mardi 9 novembre 2010

Pour une libération de la mode : au-delà des canons de la beauté, des rictus, et d'une idée de vacuité !

par Jean-Jacques COURTEY, Docteur en Géographie Economique

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Il existe selon les Anciens Grecs un rapport mathématique entre les proportions d'un être humain (ou de toute chose d'ailleurs) et la beauté idéale. C'est le fameux "nombre d'or", dénommé la "divine proportion" (1,618...) qui trouve à s'appliquer dans la mode tout à fait logiquement.
Ceci dit, même avec une telle constante des canons de la beauté, une grande diversité existe.
Or la mode n'est plus vraiment fondée sur le culte de la beauté. Elle a beaucoup changé des années 1970 à nos jours. Paradoxalement, c'est au moment où la femme se libérait enfin, que la mode allait chercher à davantage la contraindre. A l'inverse de la révolution vestimentaire d'un Poiret pourtant ancien, d'un Christian Dior, ou d'un André Courrèges, par exemple, elle s'est appesantie - non sur les corps devenus trop frêles, mais dans les esprits qui se sont alourdis.
Désormais, c'est le règne de la femme maigrichonne et très longiligne qui prédomine. Et ce sont les plus jeunes femmes, voire les jeunes filles, qui ont à souffrir de cet état de fait. Au "Sois-belle et tais-toi !", a succédé le "Souviens-toi que tu fus belle et tais-toi !", qui est sans doute pire.


La beauté a de tous temps impressionné, car elle a quelque chose de supra-humain, et donc de divin. Et l'on a toujours pratiqué son culte, même si Aphrodite (Vénus) ou Apollon (Apollo) ne sont plus adorés dans des temples, et n'ont plus leurs oracles. Ses nouveaux temples sont les "show-rooms" avec leurs grands créateurs qui dessinent la tendance. Mais quelque chose s'est profondément déréglé dans cet univers naguère "fantasmatique". Le rêve et la magie ont relativement disparu des podiums, pour laisser entrevoir le rictus de la souffrance, le tout dans une certaine vacuité créative.
Car la création est devenue assez "pompière", et les grands couturiers, s'ils tiennent au statut de leur griffe, sont obligés de faire au-moins deux défilés par an pour le rester. C'est pourquoi, un certain nombre d'entre eux semble avoir du mal à se renouveler.

A trop vouloir fuir le divin et le sublime, qui passaient naguère par les corps et les âmes, la mode s'est quelque peu "désacralisée". Passer du temps à obliger à toutes forces des jeunes femmes à maigir au-delà de la raison (avec le troublant phénomène des "Ana", pour ses anorexiques), afin qu'elles puissent enfiler un 36, alors qu'elles font plus naturellement un 38, est une aberration.
Et on peut d'ailleurs lancer le défi à ces créateurs de montrer leur capacité à réaliser de magnifiques 38, visibles sur un podium !
La mode à l'origine n'était pas faite pour nier la nature humaine, mais pour se modeler sur elle, pour l'habiller, si possible élégamment. Mais il est vrai que depuis la feuille de vigne d'Eve ou d'Adam, elle a beaucoup évolué.


Qu'elles viennent désormais surtout des pays de l'Est (Russie, Ukraine, Tchéquie, Slovaquie, etc.), ou maintenant d'Extrême-Orient avec le Japon et la Chine, voire des cinq continents, ces top models doivent suivre un parcours particulièrement difficile, éreintant et parfois périlleux. Or leur carrière sera souvent très éphémère, alors même que leur beauté n'aura souvent nullement fadi. Car on les prend très jeunes pour être plus malléables. Et elles la terminent avant même de s'être épanouies comme de vraies femmes, en dépit d'une beauté encore à éclore comme une rose, dans toute sa splendeur. Là est le grand paradoxe !
Ainsi, la mode s'est érigée sans s'en rendre compte en un nouveau "carcan", alors que tout un chacun a besoin de souffler au contraire, et de retrouver une plus grande liberté d'action.
Ceci dit, elle est tout à fait à l'image de cette société "Alcatraz" qu'on cherche constamment à nous imposer, sans utilité, pour le plus grand désarroi de tous et de toutes. Le jour où la mode retrouvera sa liberté d'antan, il en sera sans doute de même pour nous tous. Alors hâtons décisivement ce jour béni, et encourageons la foule de nouveaux créateurs ou de nouvelles créatrices de tous les horizons qui pénètrent dorénavant ce domaine toujours privilégié !

