mardi 24 août 2010

"Wanax" Heinrich et "Wanaxa" Sophia : à la mémoire de Troie, d'hier et d'aujourd'hui !

par Jean-Jacques COURTEY, Docteur en Géographie Economique

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Les Achéens sont aux origines du peuple grec : ils vinrent s'installer dans le Péloponnèse, vers 1950 avant Jésus-Christ, après avoir quitté le sud de la Russie. Beaucoup de gens l'ignorent. D'ailleurs aujourd'hui, l'écriture russe est le cyrillique qui provient du grec. Il n'y a donc pas que la religion qui ait uni les deux pays dans les temps anciens. Le temps, avec son invisible permanence, est vraiment un curieux grand-maître : Chronos (Saturne) règne toujours sur la destinée humaine et sa fin.
Certains terme achéens sont venus jusqu'à nous, étranges et beaux : "Wanax" et "Wanaxa".
Le premier signifie "Majesté" ou "Monseigneur", et le second, son féminin, "Majesté" ou "Ma Dame" avec le sens de "Milady". Ces deux appellations honorifiques étaient réservées l'une aux rois et aux princes, et l'autre aux reines et aux princesses, comme la belle Hélène de Sparte, femme du roi Ménélas, puis amante de Pâris.

Tout le monde sait que la guerre de Troie a été causée par son enlèvement par Pâris, prince dardanien et fils du roi Priam. Mais le conflit visait également à contrôler l'Asie Mineure, et à entrer en possession d'un fantastique objet de culte : le "Palladium", talisman sacré de Troie. On l'appelait ainsi parce qu'il représentait de façon très stylisée la déesse Pallas (Athéna), fille de Zeus (Jupiter). Celui qui détenait le "Palladium" était invicible. Et pour une cité comme Troie, il était le support de sa puissance, de son rayonnement et de sa prospérité.


C'est Diomède, prince d'Argos, qui avec d'autres grecs, avait pu s'introduire dans la ville grâce au Cheval en bois d'Ulysse, et à la faveur de la nuit qui vit la chute de la cité, dérober le "Palladium". Grâce à cela, ils pensaient à juste raison mettre un terme à dix-sept ans de siège infructueux (vers 1233 - vers 1216 av. J.-C.). Car la colère de Pallas-Athéna était grande contre les Troyens, soutenus quant à eux par Aphrodite (Vénus) et placés sous la protection d'Apollon (Hélios), le dieu du Soleil. N'oublions pas "le choix de Pâris" pour Aphrodite plutôt que pour Athéna, lorsqu'il dut désigner la plus belle des deux déesses !


Comme on avait prédit à Diomède qu'il risquait de se faire assassiner par sa femme à son retour en Grèce, il se dirigea vers l'ouest en se laissant porter par des vents capricieux. Il atteint le rivage de l'Hespérie (ancien nom de l'Italie), où il lui fallut affronter en duel le troyen Enée, qui s'était enfui de Troie en flammes et voulait récupérer le "Palladium". Cet objet de culte retourna au vainqueur troyen, et allait être à l'origine de la puissance formidable de Rome dans le Latium, selon les croyances antiques. Car le "Palladium" deviendra par la suite le support magique et sacré de la puissance montante de la ville aux sept collines. Le grand Jules César (100 - 44 av. J.-C.), de la gens Julia, était considéré de son vivant comme un descendant direct d'Enée...et également d'Aphrodite.



On a d'ailleurs dit que la véritable cause de la chute de l''empire romain était la destruction du "Palladium", par un chef barbare fédéré. Il l'aurait volontairement détruit pour annihiler symboliquement, et donc "magiquement"' le support de la puissance de Rome. Et dans cette hypothèse, le Palladium aurait été fait de bois. Or la plus ancienne tradition veut que ce soit un scythe du nom d'Abaris qui l'ait fabriqué avec des os appartenant à Pélops, héros de la mythologie grecque et ancêtre des Atrides - dont dérive le nom du Péloponnèse. C'est en tout cas ce que dit le grec Jamblique (IIème siècle), admirateur d'Hermès Trismégiste.


