mercredi 13 juin 2012

Le tendre secret amoureux d'Olympe et de Louis (XVI), Acte II : l'amante patriote !

par Jean-Jacques COURTEY, Docteur en Géographie Economique
(traduit et adapté par lui-même pour la francophonie)
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En 1788, un an après l'échec de Calonne - alors surnommé "Monsieur Déficit" -, qui voulait créer une subvention territoriale en ignorant la division dépassée du royaume en trois ordres (Clergé, Noblesse et Tiers-Etat), Olympe de Gouges essaie de sauver son Roi bien aimé. De même que Calonne, qui avait entre temps trouvé refuge à Londres, elle aurait voulu éviter la convocation des Etats Généraux pour mai 1789.
Elle était au courant du jeu persistant de Breteuil auprès de la Couronne, et plus précisément de la Reine : l'intervention de ce dernier avait lancé l'obscure "affaire du collier de la Reine" (1785 - 1786) du fait de la scandaleuse arrestation du Cardinal de Rohan à Versailles ; et après cela, le même Ministre Breteuil avait été à l'origine de la disgrâce finale de Calonne, officiellement causée par son impopularité.

Olympe a pris l'habitude de rencontrer secrètement Louis XVI depuis trois ans déjà, dans son "Cabinet Noir" à Versaille, pour répondre à l'appel de l'amour.

Scène I : Dans le "Cabinet Noir" : le Roi confie à Olympe qu'il est ennuyé par l'impossible réforme de l'impôt.

Louis :
- Heureux de vous revoir ici, Madame.

Olympe :
- Vous avez l'air fatigué, Majesté.

Louis :
- Eh bien, c'est à cause de cette impossible réforme fiscale qui ne mène jamais nulle part. Cela me tape vraiment sur les nerfs. Il semble qu'il n'y ait aucune issue. A la fin, j'en reviens toujours au blocus des Privilégiés, ou au refus de l'assemblée ad hoc des 174 notables qu'avait cru bon de mettre en place Calonne, mon ex-Contrôleur Général des Finances.

Olympe :
- Si vous m'y autorisez, je pourrais tenter quelque chose pour en appeler à l'opinion publique, Majesté ?

Louis :
- Bon, au point où nous en sommes arrivés, pourquoi pas ! Faites comme vous le sentez Olympe, je vous fais confiance.

Olympe :
- Venez près de moi mon Roi, je vais vous donnez les petites attentions dont vous avez besoin pour l'heure.

Louis :
- Vous savez toujours trouver les mots justes avec moi, ma chère. Et vous parvenez à me stimuler quand je me sens quelque peu éreinté, pour de vrai.

Olympe :
- Eh bien, c'est parce que je suis une femme amoureuse, Louis,...amoureuse de vous.

Louis :
- Oui je sais, et cela me donne de la force pour batailler chaque jour que Dieu fait avec mon entourage cachottier et sournois.

Olympe presse alors Louis contre son opulente poitrine :
- Venez à moi mon Roi ! Je vous donnerai encore plus de vigueur.

Scène II :  Elle essaie de gagner des soutiens à la cause du Roi à la Comédie Française (près du Palais Royal).

Depuis sa libération de La Bastille Olympe de Gouges était considérée différemment par son entourage. Tout le monde prêtait une oreille attentive à ses idées, même si elles étaient inhabituelles.

Dans le dialogue suivant, elle en parle avec un acteur, tandis que plusieurs personnes les écoutent.

L'acteur :
- Quand tu étais prisonnière à La Bastille en septembre 1785, as-tu vu le cardinal de Rohan, qui était là-bas depuis le 16 août ?

Olympe :
- Je l'ai vu dans le jardin, mais Breteuil avait donné des ordres, et aucun prisonnier ne pouvait réellement l'approcher pour lui parler : son visage était si livide et si hagard, comme celui d'un homme terriblement humilié. Tout le monde disait qu'il n'avait pas compris pourquoi il était en prison. Et les gardes voyaient dans ce mauvais coup du destin la main de Breteuil, son plus sérieux rival politique à la cour, davantage que celle du Roi.

L'acteur :
- Cette affaire du collier de la Reine était vraiment ténébreuse, n'est-ce pas ?

Olympe :
- Oui, et le cardinal de Rohan a été finalement déclaré non coupable et libéré par le Parlement de Paris en juin 1786. Mais aux yeux du public, le dommage a été énorme pour la dignité de la Reine, quoique totalement innocente, et puis pour le Roi lui-même.
Breteuil n'aurait pas dû laisser le scandale arriver et éclater, avec cette évitable arrestation à Versailles : cela aurait été bien mieux pour tout le monde.

