vendredi 7 mai 2010

Le "glitch" new-yorkais du 6 mai 2010 : entre algorithmes récursifs, dyslexie, hyper-agitation et "mini-krach"

par Jean-Jacques COURTEY, Docteur en Géographie Economique

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Le jeudi 6 mai 2010 a été une journée noire pour Wall Street, quand les actions se sont mises brutalement à chuter, comme celles d'Accenture (pour ne quasiment plus rien valoir), de Procter et Gamble (de 37% d'un coup) ou de 3M (de 15¨%). Mais ce "dévissage" apparaîtrait dû à une erreur humaine d'un trader dyslexique, peut être conjuguée à un problème informatique, un "glitch". Wall Street après avoir "décroché" de -9% en seulement 7 minutes, a réussi à clôturer à - 3,1 % en cette journée de "mini-krach". La cause n'était donc pas la crise grecque et ses conséquences mondiales, même si certains l'ont au départ pensé.

Le terme de "glitch" semble issu de la musique électronique expérimentale. Ce courant musical remonte au milieu des années 1990, et se trouve associé fréquemment au "minimalisme allemand" : il recherche l'effacement entre le bruit et la musique, d'où l'idée de confusion artistique certaine visant à créer une "esthétique" des erreurs électroniques.

Dans le cas de Wall Street, par association d'idées, un "glitch" désigne tout simplement un problème technique, une défaillance électronique - due à une fluctuation dans les circuits imprimés ou à une micro-coupure de courant, par exemple. Souvent on emploie à tort ce mot comme synonyme de "bug" informatique, alors qu'à la différence du "bug", il n'empêche nullement au matériel de fonctionner, ni à un logiciel de mener à bien son programme. Car le "glitch" est avant tout un "passe-muraille", non une entrave.

A sa suite, les algorithmes récursifs peuvent ainsi se mettre automatiquement en marche sans intervention humaine. Ces algorithmes mathématiques sont dénommés "récursifs" parce qu'ils s'appellent eux-mêmes, en permettant de travailler sur des structures de données définies, visant à résoudre un problème précis. Et dans ce cas là, c'est une sorte de "sécurité" qui se met automatiquement en place par erreur, en provoquant une suite d'ordres en cascade (achat/vente, dans notre exemple boursier), et en agissant par propagation. Pour cette raison, la seule manière de tout remettre en place, est finalement de débrancher le système informatique pour le réinitialiser.

Depuis 2008, une partie des problèmes venaient des traders qui vivaient dans un monde virtuel et dont rien ne venait freiner le goût du risque. Mais maintenant les choses ont changé, pour des conséquences idoines : ils peuvent venir à nouveau des traders, mais du fait d'une dyslexie, couplée à un trop fort stress dû à la crainte de se tromper ! En outre ils sont tellement habitués à manipuler des grands nombres et des zéros, qu'ils ne savent plus toujours très bien faire la différence entre "millions" et "milliards", à trois zéros près... !

Certains spécialistes pensent que la dyslexie est un trouble lié à l'asymétrie cérébrale, observable normalement en l'absence d'altération des autres capacités. On pense que chez l'individu qui est atteint de dyslexie, aucun des deux hémisphères cérébraux (gauche ou droit) n'arrive à prendre une position dominante. Aussi, l'information est-elle brouillée et confuse, et aboutit-on à ce que le sujet voit "sans vraiment voir", par une sorte de cécité sélective qui ne serait pas réellement un trouble visuel.

Elle serait accentuée par une hyper-agitation, encouragée pour faire davantage de profits : il existe en effet des différences de valeur, dues à la vitesse de cotation des titres par le biais du "trading" à haute fréquence, et donc de l'ultra-rapidité d'environ 70% des transactions. Mais beaucoup plus simplement encore, elle pourrait être liée à des dysfonctionnements auditifs consécutifs à un usage abusif des baladeurs et autres MP3 - toujours à fond dans les écouteurs.

En clair, les traders devraient être aidés à lâcher un peu prise et à garder la tête froide, si l'on veut éviter une faillite impromptue et foudroyante du système financier mondial, au delà du "mini-krach". Ils ne seraient pas passifs, mais simplement ouverts à des attitudes et comportements plus maîtrisés et surtout plus lucides. Les citoyens du monde dépendent en effet de plus en plus de ce qui se passe quotidiennement sur la "planète financière".

Bien plus qu'une question de régulation théorique, la solution serait de l'ordre de la philosophie et du bon sens ressucité, dans une nouvelle approche de ce qui est vraiment utile et nécessaire. Là, l'agitation fébrile ne serait plus la marque d'une efficacité somme toute factice, mais de ce qu'elle est réellement : une source de danger potentiel, à travers une perte du contrôle humain sur le cours des choses. Car avec l'hyper-agitation débridée, aucun des chemins suivis ne mène à Rome, mais au contraire vers le Néant Absolu !

On ne sait vraiment si un "glitch" peut faire sombrer, ou à l'opposé sauver le système global. Cependant, c'est à peu près le seul cas avec l'erreur humaine avérée, voire conjuguée, qui permette d'annuler toute une série de transactions sur plusieurs heures d'affilée, comme le 6 mai dernier. D'ailleurs, le jour même et le jour suivant d'autres bourses américaines ont invoqué des problèmes techniques pour suspendre la cotation. En ce sens, le "glitch" règne sur les programmes informatiques un peu à la manière d'un "Deus ex machina", au sens le plus étonnamment littéral et presque olympien de ces termes.

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