vendredi 17 juin 2011

Soleil bleu sur le monde II : la persistance du signe d'Alexandre à l'approche de 2012 !

par Jean-Jacques COURTEY, Docteur en Géographie Economique
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Alexandre le Grand (356-323 av. J.-C.) n'est peut-être pas si mort que ça après tout, ne serait-ce que dans la mémoire collective. Le vortex de son soleil macédonien est à nouveau actif.
Il est frappant de voir son aura dans des pays pourtant très éloignés de la culture grecque, comme la Chine. Récemment, une jeune étudiante chinoise avec qui nous discutions aborda avec nous la question du "noeud gordien" tranché par Alexandre pour devenir roi d'Asie. L'expression "trancher le noeud gordien" est d'ailleurs devenue partout dans le monde, synonyme de résoudre un problème inextricable par une action vigoureuse et décisive, qui sort soudainement d'embarras.
On ne sait pas trop quels contacts Alexandre eût avec la Chine de son époque ; car on arrête généralement son épopée fantastique au nord-ouest de l'Inde, avec le signe céleste qu'Alexandre nommait "le Soleil bleu". L'historien romain de langue grecque, Arrien (v. 95 - v. 175), mentionna également ce signe céleste, de même que celui qui accompagna la chute de Tyr, dont nous avons parlé dans notre précédent article. Curieux destin que celui de ce grand romain, qui finit par se retirer en Grèce en devenant le philosophe Xénophon, pour rendre hommage à Socrate (469-399 av. J.-.C.) !

Les contacts avec la Chine des Zhou n'apparaissent pas dans notre histoire occidentale, bien que le titre de "roi d'Asie" ne lui fut jamais disputé. Il faut dire que l'on se situe à "l'époque des royaumes combattants" (453-221 av. J.-C.), où régnaient en Chine désunion et longs conflits.
Un courant d'échanges commerciaux existait pourtant, avant même la naissance d'Alexandre, préludant à la future" Route de la Soie" (500 av. J.-C.). Et il reliait déjà Babylone à Changhan (l'actuelle Xi'an dans le Shaanxi), via la Sogdiane, contrée de Roxanne, l'une des futures épouses d'Alexandre. Ce qu'on sait, c'est qu'à l'époque d'Alexandre, les Grecs parlèrent pour la première fois du pays des "Seres" - les "soyeux" - pour identifier un pays nouvellement connu, la Chine. Il est possible comme on nous l'a suggéré, qu'ait existé un accord tacite de non-agression avec Xi'an (Pékin n'existait pas encore) pour continuer à développer pacifiquement cette importante route commerciale.

Et aujourd'hui, c'est une Chine immémoriale, mais ultra-moderne et plus riche que jamais, qui semble le plus vouloir sauver le pays dont il était originaire, la Grèce.
La Chine éprouve énormément de respect pour ce grand homme et par voie de conséquence pour l'héritage grec. Il n'y a pas qu'une question d'intérêts dans le rachat du port du Pirée par des hommes d'affaires chinois, mais également l'idée de sauver la Grèce et son antique héritage de la faillite qui les guette. Elle sait très bien que l'Occident est né de la vision d'Alexandre, même si elle ne l'associe pas forcément au Soleil macédonien en vortex, ni au Soleil bleu de son enfance, ni encore à l'influence déterminante de sa mère Olympias.
Jamais dans l'histoire des hommes, aucun autre européen après lui ne porta ce titre si singulier de "roi d'Asie": il fut le seul et l'unique.
Elle sait aussi qu'Alexandre prit des positions plutôt égalitaires en faveur des "Asiatiques", en stupéfiant le monde. Il bouscula les préjugés de son époque, et même ses compagnons dont certains lui en voulurent au point de tenter de se mutiner contre lui. Les fameuses colères dévastatrices dont on taxe souvent Alexandre le Grand correspondent presque systématiquement à une reprise en main de sa part, et à l'exécution des mutins macédoniens.

