jeudi 22 juillet 2010

Le "Da Vinci Code" mérite notre attention : Marie-Madeleine a écrit !

par Jean-Jacques COURTEY, Docteur en Géographie Economique

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Dans son best-seller mondial controversé, intitulé "Da Vinci Code" (Doubleday, 2003), Dan Brown n'a fait que reprendre certains éléments historiques et religieux déjà connus de spécialistes ou d'exégètes, en les reliant entre eux de façon cohérente. Et finalement, les seuls éléments vraiment romancés de son ouvrage concernent plutôt les personnages actuels comme Sophie Neveu ou autres, pour les besoins de l'intrigue, mais aussi pour mettre en valeur le très ancien culte du Féminin Sacré, transposé dans Sophia (la sagesse en grec).
Léonard de Vinci (1452-1519) peint "La Cène" à Sainte Marie des Grâces à Milan de 1495 à 1497. C'est l'époque de sa vie où il commence à se faire critique vis-à-vis de l'Eglise, en déclarant, à propos des Indulgences et des prélats de l'époque : "Je vois le Christ à nouveau vendu et crucifié, et ses saints martyrisés !" Mais il reste prudent.
On sait qu'après sa mort, au XVIème siècle, l'ensemble de ses manuscrits - dont une notable lettre à son protecteur [cotée f.391r-a], Ludovic Sforza dit "Le More", duc de Milan (1452-1508) - furent réunis par Pompeo Leoni, sculpteur à la Cour d'Espagne sous le nom de "Codex Atlanticus" (Code Atlantique).



Aussi bien, peut-on juste faire remarquer que l'idée d'un code "Da Vinci" semble avoir été combattue avec une ardeur un peu rapide et irréfléchie, d'autant plus que Léonard a indiqué lui-même en utiliser un, ne serait-ce qu'en écrivant de la main gauche et à l'envers : il est donc souvent nécessaire d'avoir recours à un miroir pour savoir ce qu'il a transcrit !
Pour Dan Brown, ce tableau de "La Cène" représente en fait un événement joyeux, le mariage de Jésus-Christ et de Marie-Madeleine, et non son dernier repas avec ses apôtres, qui lui était triste.
Or en critiquant son livre, ses détracteurs ont malgré eux délivré une précision inattendue : ils ont attiré l'attention sur le personnage "transposé" de l'apôtre Jean.
Ils affirment mordicus que le personnage effeminé assis immédiatement à droite de Jésus sur le tableau, serait en fait Jean et non Marie-Madeleine, qui était pourtant un de ses apôtres, à propos. Il s'agirait là d'une représentation traditionnelle de Jean : soit, voyons Jean à la place de Marie-Madeleine, comme les historiens d'art venus à la rescousse !


Mais dans ce cas, la transposition en question en rappelle incidemment une autre : celle du même Jean, auteur officiel du quatrième et dernier évangile admis par l'Eglise, à Marie-Madeleine ! Car depuis les débuts de l'ère chrétienne, il est connu d'un cercle restreint de spécialistes, qu'elle en est probablement le véritable auteur, d'où le fait qu'il ne soit pas synoptique justement et qu'il diffère quelque peu des trois autres. Cela, Dan Brown n'en parle pas précisément, d'où cet indispensable ajout.
Par ailleurs, soulignons-le, "Jean" y désigne "Jean Le Baptiste" comme l'ami de Jésus, qu'il dénomme quant à lui "l'époux" justement : "Vous m'êtes témoins que j'ai dit : je ne suis pas le Christ, mais j'ai été envoyé devant lui." [Evangile selon Saint Jean, III, 28]
"Celui à qui appartient l'épouse, c'est l'époux ; mais l'ami de l'époux qui se tient là et qui l'entend, éprouve une grande joie à cause de la voix de l'époux : aussi cette joie qui est la mienne, est parfaite." [Evangile selon Saint Jean, III, 29]