L'acteur:
- Qu'est-ce que tu penses de l'idée d'égalité devant l'impôt (le vingtième), que le Roi essaie sans succès de faire passer depuis Turgot et Calonne ?

Olympe :
- Je pense que c'est formidable d'être considéré de façon égale, même s'il y a encore beaucoup de résistances.

L'acteur :
- Penses-tu que ce soit là une idée révolutionnaire ?

Olympe :
- Notre bon Roi n'est pas un "révolutionnaire" en fait. Il veut juste simplement sauver le trésor du pays pour le bien de la France. La patrie a de lourdes dettes depuis la guerre d'Amérique que La Fayette a apportée à la France. Mais un grand nombre de factions sont contre les idées du Roi, à la cour de Versailles même.

L'acteur :
- Donc, il n'y arrivera en aucune manière.

Olympe :
- Si, il pourrait y avoir une façon, mais elle repose sur des gens comme nous ; et elle consisterait à se répandre auprès de l'opinion publique dans nos pièces de théâtre.

L'acteur :
- De quelle manière ?

Olympe :
- Si l'opinion publique était favorable à une sorte d'"impôt volontaire patriote" par exemple, cela pourrait l'aider à rétablir l'équilibre avec lesdites factions ainsi qu'avec les Privilégiés.

L'acteur :
- Tu veux dire qu'en faisant honte aux Privilégiés pour leur égoïsme et leur attitude non-patriotique, ils seraient obligés d'écouter cette fois-ci ?

Olympe :
- Oui.

L'acteur :
- Mais alors comment peut-il vaincre les obstacles ?

Olympe :
- Eh bien, cela a un peu commencé avec la faction de son plus jeune frère, le Comte d'Artois, qui est finalement tombé d'accord avec lui, à la différence de son frère cadet, le Comte de Provence.

L'acteur :
- Tu veux dire qu'il y a une évolution invisible mais néanmoins réelle des esprits à propos de l'égalité devant l'impôt ?

Olympe :
- Cela peut paraître lent, mais les Privilégiés ne pourront pas tenir éternellement de la façon dont ils l'ont fait jusqu'à maintenant. Et lorsque cela arrivera, tout le monde sera surpris par la soudaineté de l'inévitable résultat.

L'acteur :
- Donc, tu es plutôt optimiste ?

Olympe :
- Pas vraiment ! Cela peut aussi se produire d'une autre manière, plus violemment. Et le Roi lui-même pourrait être débordé par les excès.

L'acteur :
- Alors tu ne souhaites pas que cela arrives ?

Olympe :
- Je désire que cela se passe pacifiquement à travers la personne du Roi, et pas au travers de troubles, d'émeutes et d'une guerre civile. Les Privilégiés du Clergé et de la Noblesse sont prêts à faire n'importe quoi pour le stopper, même en établissant une alliance contre-nature avec les notables du Tiers Etat. Cest pourquoi je pense que la convocation des Etats Généraux pour mai 1789 n'est pas une bonne nouvelle du tout.

L'acteur :
- Tu es donc dans le doute ?

Olympe :
- Oui, mais il y a au moins une bonne chose dans tout ça : le Roi a autorisé les femmes à participer au vote des représentants des trois ordres pour les Etats Généraux. Et ça, c'est grand d'une certaine manière.

Scène III : Le plan du Roi et d'Olympe : une alliance du Monarque et d'elle-même avec la Nation contre les Privilégiés !

Nous sommes au tout début du mois de novembre 1788, juste avant les publications d'Olympe dans le "Journal Général de France" (6 novembre et 15 décembre 1788).

Louis :
- Madame, je suis très content de vous revoir.

Olympe :
- Je sais Louis, mon Roi.

Louis :
- Vous m'avez parlé la dernière fois de votre projet de "Lettre au peuple de France". De quoi s'agit-il au juste ?

Olympe :
- Je souhaite proposer la création d'un "impôt volontaire patriote" pour sauver le trésor de la Couronne, de manière à ce que vous ne soyez plus bloqué par les Privilégiés, l'Assemblée des Notables...ou même Breteuil.

Louis :
- Vous n'aimez vraiment pas cet homme, Olympe.
Mais vous savez, d'une certaine façon nous lui devons notre tendre amitié, ma chérie. Et il n'est plus mon Ministre depuis le 24 juillet dernier.