En réalité, le "Palladium" n'a pas été détruit. Il n'a été que noirci temporairement, puis nettoyé. Et il a été emporté pour plus de sécurité hors d'Italie par les Romains, dans une de leurs provinces, au sein d'une modeste cité alors dépourvue de la moindre importance. On avance l'an 14 après Jésus-Christ, pour cette opération intervenue sous l'empereur Claude (10 av. J.-C.- 54 ap. J.-C.) : la statue de Pallas-Athéna aurait ainsi été cachée sous l'autel d'un temple érigé en l'honneur d'Isis ou Maison d'Isis ("Phar" ou "Par Isis" en égyptien). Ce temple n'existe plus aujourd'hui. Mais en réalité, il a été complètement recouvert par un ensemble monumental : Notre-Dame. Et la petite ville sans importance avait pour nom Lutetia (Lutèce), puis vers le IVème siècle de notre ère, lors des invasions barbares, son nom changea pour Paris ! C'est d'ailleurs par ce nom que l'appelle Clovis (466-511). Mais les deux noms vont semble-t-il coexister encore pendant plusieurs siècles.



Le lien existant entre le nom des "Parisii" (peuple celte que l'on situerait plutôt du côté de Nanterre, rapidement soumis avec crainte à César en 52 avant J.-C.) et celui de Paris, n'apparaît donc pas forcément comme la véritable origine du nom de Paris, même aujourd'hui. Il y a également un doute pour la reprise simplifiée des termes "Par Isis" (Maison d'Isis), qui souligneraient cependant l'importance de ce culte à Lutèce chez les soldats romains. Il pourrait en aller différemment au contraire du lien avec le prince troyen Pâris, fils de Priam. Son nom aurait été donné à Lutèce pour indiquer aux initiés la présence secrète du "Palladium" dans la ville. D'ailleurs deux chroniques franques associent clairement la ville de Paris à Troie.


Il y a d'abord la chronique de Frédégaire (660) qui se fonde non pas directement sur Enée, mais sur sur frère, Francion, fondateur du royaume des Sicambres d'origine troyenne en Germanie. Souvenons-nous de l'adresse de Saint Rémi à Clovis lorsqu'il le baptise, le 25 décembre 496 : "Courbe la tête fier sicambre, brûle ce que tu as adoré, adore ce que tu as brûlé !" La deuxième chronique est quant à elle tirée des "Gesta Regnum Francorum" ou "Gestes du royaume des Francs". Elle fut rédigée en 727 en Neustrie (région de Paris), et fait la part belle à Anténor, qui descendait de Priam, et fonda d'abord, selon elle, les villes de Padoue et de Venise, qui restent si importantes encore de nos jours. Il termina sa vie à la tête du royaume danubien des Sicambres. Il est ainsi notable que ces deux chroniques recoupent en partie l'Enéide de Virgile (70-19 av. J.-C.).




En 1935, Jean Giraudoux publiait "La guerre de Troie n'aura pas lieu". Ce diplomate de carrière reprenait un thème cher à certains historiens - qui avaient remis en question l'existence de cette guerre antique -, pour chercher à conjurer la seconde guerre mondiale qui s'annonçait. Mais comme tout le monde le sait, ces deux guerres eurent bien lieu. Ce doute qu'on faisait planer sur l'historicité de la guerre de Troie trouvait son fondement dans une volonté de mise sous le boisseau du lien de l'histoire de France avec celle des Hittites (XXVIème siècle -VIIIème siècle av. J.-C.), dont l'empire recouvrait essentiellement la Turquie actuelle. Mais peut-être voulait-on simplement maintenir "sous les ombres" le secret du "Palladium" ?!


François Ier (1494-1547), par le passé, avait su faire la part belle au mythe troyen quant à lui, lorsqu'il traita avec le sultan Soliman le Magnifique (1520-1566) contre Charles Quint (1500-1558), à la surprise assez réprobatrice d'une Europe catholique. Mais il est vrai que ce type d'hommes a disparu. Il faut souligner néanmoins son absence totale de préjugés pour l'époque, quand beaucoup aujourd'hui refusent par a priori l'entrée de la Turquie dans l'Union Européenne, sans vraiment s'interroger.


