mercredi 16 février 2011

"L'indice d'indépendance financière" ou la clef des révélations suprises !

par Jean-Jacques COURTEY, Docteur en Géographie Economique
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Il est question d'introduire de nouveaux indices économiques ou financiers pertinents à l'occasion du prochain G20 des 26 et 27 juin 2011 (à Toronto, Canada), qui sera présidé par la France et coprésidé par l'Allemagne.
Ce nouveau sommet succédera dans la foulée au G8 de Huntsville (Ontario, Canada) des 25 et 26 juin.
Les nouveaux indices devraient constituer autant d'indicateurs des déséquilibres, et donc de signaux d'alerte.
Nous n'en proposons qu'un, l'"indice d'indépendance financière". Cet indice ne se superposerait pas directement aux taux d'endettement des différents Etats - sources de l'OCDE entre autres -par rapport à leur PIB, mais il en dériverait fortement. En fait, il devrait faire intervenir une nécessaire péréquation qui tiendrait compte d'anomalies remarquables abordées infra pour être pleinement opérationnel.
Un classement inédit des principales puissances économiques "indépendantes financièrement de l'extérieur" à partir de cet indice, où l'on tiendrait compte du PIB pour mémoire, pourrait donc être établi sur cette base nouvelle. Pour être à la fois plus parlant et plus pertinent, il devrait intégrer les quatre Etats européens qui sont les protagonistes malheureux de la dangereuse et répétitive crise de l'Euro, à savoir la Grèce, l'Irlande, le Portugal et l'Espagne.
Il ne faut pas oublier que ces quatre Etats ne sont pas vraiment en faillite, mais simplement que le taux de leurs emprunts obligataires sur les marchés avaient dépassé ou vont dépasser le seuil fatidique de 7% à 10 ans. D'ailleurs, les toutes récentes émissions d'obligations européennes de ce début d'année, sont à un taux d'un peu moins de la moitié, parce que remboursables à 5 ans.
Le rôle salvateur de la Chine, et également du Japon, sur notre monnaie est à souligner, parallèlement à la restructuration assez habile de la dette par le FESF (Fonds Européen de Stabilité Financière), créé pour l'occasion en 2010. Je rachète 90 à la Grèce, par exemple, ce qui valait 100, et je lui revends 80 : j'empoche 10 et elle gagne 10 aussi, tel est le principe de ce Fonds.
Il reste que la Chine s'est aussi distinguée par le rachat d'une partie des dettes grecques et portugaises, et peut-être bientôt espagnoles, voire irlandaises.

Mais, venons-en tout de suite à cet étonnant classement des nouvelles puissances financièrement indépendantes, qui en résulterait sur un panel de 17 Etats :
1/Russie
2/ Japon
3/ Australie
4/ Chine
5/ Brésil
6/ Royaume-Uni
7/ Inde
8/ Allemagne
9/ Canada
10/ Espagne
11/ Portugal
12/ USA
13/ France
14/ Belgique
15/ Grèce
16/ Italie
17/ Irlande.

Il y a au moins huit cas inédits à signaler : le Japon, la Chine, la Russie, le Brésil, l'Inde, la France, la Belgique, et les USA.
- Le Japon dont l'endettement brut apparaît très élevé (de l'ordre de 197,2%), ne l'est que vis-à-vis de sa population, à 95%. Son véritable endettement extérieur ne porte que sur les 5% restants, d'où son classement en deuxième position.
-La Chine a un endettement difficile à évaluer, même s'il tournerait officiellement autour de 22,5%, soit un tout petit peu plus que l'étonnante l'Australie (20%). Pour autant, il n'intègre pas le fort endettement des régions. Cependant, il est également vrai que cet endettement "local" dû à une bulle immobilière est essentiellement endogène, à l'instar du modèle nippon, avec cependant des risques de défaillances ou de surchauffe. Toutefois, tant que la forte croissance est là (autour de 9 à 10% l'an), les choses devraient rester à peu près sous contrôle. L'éventuelle présidence chinoise du FMI (2012), pourrait se trouver facilitée par la nouvelle répartition des droits de vote au sein de cette organisation, en vigueur dès cette année. Et elle pourrait être confortée par l'intégration entrevue du Yuan aux DTS (Droits de Tirage Spéciaux) du FMI, à côté de la Livre Sterling, du Dollar, de l'Euro et du Yen.
- La Russie et le Brésil surtout, mais également l'Inde, tous trois membres du BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine), se sont fortement désendettés depuis la deuxième moitié des années 1990 jusqu'à maintenant, en dépit de la crise financière de 2008. Il n'est donc pas étonnant de retrouver ces trois pays "émergés" et non plus "émergents", en tête de peloton, le niveau record optimal étant celui de la Russie avec seulement 9,5%, contre 43,9% pour le Brésil, et 77% pour l'Inde tout de même. C'est très encourageant pour la Russie qui veut redevenir une puissance globale.
- La France (92,5%) profite de "son arrimage" financier et économique à l'Allemagne (85,5% d'endettement), pour éviter le déclassement de sa notation financière : c'est l'impact salvateur de la fameuse "Françallemagne" dans la perception française.
- La Belgique, dont le taux d'endettement (102,5%), n'est pas si éloigné de celui de la Grèce (123,3%) a échappé à une baisse de sa notation financière du fait qu'elle est depuis des mois et des mois sans gouvernement, et qu'elle est le siège de l'Union Européenne, avec Bruxelles, mi-flamande et mi-wallonne.
- Enfin, les USA font très légèrement mieux que nous avec un taux de 92,4% par rapport à leur PIB. Ils ont cherché à surmonter la crise financière du 15 septembre 2008 grâce à deux séries de "Quantitative Easing" (QE) ou "Facilités financières quantitatives". Leur problème ainsi que celui du reste de la planète d'ailleurs, réside dans la fin probable de cette politique d'argent facile, fondée sur l'usage sans frein de la planche à billets (la magie financière du "roi Dollar") en juin 2011, soit dans seulement quatre mois.

