dimanche 17 juin 2012

Le tendre secret amoureux d'Olympe et de Louis (XVI), Acte III : Thibermesnil 2-6-12 !

par Jean-Jacques COURTEY, Docteur en Géographie Economique
(traduit de l'anglais et adapté par lui-même pour la francophonie)
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Le 11 juillet 1789, Necker est renvoyé et simultanément Breteuil revient aux affaires en tant que principal Ministre pour stopper l'agitation à Paris. Cela provoque immédiatement la colère des Parisiens.
Trois jours après, La Bastille est prise pour s'emparer de la poudre et des munitions qui y sont entreposées. Et le rappel de Necker le 16 juillet ne peut plus rien changer à quoi que ce soit : la Révolution vient de commencer.
Le 17 juillet, Breteuil juge plus sûr de filer à l'anglaise et d'émigrer comme beaucoup de nobles.

Dans les jours précédant le mois d'octobre 1789, Olympe de Gouges et Louis XVI célèbrent le quatrième anniversaire de leur tendre amitié dans le "Cabinet Noir de Versailles". C'est là le dernier moment de joie avant la tempête politique.

Scène I : La dernière rencontre d'Olympe et de Louis à Versailles dans le "Cabinet Noir" : "Thibermesnil 2-6-12"

Le Roi a longuement parlé à Olympe du château de Thibermesnil construit par Rollon le Viking, et qui l'a particulièrement impressionné par son mystère.
Il y est resté quelques jours en 1784 pour faire des recherches sur quelques intrications dynastiques avec les descendants de Rollon. Et il a trouvé ce qu'il était venu chercher.
En mémoire de cela, il a décidé de nommer son second fils, Louis-Charles né en 1785, Duc de Normandie.

Louis et Olympe ne savaient pas que c'était là leur dernière rencontre dans le "Cabinet Noir de Versailles".
Mais étrangement ce jour là, ils tombèrent dans les bras de Morphée ensemble après l'amour.
Quand ils se réveillèrent, ils eurent la curieuse impression de revenir d'un voyage aérien effectué au même endroit : le château de Thibermesnil, qui était en ruine. Un habitant du village voisin avait même appelé Olympe "Toxicodindronnn".


Olympe, se réveillant :
- J'ai fait un étrange rêve, votre Majesté.

Louis :
- Moi aussi.

Olympe :
- Etiez-vous en Normandie comme moi ?

Louis :
- Oui, à Thibermesnil. Et nous étions ensemble dans son château, main dans la main. Mais il était en ruine.
Un habitant du village voisin qui semblait chargé de veiller sur le château, vous a même affûblée d'un drôle de nom, Toxicodindronn, lorsqu'il vous a vu descendre du ciel et m'abreuver de paroles.

Olympe :
- Oui et j'ai été surprise de ce curieux nom. Voulait-il dire que je parlais trop pour une femme ?

Louis :
- Je ne sais. Tout était étrange là-bas, avec cet écran qui bougeait et parlait en même temps dans sa petite maison. C'était vraiment un machine étrange, mais intéressante.

Olympe :
- Avez-vous remarqué la date du calendrier ? Il était écrit 2-6-12. Je n'ai pas compris au début, mais l'homme a dit que nous étions le 2 juin 2012.

Louis :
- Oui, et sur le drôle d'écran en couleur qui bougeait, un homme parlait de la difficile réforme de l'impôt et de la crise de la dette affectant la France.
Et un autre disait que tout serait fait pour sauver la République.

Olympe :
- Cela signifie-t-il donc que notre Monarchie était abolie ?

Louis :
- Certainement ! Mais chose curieuse avec le nouveau système, ils en étaient exactement au même point que moi aujourd'hui, avec l'impôt pour les "Privilégiés", et également le cauchemar des lourdes dettes de la France. C'est comme si l'abolition de la Monarchie n'avait mené nulle part non plus. Et ils parlaient aussi de l'égoïsme des gens privilégiés, qui quittaient le pays et émigraient pour des raisons fiscales.