Il n'y a donc strictement aucun mystère sur le statut marital de Jésus ! Il suffit de savoir - et de bien vouloir -lire le quatrième évangile officiel, tout simplement. Et il est clair que les phrases de "Jean" sont encore plus parlantes, si jamais c'est Marie-Madeleine elle-même "qui raconte" en réalité, comme la tradition gnostique des origines l'affirme.
Quoi qu'il en soit, il est bien démontré que Marie-Madeleine n'était absolument pas un simple apôtre, ni une amie, ni encore moins sa "petite amie", ce qui aurait été complètement anachronique à cette époque, mais son épouse !
Le plus triste dans l'histoire d'amour de Jésus et de Marie-Madeleine, c'est finalement la négation absurde et déraisonnable dont elle a fait l'objet. Car il n'y a franchement rien de mal à aimer, ni à s'aimer, surtout quand on prêche justement l'Amour, et que de plus on est mariés. Il n'y même rien de plus moral ni de plus beau. Alors ?


Car le Christ quant à lui est toujours cohérent, entre ses paroles et ses actes : il ne prêche pas une chose pour faire exactement le contraire, comme tant d'autres, qui se sont littéralement moqués du monde, y compris à Cannes en 2006 vis-à-vis du film "Da Vinci Code". Leur glaciale dérision était imprudente et même impudente à l'égard de Dieu et de son fils, Jésus.
Et en allant plus loin, l'on peut se demander, si ceux qui n'ont cessé de vouloir cacher ce "scoop" textuel depuis deux millénaires ont vraiment connu la rédemption ? Rien n'est moins sûr, en fait ! Car l'au-delà n'obéit nullement aux hommes, qui ne peuvent par ailleurs s'y soustraire.
Et Dieu seul juge in fine, et certainement pas les Humains encore peu évolués, et dont la compréhension des choses est si lente et si limitée, voire si négative !
Faut-il que cette succession christique ait été un énorme enjeu de pouvoir, pour entourer de sous-entendus, et laisser "sous les ombres en journée nocturne" la bonté souveraine qui se dégage de cet amour si noble et si beau ! Car on a bel et bien écarté sans l'avouer Marie-Madeleine, alors même qu'elle conférait à Jésus son statut divin, en étant le premier témoin de sa résurrection !
Si Jésus était déjà revenu, au sens de "retour messianique", il proclamerait : "En vérité, je vous le dis une bonne fois pour toutes, cette inversion des croyances doit cesser ici et maintenant ("hic et nunc") : telle la mystérieuse rose de Jéricho, l'Amour doit renaître, pour le bien de tous et de toutes !


Une autre cruelle déformation concernant Jésus est celle de son sacrifice rituel "volontaire" sur la croix, suite à sa dénonciation comme "ennemi de l'empire romain" , pour soit-disant sauver ou racheter - c'est selon - les pêchés innombrables d'une humanité en perdition et à l'âme noire.
Or, nous savons tous que sur la croix, il a prononcé les fameuses paroles "Elie, Elie, sabactanni ", ce qui signifie "Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ?"
C'est en complète contradiction avec la croyance rajoutée par la suite, en un sacrifice volontaire ! En réalité, ON l'a chargé a posteriori de tous les malheurs d'un monde plutôt basique et égoïste, qui n'a jamais levé le petit doigt pour lui. C'est la triste vérité.
Et il est légitime de se demander, si à l'avenir, la rédemption qui était son thème favori avec l'amour, ne va pas trouver à s'appliquer de manière beaucoup plus sélective et restreinte ?
Car, il pourrait exiger des preuves de bonne volonté à son égard, sinon tant pis !

N'est-il pas paradoxal, en effet, que celui qui a voulu, à toutes forces, sauver Jésus de la crucifixion, en proposant à la foule un ultime choix entre lui et le brigand Barrabas, ait été le romain Ponce Pilate (un païen), gouverneur de la Judée, et censé être théoriquement son ennemi ?!
Il est triste et poignant que le personnage réel de Jésus soit si peu accepté en fait par une partie notable de ses propres fidèles, l'intolérance, la stupide dérision, et la volonté pervertie d'imposer des souffrances ou des difficultés inutiles aidant. Et il y a quelque chose d'anormal et de singulier dans cette adoration à rebours conditionnée par son caractère supposé "asexué", dont il est l'objet depuis 2000 ans : ne vise-t-elle pas chez ceux qui l'instrumentalisent à satisfaire leur besoin de domination sur les âmes et les êtres, autant que leur propre ego, en cherchant systématiquement à avoir un dernier mot pourtant erroné, et si fatidique pour eux-mêmes ?
"Errare humanum est, sed perseverare diabolicum" (Se tromper est humain, mais perséverer est diabolique) !
Or c'est là qu'est le vrai problème, et nullement sur le fait de savoir qu'il était un "homme divin" et "oint" - avec de l'huile de nard hors de prix ou de la myrrhe - et donc sacré.

