mardi 10 mai 2011

Ecosse 2011 : un virage historique qui crée la stupeur !



par Jean-Jacques COURTEY, Docteur en Géographie Economique

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Le succès colossal et inattendu du Scottish National Party (SNP), lors des élections qualifiées de "locales" du 5 mai 2011, au Parlement écossais, ébranle l'ensemble du Royaume-Uni.
L'annonce de la résurgence écossaise ne nous étonne pas. Car elle nous avait déjà été faite dix-huit ans plus tôt à la fin du mois de mai 1993 à Edimbourg, l''Athène du Nord".
Nous étions tous alors assemblés dans les salons d'honneur de "Mason Hall", lors d'un dîner de gala. Et tout le monde avait alors pris cela avec un étonnement flegmatique.
C'était à l'occasion d'un colloque organisé par l'Association des Juristes Franco-Britanniques. Quelqu'un était en retard à ce dîner de clôture avec smoking (ou kilt) obligatoire. C'était un avocat en kilt justement, qui est arrivé tout essouflé avec sa femme, après ce premier discours qu'il venait de manquer. Nous avions d'ailleurs échangé quelques mots lorsqu'il s'était dirigé vers notre table ronde. Le Président de l'Association, de la table d'à côté s'approcha. Il lui demanda s'il était prêt pour son discours. Il acquiesça en cherchant son "speech" dans sa bourse. Or il n'était pas dedans. On regarda s'il n'était pas tombé par terre, dans la précipitation. Mais non ! Il pensait l'avoir oublié chez lui, à cause de soucis domestiques un peu compliqués de "rideaux". Un peu confus, il nous regarda en nous demandant comment nous ferions si nous étions à sa place. Nous lui répondîmes que nous improviserions en souriant sur le thème du discours égaré, devenant discours de substitution. C'est ce qu'il fit brillamment, en nous lançant un regard complice. Ce jeune et sympathique avocat en retard, qui s'installa à la table ronde jouxtant la nôtre, s'appelait David Cameron (né à Londres en 1966). Il improvisa si bien que ses explications et son humour déclenchèrent l'hilarité chez les Ecossais, les Anglais, notre charmante voisine galloise, et nous-même. Nos compatriotes français qui avaient des écouteurs, se demandaient pourquoi il n'y avait pas de traduction des éléments amusants. Mais tout n'était pas à traduire, l'esprit britannique parfois si spontanément bon enfant, et l'esprit français, souvent trop "collet serré", étant si différents.


Le SNP, Scottish National Party, d'Alex Salmond, pour en revenir à lui, a obtenu 47% des voix à la surprise générale, et même à la sienne propre. Et lui, le Premier Ministre écossais déjà en place depuis 2007, dispose cette fois-ci de 69 élus sur 129. Londres est dans un état d'hébétude complète. Car rien n'annonçait une victoire et encore moins une victoire aussi massive, pas même les sondages. Il faut dire que le système mis en place par les travaillistes en 1999, ne permettait pas théoriquement un résultat aussi stupéfiant. Le curieux mélange de système majoritaire et de système proportionnel instauré par Tony Blair (né à Edimbourg en 1953), était censé mettre en place une "régionalisation" du pays qui éradiquerait à jamais le spectre de l'indépendance de l'Ecosse, en rendant impossible toute majorité absolue. Cela devait favoriser le parti travailliste : l'Ecosse était jusqu'au 5 mai dernier considérée, à tort, comme sa place forte. Mais en matière de spectres et de fantômes, l'Ecosse peut toujours réserver des surprises de dernière minute, et des frayeurs aux plus incrédules. Personne ne comprend rien à ce qui s'est passé ce jour-là, en une inversion inexplicable et ineffable, échappant à la logique classique. Ce qu'on sait, c'est que la politique sociale de M. Salmond, avec la gratuité totale des soins pour les personnes âgées, et également la gratuité des frais d'inscription à l'université (sujet de controverse et de manifestations violentes en Angleterre), ont complètement séduit l'électorat. Comme quoi, l'Etat-providence a su trouver un refuge en Europe !