Olympe :
- Cela veut dire que ce que nous avons essayé de résoudre ne le sera jamais, alors.

Louis :
- Cela m'en a tout l'air.

Olympe :
- Ce n'est pas juste dans ce cas, parce que de plus en plus de gens vous accuse d'être faible, alors que c'est le problème qui est trop ardu à résoudre, même en plus de deux siècles.

Louis :
- La vie n'est pas toujours juste, Olympe.

Olympe :
- Eux ils n'accusaient pas leur dirigeant politique, mais le système financier lui-même. Vous auriez-dû faire pareil, votre Majesté, afin de n'être ennuyé par personne.

Louis :
- Vous avez raison, mais je pense qu'il est trop tard pour ça maintenant.
Pour aller un peu plus loin sur le sujet, connaissez-vous le message secret de Thibermesnil ?

Olympe :
- Non !

Louis :
- Il se résume en une phrase : "La hache de Rollon et de sa descendance tournoie dans l'air qui frémit, mais l'aile s'ouvre et l'on va jusqu'à Dieu".

Olympe :
- Qu'est-ce que ça veut dire ?

Louis :
- Si vous reliez cette phrase à notre rêve, cela suggère une étrange intrication dynastique et un changement entre les Maisons de Bourbon et de Rollon, avec un point de départ fatidique : le 2 juin 2012.

Olympe :
- Vous devriez l'écrire pour ne pas l'oublier : "Thibermesnil 2-6-12".
Car il semble que ce jour-là vous rendra finalement justice, après si longtemps !


Quelques jours plus tard il y eût ce qu'Olympe appela le "complot des 5 et 6 octobre" : des "femmes" en colère manquant de pain se rendirent à Versailles pour s'en prendre physiquement  à la famille Royale, mais finalement se contentèrent de les obliger à déménager immédiatement à Paris, au Château des Tuileries.


Scène II : Olympe propose en vain à La Fayette de former un groupe d''Amazones" pour protéger le Roi et la Reine, aux Tuileries


Nous sommes juste après les événements des 5 et 6 octobre 1789.

Olympe :
- Bonjour Monsieur de La Fayette ! Je suis venue vous voir pour obtenir votre permission de rester aux Tuileries avec un groupe de femmes que j'ai commencé à former.

La Fayette:
- Pour quoi faire ?

Olympe :
- Mes "Amazones" et moi, nous protégerons le Roi et la Famille Royale jour et nuit.

La Fayette :
- Peuh ! Vous et vos drôles d'idées ! Mes soldats de la Garde Nationale sont ici pour ça. De plus, vous ne pouvez ignorer que le Roi, la Reine et leur famille, ne parviennent pas à oublier la frayeur que des femmes leur ont causée à Versailles. Et j'ai dû recommander à la Famille Royale, pour sa sécurité, de les suivre à Paris le 6 octobre dernier. Vous devriez être capable de le réaliser.

Olympe :
 - Leurs mauvais souvenirs sont liés à quelques méchantes femmes bien choisies, à un certain nombre d'hommes travestis en femmes, et aux quelques hommes qui les accompagnaient sur le chemin de Versailles, après qu'on eût empêché la fourniture de pain et de farine à Paris, vous le savez bien.

La Fayette :
- Je vois que vous avez de très bons informateurs, ma chère.

Olympe :
- Oui Gilbert, et ils m'ont même rapporté que vous êtes arrivé particulièrement tard le 6 octobre, en laissant le Roi et sa famille sans réelle protection. Et n'importe quoi d'affreux et de dramatique aurait pu advenir entre temps, sans le self-control du Roi. Et n'est-ce pas en fait à cause de cette peur que vous avez contribué à créer par votre absence, qu'ils ont accepté si facilement votre compromis pour "les sauver" ? Où étiez-vous à propos ?

La Fayette :
- Je peux me rendre compte que votre langue est toujours aussi alerte qu'à l'accoutumée, mais je n'ai nullement à me justifier auprès de vous. Nous sommes arrivés à temps avec mes hommes de toute façon pour stopper tout massacre. le Roi et la Famille Royale étaient en vie.

