samedi 13 août 2011

"Peu trouveront qu'à son rang veuille estre" : message d'un futur immédiat !

par Jean-Jacques COURTEY, Docteur en Géographie Economique

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"Avant longtemps le tout sera rangé,
Nous espérons un siècle bien senestre.
L'estat des masques et des seuls bien changé,
Peu trouveront qu'à son rang veuille être."
(Centurie II, Quatrain 10)
Ce quatrain fatidique de Nostradamus (1503-1566) semble à rapprocher logiquement de celui qui le précède immédiatement, et qui énonce : "Pour luy, peuple sans foy et loy mourra" (II,9). Il s'applique en tout cas parfaitement à la "réinitialisation" irrésistible de ce début fort perturbant et incertain de XXIème siècle.
Il est assez clair à comprendre : "Avant longtemps tout sera arrangé : nous devons nous attendre à un siècle bien malaisé. La situation de ceux qui sont masqués (les membres de sociétés secrètes, fraternelles et autres), et celle de personnes isolées en apparence mais pas faibles du tout au contraire, vont particulièrement changer en un instant furtif et peu perceptible, en se permutant grâce au masque justement. Et peu de personnalités voudront rester à leur rang - sous entendu pour assumer de hautes responsabilités, écrasantes et étouffantes s'il en est."
Sur ce dernier point, Nostradamus ne vise donc pas là l'opinion extérieure fréquemment exagérée que l'on a des personnalités concernées, mais au contraire la façon intime dont elles-mêmes vont subitement ressentir l'inanité et l'impuissance de leur impossible rôle.

Les Etats ont déjà trop abdiqué leur pouvoir face au néo-libéralisme. Ce que veut fondamentalement ce courant, c'est rien moins que le rétrécissement de l'Etat-nation à sa plus simple expression, ridicule si possible. Les "forces libres du marché" (qui valent tout de même 600 trillions de dollars, environ 24 fois les PIB conjugués des USA, de la Chine et du Japon), considèrent essentiellement la loi du plus fort, à l'instar des Etats eux-mêmes qu'ils singent par mimétisme. Ces derniers sont devenus des cibles économiques si faciles et si fragiles. Souvent démissionnaires quant il s'agit d'assurer l'ordre public économique, ces malheureuses entités vont à vau-l'eau : à force pour elles d'avoir une action à éclipses souvent empreinte de mauvais gré, ces "forces extérieures" qui ne sont pas aveugles les trouvent désormais inutiles. Et elles ont décidé semble-t-il d'éclipser leur mauvais vouloir, en jouant à un "yoyo" moqueur. Et un petit sursaut de frayeur par ci, et un petit sursaut de crainte affolée par là, au gré de la volatilité boursière !
Qui plus est les Etats se considèrent comme pieds et poings liés, du fait de l'effrayante crise de la Dette. Et d'eux-mêmes, sans rien vraiment contester de ce jeu pourtant pervers, ils tendent à devenir des marionnettes consentantes. Tous leurs efforts tendent un peu trop à plaire à leur nouveaux maîtres capricieux et invisibles, quitte à sacrifier sans discernement les vrais intérêts de leur population. Or leurs dirigeants, expression supposée de la volonté du peuple, n'ont quant à eux jamais été élus pour ça, d'où une défiance et un malaise grandissants et insaisissables.
Seuls les USA paraissent se rebiffer devant l'injustice d'un double A attribué le 5 août dernier par la firme "évaluatrice-notatrice" Standard and Poor's, en lieu et place de l'habituel AAA : une erreur grossière de l'ordre de 2 trillions de dollars entre autres problèmes peu clairs se serait curieusement glissée dans les projections de leurs analystes-comptables, d'où une enquête immédiate de la SEC (Security and Exchange Commission). Si cette erreur était avérée, il serait juste que les USA se voient réattribuer rapidement leur triple A. Ce serait une première grande victoire sur la Dette, avant la grande clarification.
Mais les Etats-Unis sont un pays vraiment étonnant, puisque depuis déjà quelques temps, le financier milliardaire Warren Buffett (né en 1930), et un nombre important de personnes très riches demandent à payer plus d'impôt pour sauver leur pays et le rêve américain.

