mardi 9 février 2010

Les curieuses "rougeurs" de Pluton : les défis à la science terrestre d'une "planète naine"

par Jean-Jacques COURTEY, Docteur en Géographie Economique
_______________________


Le vendredi 5 février dernier, on annonçait un phénomène curieux à la surface de Pluton. Cette planète rougissait littéralement, en passant par différentes catégories de rouges plus précisément, sans encore atteindre la couleur de Mars. Cet effet de rougissement aurait crû de 30 à 40% depuis l'an 2000, alors que rien de semblable ne s'était produit durant les 43 années d'observation précédentes.

Les astronomes du monde entier se demandent les raisons de ce changement, tout en apportant d'une certaine manière une réponse : l'astre "nain" subirait de très fortes tempêtes solaires.

A ce jour, Pluton est la seule planète du système solaire à ne pas avoir été visitée par une sonde terrestre. On ne la connaît donc pas bien, même si la concernant, on parle d'une atmosphère extrêmement faible de méthane, de diazote et de monoxyde de carbone (CO). Or parler de monoxyde de carbone sous-entend automatiquement la présence d'oxygène sur cet astre.




En y regardant de plus près, Pluton est un véritable défi à la science terrestre. Ainsi son diamètre supposé a grandement oscillé de 6800 km (en 1965), en passant par 3500 km (1976), pour se rétrécir à 2300 km, voire à 2274 km dans les années 2000, d'où sa requalification en "planète naine".

Personne semble-t'il ne s'est interrogé sur les raisons de ces énormes variations de mesures, attribuées à la seule progression de la technologie terrestre, et non à un phénomène plutonien inconnu de "contraction", même pour une partie infime.

On ignore en réalité à quoi ressemble sa surface, présentée comme solide à 70% et constituée d'eau glacée pour les 30% restants, à l'instar de Triton, le plus gros satellite de Neptune. Et il est important de signaler que le télescope spatial Hubble est incapable de distinguer les détails de sa surface.

On semble avoir oublié que Pluton a été découverte le 18 février 1930 par erreur, à partir de calculs fondés sur les perturbations orbitales de Neptune, qui se sont avérés faux par la suite. C'est un assistant de l'Observatoire Lovell de Flagstaff aux USA (Arizona), Clyde W. Tombaugh qui l'a trouvée en cherchant la "planète X" devant logiquement se trouver au-delà de Neptune. Ceci dit, il est mieux de trouver quelque chose dans le cosmos avec des calculs erronés, que rien du tout avec des calculs terrestres justes.

Son nom provient en partie des initiales de Percival Lovell (P L), à qui on voulait rendre hommage, et de la suggestion de la petite-fille d'un astronome anglais pour cet astre situé dans les ténèbres du fait de son éloignement maximal du Soleil, que d'autres qualifient plutôt aujourd'hui d'astre très "contrasté".

"(134340) Pluton" est la désignation officielle donnée par l'Union Astronomique Internationale à Pluton. Car Pluton, le 24 août 2006 a été reclassée, de façon encore controversée, par l'Union Astronomique Internationale, en tant que "planète naine" ou que "plutoïde", lors d'un important congrès. Et actuellement, avec ses trois "lunes" (Charon découverte en 1978, ainsi que Nyx et Hydra découvertes par Hubble en 2005 ), elle est davantage perçue comme un objet céleste parmi d'autres de la Ceinture de Kuiper.

On a dit qu'Alan Stern, l'investigateur principal de la mission "New horizons" qui lui est consacrée par la NASA, n'avait pas pu être présent le jour du vote des résolutions B5 et B6 reclassant Pluton, dans une ambiance un peu rocambolesque. En effet, il est dit que ce jour là, il préféra aller chercher l'une de ses filles au lycée, ce qui peut paraître curieusement "terre à terre", mais interroge sur les enjeux réels de la question du statut de Pluton.

Si la mission spatiale "New Horizons" peut la survoler comme prévu, à 9600 km de distance, le 14 juillet 2015 à 11 h 59 (Temps Universel Coordonné), ce sera un grand moment.

Cependant, il est normalement prévu que les observations débutent 4 mois avant la phase d'approche, et que les données collectées soient retransmises 9 mois plus tard.

La vitesse de la sonde est passée de 50 000 km/h à 75 000km/h , grâce à l'effet de fronde gravitationnelle de "Jupiter la gazeuse", lorsqu'elle l'a dépassée, en fonçant sur Saturne, Neptune et Pluton.

Cette sonde lancée le 19 janvier 2006 de Cap Canaveral (Floride, USA) a coûté 700 millions de dollars, et tire son énergie combustible de plutonium russe. Car cette mission doit s'étendre au survol de Charon, le principal satellite de Pluton, et à l'observation de la Ceinture de Kuiper.

Elle dispose de 7 équipements scientifiques, dont 3 spectromètres : outre le spectromètre à ultraviolets Alice, les deux autres - SWAP et PEPSSI - permettront de mesurer d'une part, le taux d'échappement de l'atmosphère de Pluton et son interaction avec les vents solaires, et d'autre part, la composition et la densité du plasma s'échappant de son atmosphère.

La "longue année" de Pluton dure 248 ans et 249 jours terrestres, soit le temps qu'elle met à tourner autour du Soleil, avec un mouvement de rotation inverse des aiguilles d'une montre, à l'instar de Vénus, mais à la différence des autres planètes du système solaire.

La température y est très froide, puisqu'elle oscillerait entre - 228° C et - 238°C, d'où le grand étonnement des astronomes de la voir actuellement "rougir". En outre, elle était plus proche du Soleil de 1979 à 1999, que maintenant.

On ne connaît pas non plus exactement sa masse (supposée 5,6 fois plus faible que celle de notre Lune), ni sa densité (évaluée à 2 g/cm3), sur lesquelles la mission "New Horizons" devrait nous apporter des précisions.

Pluton est la planète la plus éloignée du Soleil dans le système solaire, normalement. Mais que penser de cette "planète naine", dont l'orbite est tellement excentrique qu'elle est parfois plus proche du Soleil que Neptune ?

Pourtant, il y a un élément rassurant : bien que l'orbite de Pluton, dont la période est 1,5 fois plus longue que celle de Neptune, croise régulièrement cette dernière, on pense sur Terre que jamais elles ne pourront entrer en collision. Seul Charon, le principal satellite de Pluton, serait le produit d'une collision de Pluton avec un autre corps céleste.

Enfin, si Pluton parvient à être soumise à de puissantes tempêtes solaires qui la font "rougir" à une aussi lointaine distance du Soleil, on peut légitimement s'interroger sur la force et l'impact réels de ces mêmes tempêtes sur la Terre, qui elle en est beaucoup plus près !

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire