'une capitale très connue), presque tout n'est qu'apparence et irréalité. Rien pratiquement n'est vrai ni sincère. Tout le monde se moque de tout le monde, mais si possible en groupe, et avec la plus grande désinformation possible.
Or ces trompeurs ou trompeuses - souvent honteux intérieurement - y sont plutôt pusillanimes et impressionnables, et le poids du collectif leur permet de se rassurer, ...même si ce n'est que furtivement la plupart du temps.
Cela fait toujours l'étonnement parfois amusé, mais le plus fréquemment attristé des touristes étrangers ou des provinciaux, d'ailleurs.
Le persiflage dont certains sont si fiers, qu'ils en cherchent avec ardeur l'origine historique, en donnant au mot sa date de naissance (1734), est une seconde nature.
Cela pourrait-il finir par s'inscrire dans le code génétique ? Si l'on en croit "la théorie de l'évolution des espèces par voie de sélection naturelle" de Darwin, tardivement publiée en 1859, qui sait !
En fait, on ignore souvent que ce premier ouvrage n'incluait nullement les Humains dans sa démonstration qui fit tant de bruit. Car ce n'est qu'en 1872, avec "L'expression des émotions chez l'homme et les animaux" qu'il s'attaque vraiment au mythe de l'homme, en considérant qu'il n'y avait entre l'intelligence animale et l'intelligence humaine qu'une différence de degré et non de nature.



Forts désagréables y sont les gens mielleux, qui vous dorent la pillule par devant, pour vous griffer jusqu'au sang par derrière, ou se montrer soudainement sous leur vrai jour parce qu'ils se croient les plus forts.
Ils se comportent comme de mauvais "cafards", dont la bêtise est savamment entretenue.
Souvent, on arrive à les dépister avec facilité : leur attitude est si stéréotypée que même un singe borgne pourrait les voir.
Mais le pire, ce sont les provocateurs qui singent souvent les autres. Ils utilisent différentes techniques éprouvées : regard glacial du faux dur, paroles au débit ralenti pour donner plus d'intensité, phrases déjà préparées et répétitives d'évaluateur, tendance nettement hautaine avec des accents un peu snobs, mais surtout caractère dominateur et implacable, et usage du mode assertif qui bloque le lobe occipital - comme dans les sectes.


Comment s'en défendre ? En fait, la situation n'appelle pas une grande inventivité. La première chose, mais la plus difficile, est de ne pas se sentir vexé ni blessé intérieurement, en demeurant impassible. La deuxième qui découle éventuellement de la première, est de montrer le ridicule de la situation, car à "Fourberie-sur-Seine", on le sait depuis Beaumarchais - "Le mariage de Figaro" -, le ridicule peut tuer : en tout cas, c'est ce qu'ils pensent, même s'ils sont toujours en vie,... en se faisant tout petit, petit, petit ! Et nous en venons tout naturellement à la troisième chose, la loi du "juste retour" qui est facultative : elle consiste à piéger les piègeurs, en appliquant l'adage du renard furtif échappant aux chasseurs : "tels sont pris qui croyaient prendre"!


Beaucoup de gens ici croient en Darwin plus qu'en Dieu, même s'ils trichent avec les deux finalement pour chercher à les mettre en défaut. Car bien sûr, ils ne souhaient pas qu'on leur applique leurs propres normes, sinon aïe, aïe, aïe !
Ainsi leur darwinisme ne fonctionne qu'"au tour extérieur", pourrait-on dire.
Peut-on quelque chose pour eux ? Très franchement, ...non ! Leur destin est déjà scellé depuis longtemps, et pas par Darwin qui n'était qu'un humain, mais par Dieu. Il peut donc être sage, judicieux et prudent de s'en souvenir pour le moment tant craint, qu'il soit tôt ou tard venu.

En général, ils parviennent à pièger leurs victimes "consentantes" assez aisément, si peu qu'elles doutent d'elles-mêmes, ne s'aiment pas ou se croient peu manipulables.
C'est pourquoi, les personnes chaleureuses, gaies, naturelles et optimistes sont leurs plus grandes ennemies, nolens volens. C'est d'autant plus vrai, qu'elles n'ont rien à prouver à personne, quant elles. Elles vivent les choses avec intensité et spontanéité, tout simplement.
Là, les mesquineries apparemment sans importance, sont en réalité un signal objectif de détection du phénomène de prédation.



Mais la prédation peut aller beaucoup plus loin en créant une dépendance, qui vire au vampirisme urbain.
Donnons un exemple simple pour mieux être compris. De nos jours, beaucoup de couples sont constitués sur des bases purement matérielles, sans amour véritable. Et la dépendance au logement, donc souvent l'état de nécessité, sera la cause déterminante d'un changement de destin, à travers un déni de choix de vie. Ce genre de couple ira vite en "brimguebalant" du reste. Là l'individu piégé - et au lobe occipital souvent bloqué -, aura tendance à construire sa résilience sur la reconstruction d'une cohérence, en cherchant à aimer qui n'est pas aimable ni aimant (aimante pour une femme).