Olympe :
- Votre réponse explique encore plus clairement que moi pourquoi je veux les protéger.

La Fayette :
- Si je vous autorise à faire ça, je ne pourrais pas poursuivre mes plans. Et je vous aurai toujours entre moi et le Roi, vous et vos "Amazones".

Olympe :
- Vous admettez donc que vous êtes en train de préparer quelque chose contre eux tous !

La Fayette :
- C'est de votre faute. Vous m'avez houspillé et ma langue a fourché. Bien évidemment, je ne prépare rien du tout. Je suis au service du Roi.

Olympe :
- Et moi qui pensais que vous étiez au service de la municipalité de Paris !

La Fayette :
- Je ne comprends pas ce que vous voulez dire. Vous m'offensez à la fin !

Olympe :
- Ce n'est pas du tout ce que je recherche. Donc, afin de vous soutenir dans votre effort de protéger la Famille Royale, nous autorisez-vous mes "Amazones" et moi, à vous aider ?

La Fayette :
- Vous pouvez me soutenir de loin, de la rue Servandoni où vous habitez si vous voulez. Cela ne me dérange pas. Mais pas à l'intérieur des Tuileries et certainement pas jour et nuit !
Y-a-t'il un lien particulier entre vous et le Roi qui justifierait votre grande insistance et votre crainte à son égard ?

Olympe :
-  Le Roi est le père du peuple français, donc il est également le mien. Ne veilleriez-vous pas sur votre père ?

La Fayette :
- Il est un peu jeune pour être votre père, alors que vous avez six ans de plus que lui. Aussi, pensai-je à quelque chose d'autre, très chère ?

Olympe :
- N'allez pas imaginer je ne sais quoi pour me refuser ce que je demande !

La Fayette :
- De toute façon, ma réponse est non !

Olympe, tournant soudainement les talons, et marmonnant en colère :
- Pouh ! Traître ! Fieffé traître !

La Fayette, marmonnant aussi en souriant ironiquement :
- Disparais de ma vue, garce ! Ses "Amazones", peuh ! Pour qui se prend-elle : Thalestris en chemin pour rencontrer Alexandre le Grand ?!


Scène III : Olympe essaie de prévenir l'assaut des Tuileries par les gens du Faubourg Saint Antoine (juin 1792)

Olympe fut totalement prise de court le 20 juin 1791, par la tentative d'évasion du Roi à Varennes et l'arrestation du Roi et de sa famille qui advint...en dépit de la présence inutile sur les lieux de 60 hussards du régiment de Lauzun, qui étrangement ne bougèrent pas.
Elle se sentit en même temps un peu déçue et abandonnée.
Louis XVI et Marie-Antoinette furent finalement ramenés aux Tuileries à Paris le 25 juin 1791. L'opinion de la majorité des conventionnels à ce moment là, fut de décider qu'ils avaient été "kidnappés" ou qu'ils étaient sous "influence", et avaient dès lors été transportés jusque là-bas avec leur famille contre leur volonté éclairée. Ils avaient pris les noms très ordinaires de M. Durand et de Mme Rochet, de la Maison de la Baronne de Korff, et ils étaient censés accompagner ses enfants (les leurs en en fait).
Ce scénario n'était pas totalement imaginaire : en fait, l'émissaire du Roi de Suède en France, Axel de Fersen était impliqué avec Breteuil dans un plan dont ce dernier avait personnellement dressé les grandes lignes.
Puis Fersen persuada la Reine, dont il semblait réellement épris, de tenter cette aventure mal préparée : quitter la France pour Montmédy...en France ! Mais le 20 juin, il prit congé des occupants de la berline à Bondy, juste après Paris.
Ainsi les conventionnels couplèrent dans leur esprit cette étrange course "sans but" véritable, avec l'étrange partie de "cache-cache" jouée délibérément par La Fayette, pour discréditer le Roi. Ils repensaient aux mots du Roi : "Prenez garde aux suggestions et aux mensonges de vos faux amis !"

