lundi 1 mars 2010

Thalestris, la Royale Amazone, et Alexandre, le Macédonien Invincible II : retour vers un futur improbable !

par Jean-Jacques COURTEY, Docteur en Géographie Economique

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Que pourrait faire de nos jours, Alexandre le Grand (356-323 av. J.-C.), s'il lui était possible de revenir d'entre les morts ?
Resterait-il le macédonien invincible, ou sombrerait-il dans l'oubli de la banalité ambiante ? Pourrait-il faire le pont entre l'Occident et l'Orient pour établir une paix durable et juste en Afghanistan et en Iraq (sur lesquels il régna), ou permettre d'établir enfin un dialogue qui ne soit pas "de sourds" avec l'Iran (dont il a été le Shah) ?
En tout cas, il est probable qu'il retrouverait intacte l'admiration, mêlée de fascination, de ces peuples qui célèbrent encore la mémoire du grand "Iskander".
Alexandre, le disciple d'Aristote "le stagirite" (384-322 av. J.-C.), son précepteur, ne serait sans doute pas complètement dépassé par la modernité. Lui qui fut à la pointe du progrès de son temps, avec ses géographes de campagnes, et se montra un précurseur de l'ouverture aux autres cultures (il se maria avec Roxanne - "la lumineuse" - de Sogdiane selon les rites perses), par le biais de sa politique de tolérance religieuse et de mariages mixtes, pourrait se trouver fort à l'aise en notre temps.
N'oublions pas qu'il fit rayonner la culture grecque sur le monde plus par la fusion, l'acceptation et le ralliement que par la simple soumission, comme jamais personne avant lui ni même après lui !


Dans un précédent article du 29 janvier 2010, nous avons renouvelé la question inédite de la rencontre amoureuse de Thalestris, dernière reine des Amazones, et d'Alexandre le Grand en Hyrcanie (330 av. J.-C.), notamment rapportée par le grand historien romain du Ier siècle avant Jésus Christ, Quintus Curtius.
Nous avons incidemment abordé la question de la survivance de sa descendance. Précisons ici que son fils posthume, Alexandre Aigos né en 323 avant Jésus Christ, et qui devint l'éphémère Alexandre IV de Macédoine, fut mis à mort à Amphipolis (cité grecque de Macédoine orientale) avec sa mère Roxanne sur ordre de Cassandre de Macédoine, fils du général Antipater, douze ans plus tard. Et l'existence cachée des faux jumeaux de Thalestris, sonnait comme un demi-échec pour la politique d'élimination systématique des héritiers d'Alexandre le Grand menée par une partie de ses "diadoques".
Egalement, nous avons fait mention de l'acheminement tout à fait épique du petit "Vania" (c'est-à-dire Jean en français), à l'âge de 5 ans en Gaule (donc vers 324 av. J.-C.), et du rôle bénéfique joué pour sa survie et celle de sa descendance par l'aspect légendaire volontairement donné aux Amazones, pourtant bien réelles.
Cette légende a perduré jusqu'à ce qu'on lui donne un nouvel éclairage, puisque désormais les temps le permettent.


Mais quand bien même une descendance éventuelle aurait silencieusement survécu jusqu'à nos jours, il resterait une difficulté non résolue. En effet, qu'adviendrait-il si le survivant et héritier de cet imposant héritage, mais dépourvu d'une épouse bien aimée et d'une descendance masculine, venait à disparaître à son tour ? Eh bien, le précieux sang d'Alexandre qui fut mêlé à celui valeureux de Thalestris, son ADN unique, serait perdu à jamais pour l'histoire et pour le monde - dont il se lança à la conquête, en partant de Macédoine, avec seulement 35 000 hommes.
Et c'est tout l'héritage macédonien - et collatéralement amazone -, qui s'effondrerait à son tour, d'un seul coup après plus de 2300 ans d'histoire, pour se disperser inexorablement dans le néant.
Toi, Alexandre, descendant de Zeus comme tu te plaisais à le dire, grand roi de Macédoine et de Grèce, Pharaon d'Egypte, roi d'Asie, Shah d'Iran, et roi d'Afghanistan notablement, tu vivrais une seconde mort !


On a là le problème qui se pose à toute dynastie en voie d'extinction silencieuse. Sur le moment, beaucoup pourraient penser : tant mieux !
Et puis, lorsque l'événement fatidique se sera accompli, une angoisse prenante et persistante succédera au triomphe éphémère et stupide pour toujours. Ce sera la nuit noire et irréversible pour l'éternité. Or l'éternité, c'est long, oui vraiment très long !
Dans l'Histoire, la chute des civilisations qui paraissaient pourtant solides, est souvent due à la conjugaison imprévisible de facteurs climatiques exceptionnels, alliée par coïncidence au prosaïsme le plus banal, sur un fond d'indifférence totale. Et somme toute, l'Histoire rangera tout cela au rang des impondérables ou d'un fatum à l'antique.

En sens tout à fait opposé, pour réaliser cet opus incertum du sauvetage in extremis, faudrait-il adresser une supplique à Zeus via son messager, Hermès (Mercure) comme le fit le poète romain Horace (Ier siècle av. J.-C.), en son ode à Mercure :
"Mercure, éloquent petit-fils d'Atlas, toi qui, voyant les moeurs farouches des hommes, nouveaux sur la Terre, fus adroit à les polir par la parole et par l'usage de la palestre qui donne la beauté ; c'est toi que je chanterai, messager du grand Jupiter et des dieux, père de la lyre courbée...
"C'est toi dont la ruse, jadis, avait dérobé les boeufs d'Apollon, et, à l'instant où il te menaçait, petit enfant, d'une voix terrible, si tu ne les rendais point, allégé de ton carquois le dieu éclata de rire.
"Mieux encore, sous ta conduite, le riche Priam put, sortant d'Illion, tromper les orgueilleux Atrides et les feux thessaliens et le camp ennemi de Troie.
"C'est toi qui mets les âmes pieuses dans le séjour fortuné et, sous ta baguette d'or, rallies la troupe légère, chère aux dieux d'en haut et d'en bas."

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