On lui rappelait constamment son père Philippe II de Macédoine (382-336 av. J.-C.) qui ne l'avait jamais bien traité et avait même failli l'écarter du trône, accréditant la thèse d'Olympias d'un autre père (Zeus ou même Dyonisos), en cette époque où existait encore les demi-dieux.
De même, planait autour de lui l'ombre d'Aristote (384-322 av. J.-C.), son ancien précepteur, dont les conceptions souvent étroites servaient de référence à ses compagnons pour affirmer leur supériorité sur les Barbares. Or Alexandre piquait de violentes colères lorsqu'on lui parlait des idées de ce philosophe qu'il jugeait arriéré et injuste sur ce point, même s'il gardait quelque affection pour lui. Là-aussi, ses colères jupitériennes éberluèrent son entourage macédonien et grec.
Le plus remarquable dans l'histoire d'Alexandre, c'est que manifestement pas un des peuples conquis ne tenta de lui nuire ou de le tuer. Beaucoup avaient pour lui une grande et véritable admiration, voire un amour sincère pour sa détermination si courageuse et si inédite : il parlait et agissait comme l'aurait fait un dieu, et non un homme !

Car on a oublié aujourd'hui qu'il osa risquer sa vie pour la gloire éternelle, à l'instar du héros Achille, l'ancêtre glorieux de sa mère.
L'idée de fraternité universelle qui l'animait à l'étonnement courroucé d'une grande partie de ses proches, n'était absolument pas un calcul politique, mais une pensée sincère.
D'ailleurs, il en est mort, probablement empoisonné sur l'ordre perfide d'Aristote et du Général macédonien Antipater (d'autres le nomment Antipatros), gouverneur de la Macédoine en son absence. Le poison serait venu de Pella (Macédoine), après avoir parcouru la longue distance qui le mena à sa destination finale, Babylone, capitale de l'immense empire d'Alexandre. En ce cas, leurs âmes sacrilèges ont rejoint le royaume souterrain d'Hadès (dieu des enfers dans la Grèce antique), et restent à jamais prisonnières du Styx.

En ce qui concerne la Grèce d'aujourd'hui, c'est la préoccupation de Zhou Min, du FMI, qui a amené la France et l'Allemagne à trouver hier un pré-accord sur le règlement de la question de son endettement. Il ne faut pas oublier qu'au-delà des questions de prestige entourant la nomination du Directeur Général au FMI, pour laquelle la France est depuis le départ favorite, la Chine est le premier créditeur net mondial.
Le pré-accord franco-allemand prévoit une participation des "créanciers" de la Grèce sur une base "volontaire" : en clair, les banques françaises dont l'exposition à la crise grecque est maximale (BNP, Société Générale et Crédit Agricole) devraient accepter un allongement de la durée de remboursement de la dette de la Grèce, allégeant du coup le fardeau des banques allemandes également très exposées, et de l'Etat fédéral allemand. On parle d'au-moins 30 milliards d'Euros récupérés de cette manière originale, sur la base de ce que la Chancelière allemande appelle "l'initiative de Vienne" (par référence avec la première fois où fut utilisée cette méthode inversée, en rappelant la fragilité autrichienne). Car l'Allemagne trouve que le fardeau de la monnaie unique est lourd et injuste à porter seule (elle risque la récession). A l'inverse, certains spécialistes pensent qu'un défaut de la Grèce, n'entraînerait que des pertes limitées pour la France, estimées à 30 milliards d'Euros justement. "L'effet domino" engendré par la sortie éventuelle de la Grèce de l'Euro n'est donc pas entrevu de la même manière, ni avec le même impact des deux côtés du Rhin. Il serait dans les faits sans doute plus dévastateur que prévu, à notre sens.
La survie de la zone Euro est en tout cas primordiale aux yeux de la Chine, peut-être même davantage actuellement que la question du Dollar, dont l'épilogue n'est prévu par les milieux financiers que pour dans neuf ans.