Olympe :
- Selon moi, Breteuil joue à un drôle de jeu envers vous et la Reine, Majesté. Et je suis sûre que vous pouvez vous-même sentir qu'il y a quelque chose de bizarre dans son attitude. C'est vous qui m'avez sauvée de La Bastille, mon adorable Roi.

Louis :
- Vous pensez donc qu'il est néfaste à ma couronne, très chère ?

Olympe :
- Certainement, votre Majesté.

Louis :
- Et vous considérez qu'il peut me mettre dans des situations malencontreuses ou irréversibles, même s'il ne le fait pas exprès.

Olympe :
- Cela ressort de son attitude envers le Cardinal de Rohan, qui a finalement été libéré par le Parlement de Paris il y a deux ans, votre Majesté. Et d'après moi, il est suffisamment cassant pour provoquer une révolte incontrôlable des gens de Paris, s'il revient au pouvoir.

Louis :
- Autant que cela ?

Olympe :
- Eh bien, c'est en tout cas ce que je pense. Et je ne suis pas la seule à voir les choses de cette manière.
A propos, si vous n'y voyez aucune objection, j'aimerais faire de nouvelles propositions politiques pour réformer notre société dans mes écrits, avec votre aimable assentiment bien sûr, Majesté,...Louis.

Louis :
- Quelles mesures, ma chère ?

Olympe :
- Comme moi, vous êtes conscient que la France doit se moderniser. Nous en avons parlé maintes fois ensemble après l'amour. Cela parlerait de l'aide de la Couronne envers les ouvriers au chômage, d'une ambitieuse réforme agraire pour les terrains laissés en friche, et des "Maisons du coeur" pour les veuves, les orphelins et les personnes âgées.

Louis, tout en caressant tendrement ses cheveux :
- Je sais que le coeur compte beaucoup pour vous, chère Olympe. Et je peux vous assurer que je ferai tout mon possible pour vous aider.
Mais d'abord, je vais vous laisser écrire vos épîtres dans le "Journal Général de France" pour voir comment les gens réagissent. Après tout, mon ancêtre Louis XIV en fit de même avec Molière, quand il l'a laissé écrire toutes ses pièces, y compris Tartuffe, afin de voir les réactions du clergé et du public.

Olympe :
- Alors, il s'agira d'une association entre vous, votre Majesté, la Nation et ma modeste personne en tant que tierce partie.
Mais oublions un peu la politique pour aujourd'hui. Embrassez moi fort, Louis !


Scène IV : La Reine Marie-Antoinette évoque les épîtres d'Olympe publiés par le "Journal Général de France" devant son mari, Louis XVI

Les deux épîtres d'Olympe dans le Journal Général de France ont reçu un accueil et des appréciations tout ce qu'il y a de favorable. Dans le premier, elle défend un "impôt volontaire patriote" pour sauver le trésor royal. Et dans le second, elle propose les profondes réformes pour la société française dont elle a parlé avec le Roi, et dans son inspiration elle ajoute d'autres mesures, concernant les enfants - légitimes ou naturels -, le divorce, et le mariage civil... Il y a bien aussi un curieux projet d'union de gens déjà engagés avec quelqu'un d'autre, mais il est seulement pris pour une idée imaginative et excentrique.

Marie-Antoinette :
- Avez-vous lu ce qu'a écrit votre "protégée" dans le Journal Général de France récemment ?

Louis :
- Quelle "protégée" ?

Marie-Antoinette :
- Vous savez bien de qui je veux parler : cette femme auteur de pièces de théâtre et également actrice que vous avez libérée de La Bastille en annulant l'ordre de Breteuil, à l'époque où Rohan venait juste d'entamer sa détention...et son maintien en prison là-bas.

Louis :
- Ah oui, je vois : Olympe de Gouges !

Marie-Antoinette :
- Donc vous l'avez lue aussi. Et ce qu'elle a écrit afin de moderniser la France ne provoque aucune réaction de votre part ?

Louis :
- Quelle réaction, mon amie ?

Marie-Antoinette :
- Elle suggère la création d'une sorte d'union par contrat entre personnes déjà engagées par ailleurs avec quelqu'un d'autre !

Louis (dissimulant assez bien que cela l'embarrasse un peu) :
- Oh, c'est une idée étrange qui surprend en effet ! Cependant, je pensais que vous n'aviez pas aimé, comme Breteuil, ce qu'elle a proposé à propos de l'impôt pour les Privilégiés, parce que c'est un sujet qui nous ennuie depuis si longtemps maintenant.

Marie-Antoinette :
- De toute façon, quelqu'un doit bien payer à la fin. Et le royaume de France pour sa bonne santé financière doit prendre l'argent là où il est, après tout.