Ce même préjugé vis-à-vis de Troie se manifesta à l'égard d'Heinrich Schliemann (1822-1890), lorsqu'il entreprit sa campagne de fouilles auto-financées à Hissarlik (1868-1871). Ce qui est étonnant avec Ilion (Troie), c'est véritablement l'acharnement avec lequel les archéologues professionnels s'étaient attachés à ne pas la découvrir. Comme Homère (vers 850 ou vers 750 av. J.-C.), le poète aveugle indiquait dans l'Iliade son emplacement correct sur les côtes de l'Anatolie, tout le monde cherchait alentours et à côté. Et bien entendu, nul ne trouvait rien : donc, il s'agissait uniquement d'un mythe ! Et d'abord, qu'est-ce qui prouvait que l'aède Homère (Homêros en grec), étonnant auteur des 27 800 vers de l'Iliade et de l'Odyssée, qui n'y voyait rien, avait bien existé ?


Les hommes - et les femmes - modernes sont tellement habitués à mentir dans leurs récits, qu'ils ont vraiment du mal à concevoir que les Anciens, n'aient pas été comme eux des affabulateurs. Et pourtant, les civilisations antiques étaient fondées sur un socle tellement solide, avec l'étonnant poids de la tradition orale, que le temps lui-même n'arrive pas à en effacer la mémoire. Peut-être que si la nôtre disparaissait un jour prochain, nos descendants éloignés n'en auraient même pas un début de souvenir, à l'opposé. Nos congénères auraient-ils alors vraiment existé ? Qui sait !


Pour en revenir à Schliemann, il est souvent présenté comme un épicier ou un quincailler ayant fait fortune, pour bien montrer que ce n'était pas un archéologue professionnel. En fait, lui-même se définissait comme un ancien et riche négociant en matières premières. Il était plus ou moins reconnu comme un collègue archéologue par l'Académie de Berlin, même si sa façon de faire des fouilles fut jugée peu orthodoxe...notamment par Neumann, son plus grand détracteur et son ennemi sournois.


Cependant, il est vrai que Schliemann ne fut jamais un chercheur, mais au contraire un découvreur de génie, l'un des plus grands de l'Histoire. De plus, même Neumann se sentit obligé de se lever avec l'ensemble de ses collègues de l'Académie de Berlin pour l'applaudir et l'ovationner, lors de la présentation à l'empereur Guillaume Ier (1797-1888) et au chancelier Otto von Bismarck (1815-1898), du trésor du roi Priam de Troie. Lui et sa femme Sophia, étaient véritablement devenus "Wanax" Heinrich et "Wanaxa" Sophia !



Heinrich Schliemann avait connu la richesse en se sentant seul, mais à l'issue de la dangereuse aventure de Troie (Hissarlik), où il fut laissé pour mort à deux reprises après qu'on lui ait tiré dessus, il connut le grand amour. Sophia, dont certains moquaient la différence d'âge, était devenue sa nouvelle et jeune épouse, à la suite d'un mariage arrangé (1869). Elle était grecque et originaire du grand port du Pirée. Lui avait fini par l'appeler "ma petite femme", lorsqu'enfin son amour lui fut acquis, et elle était si heureuse d'arborer sur son front le diadème de la belle Hélène pendant qu'il la contemplait avec adoration. Schliemann considérait sa femme comme "la plus unique de toutes", et elle lui donna deux enfants, Andromaque et Agamemnon - en l'honneur du roi achéen dont il restitua au monde les vestiges dans toute leur splendeur en 1876 (Mycènes). Il pensait avoir la chance de vivre dans une époque bénie où il était possible d'être intelligent et heureux, en mêlant harmonieusement l'art et la découverte du grand amour. Mais Troie resta toujours sa plus grande découverte, et la clef du mystère atlantique à découvrir...



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