Egalement, la filiation directe - voire l'identification - au Maître de Justice de l'Ecole Essénienne de Qumran pose elle-même question, lorsqu'on connaît justement la prohibition du contact de l'huile avec le corps, l'exclusion des femmes, et la fermeture sur soi-même qu'elle pratiquait.
Car tout s'y faisait à l'envers de ce que fit Jésus.
Cependant, on peut admettre que même si Jésus n'a pas vraiment été membre de cette école, il en a perçu l'influence diffuse, tout bonnement pour des raisons de proximité géographique, et surtout du fait de Saint Jean-Baptiste - qui lui a donné le baptême. Et il est vrai que certains des nombreux rouleaux de la Mer Morte découverts à partir de 1947 dans les grottes de Qumran - notamment la grotte 4 (1955) -, traitent de la venue du Messie...ou plutôt de son retour pour les plus récents (datés de 68 de notre ère), d'où une certaine confusion temporelle, et également une grande lenteur à les rendre publics.
On se situe là dix ans après la prodigieuse découverte des manuscrits de Nag Hamadi (Egypte, 1945), dont le fameux Evangile de Philippe qui décrit les rapports de couple de Jésus et de Marie-Madeleine, avec "l'échange des fameux baîsers". Ce texte confirme d'ailleurs un écrit attribué à Marie de Magdala (Marie-Madeleine) découvert au Caire, et qui se trouve dans le département d'égyptologie du Musée National de Berlin depuis 1896.
Car la grande influence des écoles de mystères égyptienne ou orientale, où la femme tient un grand rôle, et où l'usage de l'huile est avéré, dans une optique d'ouverture au monde, apparaît la plus évidente. Elle peut permettre de combler les trous de sa biographie, pour ce qui est des années manquantes et inconnues de son adolescence. Et elle explique beaucoup mieux l'homme qu'il fut, et également ce qu'il fit.


Lorsque Jésus-Christ est crucifié sur le Mont Golgotha, Marie-Madeleine, sa femme reste titre familial" jusqu'à la fin de la crucifixion, avec l'autorisation administrative de Ponce Pilate. Une femme se marie rarement avec un homme qui veut changer le monde à l'instar de Jésus, ou écrit des poèmes d'amour fou - à moins qu'il n'écrive en langue d'oc comme Richard Coeur de Lion (1157-1199) à une bien aimée qui y est sensible, comme Bérengère de Navarre (vers 1163 -1230), la plus belle princesse de son temps.

Car généralement la femme préfère ce qui est concret et assure sa sécurité, à moins d'être déjà bien pourvue bien sûr, ou de rencontrer un être d'exception doté de certains "dons inédits" ou de pouvoirs divins fabuleux, transmissibles à sa descendance. C'est ainsi qu'il arrive qu'elle succombe à ce qui la fait rêver, et lui permet de transcender son existence en devenant une héroïne, tout simplement !

Aussi, lorsque cela se produit, comme entre Marie-Madeleine et le Christ, ce n'est pas quelque chose à dissimuler : il faut au contraire le mettre en pleine lumière pour le magnifier à juste titre. Car le beau, le bon, et le divin font enfin bon ménage, comme il se doit, pour la plus grande gloire de l'Un ! Mais laissons à Léonard de Vinci l'honneur de conclure sur ce qui le concerne au premier chef, en le citant : "Le caractère divin de la peinture fait que l'esprit du peintre se transforme en une image de l'esprit de Dieu !"


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