lundi 20 septembre 2010

Valmy (20 septembre 1792) : des raisins trop verts, des diamants très brillants, et une Convention inachevée !

par Jean-Jacques COURTEY, Docteur en Géographie Economique
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Les Prussiens de Charles de Brunswick (1735-1806), en attendant "les va-nu-pieds", en uniforme en fait, de Kellermann (1735-1820) et de Dumouriez (1739-1823), s'étaient gavés de raisins encore verts des vignes environnantes du moulin de Valmy. Et comme ils s'étaient montrés assez gloutons en ces journées de la mi-septembre 1792, ils eurent de fortes coliques, qui les rendirent peu aptes au combat.
De toute façon, cela n'avait guère d'importance, car il n'y eût pas de vrai engagement le 20 septembre 1792, entre Prussiens et Français, contrairement à la légende. En réalité, on procéda des deux côtés à des tirs d'artillerie essentiellement, à titre d'escarmouche, et seulement 500 soldats environ périrent dans les deux camps, au total.
Il faut dire que du côté français, un nombre important de victimes fut plutôt dû à la malencontreuse explosion de caisses de poudre et de boulets, à la suite d'une manipulation négligente, et pas du tout du fait des Prussiens, qui étonnamment ne profitèrent pas du chaos occasionné. La bataille de Valmy (Marne), s'apparenterait donc plus à la situation de "pat" aux échecs (match nul), à la suite d'une opération de "gambit".

Brunswick avait en effet tardé toute cette matinée du 20 septembre à attaquer - alors qu'il avait un indéniable avantage militaire -, comme s'il attendait quelque chose pour se déterminer. Ce qu'il attendait, avec impatience, en différant l'affrontement... c'était les diamants et pierres précieuses du trésor royal de Louis XVI, volés la veille par le vicomte Théophile de Chandrilles, Grazziana (une aventurière pleine de charmes, maîtresse de Danton) et "La belette" (un petit voleur professionnel), notamment.
Chandrilles avait cru opérer pour aider le Roi, mais "s'était fait avoir" en réalité par Grazziana, la fausse baronne callipyge, au bénéfice des tractations secrètes de Georges Jacques Danton (1759-1794), alors ministre "imposé" de Louis XVI (1754-1793).
Il y avait de fait un accord secret entre Danton et le duc de Brunswick, qui se connaissaient par rapport à leur confraternité, de jeu entre autres : les "pierres" du Roi Louis XVI, désormais prisonnier au Temple, contre le retrait du duc du territoire français ! Car Brunswick avait des dettes de jeu impressionnantes à régler d'urgence. On découvrit d'ailleurs à sa mort, en 1806, des diamants du Roi Louis XVI dans sa succession.

Quelques temps plus tôt, le marquis de Limon, un comparse émigré, de l'entourage du comte d'Artois, futur Charles X (1757-1836), avait rédigé le "manifeste" que Brunswick allait signer le 25 juillet 1792, même si sa compréhension et sa maîtrise du français laissaient à désirer. Il disait de façon provocante et inacceptable que tout français, qu'il soit ou non soldat, qui "oserait se défendre" contre les armées étrangères serait puni de mort "comme rebelle au Roi", et que s'il était fait le moindre outrage à Louis XVI et à sa famille - ce qui était désiré en fait - Paris serait livrée "à une exécution militaire et à une subversion totale".
Autant dire que ce qui fut connu sous le nom de Manifeste de Brunswick et non de Limon, ni même du comte d'Artois, ancien employeur de Marat (1743-1793), précédemment médecin attaché à sa maison, fit l'effet d'un chiffon rouge sur un taureau. Et le 10 août 1792, ce fut la prise des Tuileries, deuxième révolution dans la première, avec le transfert du Roi et de sa famille, d'abord au palais du Luxembourg (pendant trois jours), puis au Temple.

En 1792, le patriotisme de Danton, alors plus puissant que Robespierre (1758-1794), s'accommodait fort bien d'un "achat" de victoire, surtout si cyniquement c'était Louis XVI qui payait !
La monarchie disparut donc subitement le 21 septembre 1792, sur ce vol et ce dol, à la suite de la réussite de l'opération de déception de Danton : les Britanniques ou les Américains emploieraient plutôt de nos jours les termes de "black operation" (opération noire).
De fait, ce lendemain de la "brillante" victoire de Valmy - ce qui est vrai au vu de l'énorme quantité de diamants reçus par Brunswick -, la royauté fut abolie en même temps que fut proclamée la...Convention Nationale très précisément. Mais par commodité de langage, on considère que la République était fondée, puisque le 22 septembre 1792, la Convention justement décida que tous les documents officiels seraient datés de l'an I de la République !
Quoi qu'il en soit de l'erreur sur la substance historique et des attritions ou quiproquos, nul capétien n'a jamais reçu la moindre réparation, ni le moindre remboursement "conventionnel" ou autre, pour le vol de ces quelques 600 diamants et pierres précieuses.
Cette courte oeuvre de dénébulation, présentée maestoso et avec longanimité, y contribuera peut-être de manière fructifère, en cette année 2010 marquée le règlement de la Dette !

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