Cela va venir en France, même si ce sera un peu timidement
par rapport aux USA. Il est vrai que dans ce monde où l'on ne comprend plus rien, il n'est pas anormal que certains de nos politiques eux-mêmes paraissent avoir perdu le nord. Mais dans ce cas, ils ne devraient pas continuer à faire croire aux gens, en jouant de façon lassante sur les "effets d'annonce", qu'ils maîtrisent tout puisque c'est archi-faux. De toute façon, chacun peut s'en rendre compte, les faits venant trop rapidement démentir le mode assertif des discours : on est désormais davantage dans le "monde du rêve" dont parlent tant les aborigènes d'Australie.
La méthode "Coué" ne marche guère en économie, où les faits sont particulièrement têtus.
Nos humoristes qui s'amusent de nos politiques ne parviennent d'ailleurs plus vraiment à nous faire rire : ils semblent souvent trop sérieux par rapport à leurs modèles.
En France, le fameux Henri "Second" (dans le sens de "sauveur" ou de "secourable"), cher à Nostradamus, existe peut-être déjà en "apaiseur de tumulte", mais on ne sait pas trop de qui il s'agit. Et puis s'il n'existe pas, ou prend simplement son temps par méfiance vis-à-vis de l'ingratitude humaine, les gens doivent alors s'armer de patience, et faire preuve d'abnégation, en montrant plus de loyauté et de respect.
La Banque Mondiale a tout récemment estimé que la crise financière de 2011 était d'un type complètement nouveau par rapport à celle de 2008. Et son analyse nous paraît très correcte.
Rien de ce qui a été connu avant ne s'applique réellement à ce qui est en train de se passer.
Nous entrons dans une ère non pas contra-cyclique mais "a-cyclique", en dehors du temps en quelque sorte. Tout paraît si absurde et en même temps si concret.
On a voulu à tout prix se dégager de la logique classique, et l'on y est parvenu sans la moindre difficulté.
Nous sommes à l'époque du mariage de la carpe et du lapin, celle du sens dessus-dessous, et du "sans queue ni tête". Le cartésianisme est moribond, et le monde qu'il sous-tendait est en train de disparaître à vitesse accélérée sous nos yeux ébahis. Dans ce nouveau monde qui s'ouvre, seuls compteraient les bons mots, leur poids, et leur magie. Et en dehors de l'image, le reste, c'est-à-dire la réalité tangible, serait sans importance apparemment. Voire !





Notre univers est plus celui du philosophe écossais David Hume (1711-1776), avec la disparition de la causalité, entrevue comme une simple probabilité parmi d'autres, que celui inauguré juste un peu après lui par les scientistes maintenant défaits et en pleine déconfiture.
Son "Enquête sur la compréhension humaine" de 1748 reprend dès lors toute sa valeureuse vigueur.

Seuls les plus agiles et les plus créatifs désormais, arriveraient à faire leur place dans cette nouvelle ère, un peu comme le lapin blanc qui navigue sur son parapluie dans "Alice au pays des merveilles" (1865). Son auteur britannique Lewis Caroll (1832-1898), qui était en réalité mathématicien, et pas seulement un conteur, aurait sans doute adoré notre nouvelle époque : son absence de cohérence l'aurait ravi !

En voulant jouer au "n'importe quoi", les protagonistes de ce changement ont créé quelque chose qui leur échappe complètement : désormais, leur vie également risque d'être du "n'importe quoi", comme pour n'importe qui. Leur souhait d'aberrations incontrôlées et incontrôlables pourrait être amplement et soudainement exaucé nolens volens, en les laissant sérieusement perdu (e) s et décontenancé (e) s . Et la rubrique la plus prisée des magazines ou des journaux serait alors intitulée : "Pêle-mêle", ou mieux "Rubrique du lièvre de Mars" !

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