Mais il est vrai qu'en France, certains se sentent plus concernés par la psychologie des masses que par l'avenir économique et financier, voire politique.
Leur désir est d'empêcher les gens de penser librement à 2012 : pas à l'élection présidentielle, mais plutôt à la prédiction maya qui les gênent, on ne sait trop pour quelles raisons obscures. Car on saura vite de toute manière si elle était fausse. Alors pourquoi s'en faire à ce point pour de l'hypothétique, en inversant la chronologie ?
En général ce genre d'initiatives ne fait que renforcer et ancrer davantage l'idée combattue.
Car chacun aime se sentir libre de penser ce qu'il veut, surtout en France où les esprits sont naturellement frondeurs. De toutes façons, qui vivra verra, alors à quoi bon s'en faire avec anxiété ou frayeur intempestive ?!
Il est vrai que ce courant est alimenté par une profonde désaffection des gens pour la politique, et une crainte de la sphère économique et financière. Le fantôme de "Lehman brothers" rôde encore dans les parages. Il hante encore beaucoup d'esprits, qui pourtant ne croient plus désormais en personne. Cette hantise n'est pas utile, mais elle existe dans toute sa force immatérielle.

Dans ses rapports avec les hommes, Alexandre recherchait avant tout la valeur. C'est d'ailleurs pour cela qu'il visait à la gloire immortelle.
Etonnamment, il cherchait aussi à tempérer les excès de la loi du plus fort, en ne recherchant donc pas la facilité. Selon lui, "le libérateur et le sauveur des peuples", cette loi n'était pas juste, loin s'en fallait.
Et de nos jours, malheureusement, Alexandre le Grand n'est pas toujours perçu avec le vrai sens qu'il donnait à son action qu'il avait voulu également immortelle, comme les Dieux.
Son sens de l'équité et de la justice devait beaucoup à son enfance, et à ses rapports troublés avec son père Philippe de Macédoine.
Il ne pensait donc nullement qu'être le plus fort donnait tous les droits sur ceux qui étaient considérés comme des barbares ou des plus faibles, à la différence d'Aristote. Au contraire, dans ce véritable clivage, il se posait souvent la question du juste et de l'injuste, à l'image de Zeus. Et cela avait le don d'agacer son entourage macédonien et grec, autrement plus expéditif que lui. Il cherchait ainsi plutôt à promouvoir la sincérité et le courage, et se méfiait des gens tortueux et trompeurs, si prompts à se mettre en avant pour porter des jugements à l'emporte-pièce, en pensant à tort masquer leur iniquité.
Lui n'avait jamais cherché à établir l'un des plus grands empires que la Terre ait porté par simple avidité, mais au contraire parce qu'il était porteur d'une vision transcendante. Et de la transcendance, aussi bien que du grand art stratégique, il en fallait pour vaincre les troupes sept fois supérieures en nombre du Shah de Perse, Darius III (vers 380 - 330av. J.-C.), pourtant réputées invincibles avec ses redoutables "Immortels".
Sinon, il serait resté chez lui en Macédoine plutôt que de prendre des risques aussi incroyables pour réaliser l'impossible, et la Perse aurait gardé son rang de Première puissance du monde.






Que pourrait apporter aujourd'hui un personnage si unique qu'Alexandre, avec son Soleil macédonien ?
On se demanderait ce qu'il vient faire là. Pourtant, dans ses comportements, le XXIème siècle débutant n'est pas si éloigné de celui du philosophe Aristote - auquel il se réfère beaucoup trop sans le savoir forcément.

Sans doute que pour des hommes ou des femmes à courte vue, Alexandre ne serait pas forcément le bienvenu, avec sa recherche du grand, du noble, et du beau. Pourtant, dans l'édification du monde inconnu qui poind, sa présence pourrait s'avérer au contraire rassurante, pour garder la foi en quelque chose que l'on ne voit pas.

De fait, Alexandre ne fit pas que conquérir, il construisit également un monde nouveau que deux-mille-trois-cent-trente-quatre ans n'ont pas réussi à effacer.
Et que savent les gens du mystère de Thalestris, la très belle reine des Amazones, et de leur héritage "caché de si longs siècles"en terre celtique ? Pas grand chose, et pourtant c'est là que résiderait sa majesté suprême !

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