La proposition qu'Olympe avait faite à La Fayette de constituer une Garde Nationale Féminine aux Tuileries fut présentée officiellement cette fois-ci à la Convention le 23 juin 1791, donc entre temps. Mais La Fayette s'y opposa avec succès.

Un an après, en juin 1792, Olympe écrivait à Jérôme Petion de Villeneuve, l'influent président de l'Assemblée Constituante : elle voulait prévenir une marche des gens du Faubourg Saint Antoine sur les Tuileries, qui aurait signifié la fin du règne de Louis XVI.
Un dialogue s'établit alors entre leurs deux personnes.

Olympe :
- Je veux éviter un nouveau complot contre le Roi. Et pour ce faire, la marche des gens du Faubourg Saint Antoine sur les Tuileries, qui est déjà prévue, doit être empêchée dès maintenant.

Petion :
- Qu'est-ce que vous imaginez encore, citoyenne de Gouges ?

Olympe :
- Je suis une femme, et je peux sentir les choses qui se préparent. De plus, n'oubliez-pas que je connais le peuple du Faubourg Saint Antoine. Ne vivais-je pas auparavant rue Servandoni ?

Petion :
- C'est vrai que vous avez récemment déménagé. Pourquoi donc, à propos ?

Olympe :
- Auteuil est vraiment un lieu agréable. Et vous savez très bien que je participe à des sociétés féminines. Vous n'êtes pas sans savoir que le salon de Mme Helvétius se trouve à Auteuil, à l'ouest de Paris.

Petion :
- Bien sûr, et là-bas vous rencontrez Monsieur de Condorcet, sa femme Sophie de Grouchy, et le Marquis de Villette. Vous savez Olympe, je vous apprécie et comme vous je hais toute forme d'esclavage, mais je voudrais vous donner un conseil - même si je sais que vous ne le suivrez pas.

Olympe :
- Quel conseil ?

Petion :
- N'interférez pas trop avec nous ! Moi, en tant que révolutionnaire, je vous aime bien, mais quelques autres et pas des moindres commencent à penser que vous devriez vous calmer, parce que vous êtes une femme. Par exemple, votre impétueuse "Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne" de 1791 n'a guère été prisée dans nos rangs. A la vérité, vous avez davantage plu au Roi et à la Reine qu'aux Jacobins !

Olympe :
- Quel était le but de la Révolution dans ce cas, si ce n'était pas d'établir la liberté pour tous, y compris les femmes, et particulièrement la liberté de parole ?
 
Petion :
- Vous pouviez parler librement depuis 1785, c'est-à-dire dès avant la Révolution Olympe, du fait de la protection du Roi !

Olympe :
- Donc, vous voulez dire que j'ai moins de droits maintenant ? Et que toutes ces nobles idées mises en avant s'entremêlent avec des visées très différentes de ce que croit le commun des mortels, à cause de l'Illuminisme sous-jacent ?

Petion :
- Hmmm, revenons-en plutôt à notre sujet ! C'est préférable.

Olympe :
-  Comme je l'ai dit, et vous êtes un homme suffisamment intelligent et informé pour le savoir, je peux sentir que quelque chose se prépare pour éliminer définitivement le Roi et la Monarchie. Et d'après ce que vous venez juste de dire, ce complot est loin d'être favorable à nos idéaux et à la cause des femmes. Nous aurions beaucoup à perdre dans les siècles à venir, si je n'intervenais pas.

Petion :
- Ne vous inquiétez pas trop pour les personnes de votre sexe, Olympe, car la plupart des femmes ne vous ont guère en odeur de sainteté à Paris. Quelques unes d'entre elles pensent même que vous pouvez être quelque peu hystérique ou folle !