Louis :
- Merci, Antoinette, de votre soutien.

Marie-Antoinette :
- C'est là tout ce que vous trouvez à dire à son propos ? Cette jeune veuve doit à l'évidence être amoureuse d'un homme marié de la noblesse. Je me demande de qui il peut bien s'agir ? Elle doit vraiment être folle de lui, pour oser écrire une telle chose au sujet d'une union civile ignorant un mariage religieux déjà célébré.

Louis :
- Avez-vous déjà été folle d'un homme, ma mie ?

Marie-Antoinette :
- Eh bien, si vous voulez dire que je ne montre pas assez mon amour pour vous, vous connaissez la réponse. Cela m'a pris du temps, mais je suis éprise de vous et de nos beaux enfants, Louis. Quand je regarde Louis-Charles qui est si mignon, c'est à vous qu'il me fait penser.

Louis (fier de lui), chuchotant en silence :
- Elle pense la même chose également.

Marie-Antoinette :
- Qu'avez-vous dit, très cher ?

Louis :
- J'étais juste d'accord avec vous, Antoinette...Et je dois ajouter que j'apprécie votre gentillesse et votre patience avec moi. Et puis d'abord, nous étions trop jeunes lorsque nous nous sommes mariés. Et cela nous a pris du temps à tous les deux pour apprendre à nous connaître et à nous apprécier mutuellement.

Marie-Antoinette :
- Pour en revenir à elle, elle est tout à fait jolie et son verbe peut sans le moindre doute charmer un homme.
Elle vient du Sud-Ouest de la France, de Montauban en Gascogne, d'après ce que j'ai entendu dire : elle doit être plutôt chaleureuse et passionnée en tant que femme..ou maîtresse. Je me demande vraiment quel  heureux homme peut être l'objet de la vénération d'une telle créature, si brûlante et si amoureuse ?

Louis :
- D'Artagnan venait aussi de Gascogne. Et il était dévoué à la Maison de Bourbon.
Avez-vous lu aussi ses pièces de théâtre pour La Comédie Française, Antoinette chérie ?

Marie-Antoinette :
- Euh non...oui ! Bon enfin un petit peu ! Je ne pourrais jamais écrire de cette manière, parce qu'elle est si audacieuse et si sauvage...

Louis s'approche alors de sa femme et l'embrasse sur le front. Elle répond de façon un peu sauvage en osant lui donner un tendre baiser sur les lèvres, à son plus entier ravissement...


Scène V : La rumeur concernant l'ascendance d'Olympe par rapport à Louis XV est mise en relief par le Roi Louis XVI

Louis XVI a lu intégralement le contenu des deux épîtres. Et il s'est rendu compte combien Olympe souffrait elle-même d'être une enfant naturelle. Il veut lui en parler à l'occasion de sa nouvelle venue dans le "Cabinet Noir".

Louis :
- Bonjour Madame, Je suis ravi que vous soyez de retour dans mon "Cabinet Noir".

Olympe :
- Moi aussi, votre Majesté.

Louis :
- Il y a un mystère entourant votre naissance dont je dois vous entretenir, chère Olympe.

Olympe :
- Eh bien, je ne vous ai jamais caché que j'étais une enfant naturelle, chère Louis.

Louis :
- Oh, je ne voulais pas laisser entendre que je doute de vous, ma chérie.

Olympe :
- Alors, je n'y comprends goutte.

Louis :
- Bon, j'ai fait quelques recherches au sujet de vos ancêtres, et ce que j'ai trouvé m'a étonné.

Olympe :
- Vraiment !

Louis :
- Selon certaines de mes sources, il se pourrait fort bien que nous partagions le même sang.

Olympe :
- Quoi ?

Louis :
- Vous savez que mon grand-père Louis XV aimaient les femmes, et qu'il a eu nombre de maîtresses.
Il y a une forte possiblité pour que votre mère, la belle lingère Anne Mouisset, ait été l'une d'entre elles lors de son passage à Montauban en 1747.
Et cela ferait de vous une descendante naturelle de mon ancêtre...notre ancêtre commun donc.

Olympe :
- C'est probablement mieux d'oublier ce genre de détails, votre Majesté. Nous sommes de toute façon parents par nos pensées et cela compte énormément pour moi.

Louis :
- Comme vous voulez Olympe, mais je suis content de savoir que nous partageons tant de choses ensemble. Donnez-moi un baiser, ma "lointaine cousine" !


(A suivre, avec une réminiscence concernant le mystère de "Thibermesnil 2-6-12")

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