Si l'on fait une analyse psychologique affinée de ce qui est sous-jacent, on perçoit des choses étonnantes.
D'abord et avant tout, il y aurait un véritable "culte de la géante" sous-tendu par la mode actuelle. Or, une très grande majorité des femmes ne font absolument pas plus d'1,80 m. Beaucoup se situent entre 1,55 m et 1,65 m. Cet étrange écart avec la réalité observable, fait parfois songer que les défilés seraient plutôt faits pour des descendants des Nephilim de la Bible, que pour des hommes modernes - eux-mêmes hauts d'1,69 m à 1,77 m le plus souvent. L'accroissement de la taille s'observe en effet surtout dans la nouvelle génération, sans pour autant donner des géants au sens biblique.
Ensuite, il y a la recherche de plus en plus apparente d'un certain "androgynat", qui n'est pas sans rappeler non plus les écrits anciens, comme ceux de Platon (428 ou 427 - 348 ou 347 av. J.-C.), sur l'origine des hommes sur Terre. Dans "Le banquet" (189-190), ce dernier fait ainsi coexister trois genres distincts et non seulement deux : les hermaphrodites géants (les Aloades), 1er genre, puis l'homme et la femme, 2ème et 3ème genres, apparus du fait de la séparation en deux littéralement des êtres androgynes par Zeus (Jupiter), comme punition pour avoir osé attaquer l'Olympe des Dieux.
La mode chercherait-elle donc à faire passer un message subliminal sur cette origine mythologique, en rappelant que l'épouse de Zeus, Héra (Junon), avait ouvert "les grandes portes du temple de Janus" ?

Le "nombre d'or" des Anciens Grecs garde toute sa pertinence, et rien ne viendra le remplacer. Si un "90-60-90" pour les femmes a un sens visuel très évident et si attrayant, il n'en est pas de même du "80-65-80", voire du "corps fuseau". Ce type de mensurations qui tend vers l'unisexe, nécessite une certaine accoutumance "pour s'y faire" visuellement, sans être vraiment convaincu d'ailleurs. Car la mode actuelle peut rendre perplexe : elle se résume de plus en plus fréquemment à une belle frimousse sur un grand corps trop maigre et presque diaphane, ou parfois à de jolies formes surplombées par un visage assez banal et peu expressif. Et l'habitude d'encourager les mannequins à ne pas sourire - pour rendre ce qui reste de beauté, inaccessible -, n'a rien de très encourageant ni de vraiment séduisant.
Ces jeunes personnes n'ont pas à porter sur leurs épaules fragilisées, tout le poids d'une société qui se voit agonisante. La beauté doit rester la beauté, une tendre goutte d'éternité joyeuse et mutine dans l'univers qui nous entoure - et n'est pas du tout destiné à demeurer un monde hostile.
Mais pour cela, elle doit être valorisée et respectée en tant que telle, et non diminuée volontairement par le préjugé un peu hâtif de l'absence d'intelligence. Car le vide d'intelligence répondrait selon certains à la futilité de la mode. Quand on a le superflu, c'est qu'on a déjà le nécessaire, pourrait-on rétorquer. Demandons donc le superflu, pour notre propre bien-être, mais aussi par subtilité !


Il faut bien reconnaître que souvent la beauté à l'état pur fait peur, sauf aux vrais esthètes, tant elle incarne la perfection, c'est-à-dire le contraire de l'être humain. Elle serait considérée comme une sorte "d'anti-matière" divine par une partie des humains. C'est sans doute pour cela que l'on cherche tant et à tort, à domestiquer la beauté, quitte à l'annihiler au moins en partie. Et Dieu que c'est dommage, pour la joie et le bonheur que sa contemplation suscite inconsciemment et si instantanément en nous !

Car la beauté est "un hymne à la joie" d'une telle puissance qu'il n'a pas besoin de paroles pour se faire entendre, même si les notes de la clé secrète du monde (la musique, selon Pythagore et également la récente théorie des cordes) semble l'accompagner dans notre esprit. La mode aurait besoin d'un nouveau Poiret qui la décorsette encore plus, avec des top-models mangeant à leur faim, et ayant de cette manière retrouvé leurs formes féminines gracieuses.

Cela plairait tout autant à Dieu, le Créateur suprême, qu'à l'ange Azazel, le concepteur originel du maquillage comme élément de séduction. Et ce ne serait pas là un mince sujet d'étonnement réconciliateur pour le Ciel qui n'en reviendrait pas !

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