Cette hypothèse, plus fréquente qu'on ne croit dans les nouveaux couples, est la plus triste de toutes. Et elle s'accompagne de grandes frustrations et d'une incompréhension "épidermique". L'excès de réalisme mène à la plus grande banalité (métro, boulot, dodo ou pas d'ailleurs, petites sorties, et belle-famille au moins un week-end sur deux, comme pour la future garde des enfants). Et il s'avère nécessaire de plus en plus fréquemment de prendre le large.
Car l'aventure à "Fourberie-sur-Seine" est plus faite pour les corsaires et les flibustiers, que pour "madame et monsieur tout le monde". Et la vie d'un ou d'une "bobo" (bourgeois ou bourgeoise), peut s'avérer encore plus ennuyeuse, voire... "mortelle" que celle de Mme de Reynal, dans "Le rouge et le noir" de Stendhal.
On n'est ni dans "le grand soir" ni dans l'exaltation du petit matin ! Et bien plus tard, au crépuscule de sa vie, l'on aura plus qu'à faire le décompte du bonheur qu'on n'a pas vraiment eu, ou de celui "différent" qu'on a laissé filé par manque de volonté individuelle, d'esprit d'à propos, voire d'un peu d'audace.

L'année dernière, sans doute effrayés par les conséquences de la crise financière du 15 septembre 2008, les néo-darwinistes britanniques qui célébraient les 150 ans de la théorie de l'évolution de leur maître à penser, insistaient sur les qualités d'altruisme recherchées chez un conjoint ou une conjointe. Selon eux, cela guidait notre choix dans la fondation d'une famille.
Et il n'hésitaient pas à extrapoler cette explication, essentiellement post-darwiniste en réalité, pour l'appliquer à l'édification de toute une société. Or là, on s'est considérablement écarté du "struggle for life" (la lutte pour la vie) originel de ses écrits.
Désormais, le slogan, c'est "vive l'amour et la gentillesse" et "adieu à la brutalité et à la rudesse" ! Les rustauds et les rustaudes n'ont vraiment plus la cote, et il est important de le leur faire savoir pour leur mise à la page.
Ceci dit, tant mieux, car la vie sera plus facile pour tout le monde. Et puis si Darwin peut se réconcilier avec Dieu post mortem, c'est peut-être une grande chance pour tous !

Sur le plan de l'éthologie (science du comportement animal qui inclut l'homme, en tant que mammifère supérieur, d'ailleurs), on parle beaucoup de l'"alpha", dans le sens originel d'"alpha-mâle", c'est-à-dire de chef de meute - à l'instar du loup. Cependant, il faut bien faire la différence entre le vrai et le faux alpha.
Le vrai alpha a un charisme naturel, qui s'exerçait déjà quand il était bébé - éveillé ou endormi -, et a perduré dans le temps. Il a une sorte de soleil intérieur, que l'on ressent, et dont la lueur peut être captée extérieurement. Quand il est là, tout se met en marche quasi-automatiquement, et en son absence prolongée rien ne va.
Le faux alpha a au contraire une autorité dure et artificielle, qui s'éteint quand il dort, et qu'il n'avait pas quand il était un bébé braillard. Et il peut être fort lunatique. Lorsqu'il est là, tout va souvent de travers, et dès qu'il est absent les choses semblent aller mieux, voire de mieux en mieux.
De nos jours, compte tenu de l'évolution et du poids de la féminisation de la société, on appliquera en pratique ce terme d'"alpha", aussi bien à un homme qu'à une femme.
Dit encore plus clairement, le "vrai alpha", c'est celui ou celle qui malgré les difficultés a tendance à toujours remonter à la surface et à émerger : "Fluctuat nec mergitur" (il flotte mais ne coule pas). Et au contraire le "faux alpha", c'est celui ou celle qui en dépit des facilités, sombre souvent : "Fluctuat et mergitur" (il flotte et coule) !


Finalement, à trop favoriser la mise en avant des "faux alphas" dans ce jeu de la double triche vis-à-vis de Darwin et de Dieu, "Fourberie-sur-Seine" pourrait donc avoir à changer la devise figurant au-dessus de la nef d'Isis, dans un futur proche : elle deviendrait alors "Fluctuat et mergitur" (elle flotte et coule, la nef) !

Mais il est vrai qu'à côté des "alphas", il y a également dans l'amusante classification éthologique qui précède, les "bêtas" (les suiveurs) et les "epsilons" (les non-penseurs les plus complets).

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