Mais il est un cas qui mérite une étude plus approfondie, de par son impact mondial sous-évalué, celui du Royaume-Uni, dont l'endettement est cantonné à 65,8% du PIB (avec une plus faible dépendance extérieure). Sa situation est particulièrement méconnue et pourtant si originale. Ses démembrements mondiaux (dominions comme l'Australie et le Canada, Commonwealth pour l'Afrique et autre part), et ses très subtiles institutions politiques fondant le pouvoir retenu et auto-limité de la monarchie, ainsi que l'institution financière du trust (aux USA notamment), sont si mal compris.
Si avant le 15 septembre 2008, le Royaume-Uni à travers le système des trusts utilisé par ses ressortissants, où l'on ne connaît pas le propriétaire réel, mais seulement l'apparent, possédait environ 60% des USA, il ne semble pas que ce pourcentage ait baissé actuellement.
Egalement, les Etats-Unis utilisent le Dollar possédé par la Fed., qui est un organisme privé composé de différentes banques, dont une partie sont étrangères et constituent la base de la banque centrale américaine. Le droit d'utiliser cette monnaie, dont le nom dérive du "Thaler" allemand, est la source principale de son endettement depuis de très nombreuses années. Or la crise financière du 15 septembre 2008, que l'on pourrait également entrevoir comme une "3ème guerre d'indépendance américaine" vis-à-vis du Royaume-Uni - la Barclays Bank, anglaise, n'ayant pas été autorisée à racheter Lehman Brothers -, ne semble guère avoir fondamentalement modifié ce point.
Nous ne prendrons qu'un exemple pour illustrer le paradoxe britannique, toujours aussi énigmatique : la fusion actuelle de plusieurs bourses occidentales, présentée en France comme un moyen de contrer les bourses chinoises de Shangaï (moins diversifiée et moins puissante en réalité que Londres), ou de Hong-Kong (pas totalement séparée des intérêts britanniques en fait).
Or, il faut tout de suite remarquer que ces fusions présentes permettent de conserver le nouvel équilibre de forces, toujours précaire, issu de la crise financière de 2008. Il y a d'un côté celle de Londres qui est la plus ancienne du monde - elle a été fondée en 1603, sous le règne d'Elizabeth Ière -, et reste la plus discrètement puissante avec ses "bourses-filles", et celle de Toronto au Canada, pays dont la souveraine est la même, Elizabeth II. Et de l'autre, on trouve Euronext-NYSE (New-York Stock Exchange) et la Deutsche Börse, qui établissent très précisément depuis hier un pont entre New-York et Francfort par dessus Paris.



L'enjeu de ce début de XXIème siècle ne va donc pas se résumer à une simple course entre la Chine et les USA pour le rang de première puissance économique mondiale en termes de PIB.
Il y a en réalité plus de participants que prévus à la compétition pour la suprématie mondiale.
Si le PIB britannique par exemple, n'est qu'au 5ème rang mondial (devant nous, de nouveau depuis fin 2010), c'est parce qu'on ne tient plus compte de son PNB : lui intégrait auparavant la vraie richesse des ses ressortissants répandus à toute la surface du globe, USA inclus. Comme durant la "2ème guerre d'indépendance américaine" (1812-1814), où la Maison Blanche fut détruite par les troupes britanniques venant du proche Canada, une trêve s'est instaurée...mais ce n'était qu'une trêve.

Ainsi, la marche en avant vient de reprendre. "Britannia" (nom romain de l'île principale de la Grande-Bretagne) reste aux commandes, et le griffon ainsi que le dragon, symboles de la City de Londres, ont gardé tout leur lustre et toute leur puissance d'antan, même si c'est sous une autre forme. Et comme dans l'Antiquité ou au sortir du Moyen-Age, l'avenir appartient toujours aux thalassocraties à influence ou d'inspiration macédonienne, "libératrices des peuples".
Si le buste de Néfertiti, antique reine d'Egypte, devrait rester à Berlin, il en sera très probablement de même pour la Pierre de Rosette, qui est au British Museum de Londres.
La France quant à elle n'a rien choisi de clair pour son avenir - si ce n'est un passé bicentenaire étriqué, vraiment difficile à enjoliver au regard d'une réalité plus prosaïque et peu convainquante, qui gomme sa vieille gloire. Son quotidien se perd dans une dangereuse et incessante discorde civile, qui s'étale dans les journaux d'ici ou d'ailleurs. Déjà en son temps Jules César (100 - 44 av. J-C.), avait remarqué cette propension gauloise au tumulte, et il lui coupa court en appliquant la loi divine de Mars (52 av. J.-C.). C'est dommage, parce que ça se jouait hier !
Mais au-delà des apparences en trompe-l'oeil, les différents destins des nations semblent déjà fixés par l'antique griffon sumérien. Il y a 600 trillions de dollars sur les marchés dérivés qui restent dans l'anonymat des trusts, soit 24 fois plus que les plus importants PIB réunis (USA, Chine et Japon) !

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