Or rien ne laissait prévoir cela à quelques jours seulement du mariage du prince William et de Kate Middleton (29 avril dernier). Certes, on aurait pu voir dans l'attitude d'un horse guard écossais, qui avait critiqué la froideur de la future princesse sur Facebook, les prémisses d'une sourde et soudaine volte-face d'un peuple fier et courageux. Même les Romains n'avaient pas pu en venir à bout, et ils s'étaient protégés des Pictes et des Scots avec un mur, le "mur d'Hadrien" (131 de notre ère). De William Wallace (1272-1305) à Rob Roy Mc Gregor (1671-1734), le "roy reb" fatidique, en passant par Bonnie Prince Charlie (1720-1788) sauvé du duc de Cumberland par les jupons de la jolie Flora MacDonald qui l'aimait, l'Ecosse a toujours pris de court l'Angleterre, corsetée dans ses habitudes. Certes, Robert Ier Bruce (1274-1329), qui anéantit l'armée anglaise à Bannockburn (1314), grâce à l'appui inopiné des chevaliers du Temple, n'a plus guère de descendants. Nous connaissons pourtant une jeune et charmante descendante blonde qui a travaillé assez récemment à nos côtés. Mais, c'est sir Sean Connery (né à Edimbourg en 1930), soutien financier indéfectible du SNP, qui envisage depuis plusieurs années de devenir le premier Président d'une éventuelle république d'Ecosse, si Dieu le veut. Qui ne connaît pas l'un des meilleurs interprètes du rôle de James Bond au cinéma ?



L'Ecosse est une petit pays du Nord-Ouest de l'Europe, mais c'est aussi une riche nation qui entend bien profiter d'un meilleur partage des royalties tirées de l'exploitation énergétique de la Mer du Nord (pétrole et gaz naturel) avec l'Angleterre. Et les Ecossais sont de première force en matière de négociation, sachant obtenir ce qui leur revient de droit. C'est un royaume constitutif de la Grande-Bretagne, divisé en 12 unités administratives (9 régions et 3 zones insulaires). Il représente 5,23 millions d'habitants, de religion essentiellement presbytérienne et non anglicane. Sa superficie est de 77 180 km2, et son relief distingue du nord au sud les Highlands (hautes terres), la dépression du Glen More, les monts Grampians, et les Lowlands (basses terres), ainsi que des fjords et de très beaux "lochs" (lacs) comme le fameux Loch Ness ou le magnifique Loch Lomond. Au sud, les monts Cheviot servent de frontière naturelle avec l'Angleterre. Outre Edimbourg, sa capitale, il compte une autre métropole, d'ailleurs plus grande, Glasgow.
L'influence de l'Ecosse à travers le monde est sans commune mesure avec sa taille qui peut paraître réduite. Ainsi certains font clairement naître la Franc-Maçonnerie historique (rite écossais) à Killwinnig au XIVème siècle à partir de ce qui restait du Temple dissous par le pape en 1312, la mythique se rattachant quant à elle à l'Egypte et à la Phénicie.
Un remue-ménage étourdissant vient de commencer en Ecosse et au Royaume-Uni, avec le virage soudain du futur référendum d'autodétermination (prévu pour 2014 ou 2015), auquel David Cameron, actuel Premier Ministre conservateur britannique, a dit qu'il ne s'opposerait pas, même s'il fera campagne contre.





Pour l'instant, on estime encore que 25% à 30% seulement de la population écossaise serait pour la séparation de l'Ecosse du Royaume-Uni. En tout cas, c'étaient là les chiffres du 4 mai 2011. Mais maintenant, on n'est plus sûr de rien, et d'ici trois ou quatre ans les choses pourraient encore bouger. En outre, le grand passage éventuel à l'indépendance ne poserait aucun problème majeur, puisque ce territoire lève ses impôts, s'auto-administre et s'auto-gère déjà tout seul, tout en battant également sa monnaie identique à celle de Londres, la livre écossaise.


Cela a déjà des conséquences collatérales inattendues dans le monde, et singulièrement en Europe (pour une France et une Italie plus justes notamment) et aux USA. Pour ces derniers justement, qui comptent une très importante communauté d'origine écossaise, il est clair que la remise en cause du Royaume-Uni en tant qu'entité supra-nationale depuis 1707, les renvoie à la "Tea Party de Boston" du 16 décembre 1773 (prémisse de l'indépendance américaine). Et la question sans cesse posée du rééquilibrage de leur relation à la métropole d'origine, aussi bien que l'essouflement actuel du mouvement du "Tea Party" de 2008, (rattaché au courant républicain), pourraient trouver de nouveaux développements.



Le succès électoral du 5 mai 2011 du SNP est enfin un incroyable écho au défi lancé par William Wallace, protecteur de l'Ecosse, au roi d'Angleterre Edouard Ier le Sec (1239-1307). C'est un retour nostalgique à une période épique de l'histoire écossaise, qui s'acheva tragiquement par la mise à mort de William "Braveheart" à Londres (23 août 1305).
L'"Auld Alliance", pour la célébration de laquelle des Ecossais avaient également jugé notre présence parisienne indispensable le 27 octobre 1995, reste d'actualité en vue d'un résultat d'harmonie.
Et il est clair que l'Histoire peut apparaître cyclique, voire singulièrement circulaire !

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