Olympe :
- J'écris des pièces de théâtre et je suis actrice. Mon imagination a donc besoin d'être libre. Le Roi l'a compris et accepté très facilement, même si j'ai proposé des changements politiques qui auraient fait se dresser les cheveux sur la tête à tout autre homme que lui - qu'il ait été conservateur ou jacobin. Et parfois, je me rends compte que je suis souvent en contradiction avec moi-même, je l'admets aisément. Mais qui peut assurer qu'il ne le sera jamais ?

Petion :
- Je vais essayer de faire tout ce qui est en mon pouvoir pour stopper l'agitation du Faubourg Saint Antoine, chère Olympe. Mais, je ne peux pas vous promettre qu'il me sera possible de tenir la situation plus de trois mois. Les forces en jeu sont trop fortes pour vous et moi, et le despotisme des clubs est difficilement contrôlable !


Petion fit ce qu'il avait dit, mais comme il l'avait prévu ces forces furent libérées envers et contre tout.
Et le 10 août 1792, avec l'assaut et l'occupation des Tuileries, le Roi et la Famille Royale étaient déjà devenues prisonnières dans leur propre château.


Scène IV : Le Ministre de l'Intérieur Roland et Gamain, le serrurier, sont aux Tuileries (20 novembre 1792) : encore "Thibermesnil 2-6-12" !

Le Roi a officiellement été dénoncé à Roland, le nouveau Ministre de l'Intérieur de la Convention Nationale, quelques temps après l'assaut des Tuileries du 10 août 1792. Le dénonciateur est un serrurier, un certain François Gamain.
Le Ministre Roland est personnellement à demeure au Château des Tuileries depuis cette date : il a en effet décidé d'y établir son bureau.
Il déteste le Roi qui l'a renvoyé le 13 juin 1792 pour son incompétence à stopper l'anarchie et à maintenir l'ordre pacifique à Paris et sur la France.

Nous sommes le 20 novembre 1792 et Roland se trouve avec Gamain dans un corridor des Tuileries, situé entre son bureau et les appartements du Roi. Mais le Roi n'est pas présent ni au courant de ce qui va se dérouler, ni d'ailleurs la Convention. Cette assemblée était même alors en pleine discussion pour savoir comment éviter son procès !
Quelques gardes accompagnent Roland et Gamain, mais sont maintenus à une certaine distance.

Roland , tout bas :
- Nous sommes dans le corridor où tu as caché l'armoire de fer secrète, que tu as terminée le 16 septembre dernier. Pousse le panneau peint pivotant, citoyen Gamain !

Gamain, chuchotant :
- Ce sera rapide, citoyen Ministre. Voilà, ça y est !

Roland, chuchotant :
- Ce n'est pas très solide.

Gamain, chuchotant :
- Ben, je l'ai fait sur commande. Vous vous souvenez ?

Roland, chuchotant nerveusement :
- Chhhut ! Quelqu'un pourrait nous entendre, andouille !

Gamain, chuchotant :
- Maintenant que le panneau de cette grande armoire de fer est ouvert, je force la serrure. Aarrr ! Vous auriez dû me donner votre clé...Ah, ça y est (il y a un bruit de métal cassé) !

Roland, chuchotant :
- Qu'est-ce que c'était rapide ! J'ai toujours trouvé curieux que tu aies mis la serrure à l'extérieur. Je ne suis pas serrurier comme toi, mais d'habitude le mécanisme est à l'intérieur, n'est-ce pas ?

Gamain, chuchotant :
- Ben, c'était plus rapide à installer de cette façon pour ce que nous avions à faire !

Roland, chuchotant :
- Je ne recommanderais pas ton travail à mes amis, tu sais citoyen Gamain !

Gamain, chuchotant en colère :
- Je l'ai fait comme demandée. Alors arrêtez de critiquer mon chef-d'oeuvre.

Roland, chuchotant :
- Je n'appelerais pas ça un chef-d'oeuvre. Même le citoyen Capet peut te battre, quand il s'agit de fabriquer une solide serrure !
Peuh ! Comment as-tu pu être son professeur de serrurerie, je ne comprends pas ?

Gamain, chuchotant :
- Je suis trop jeune pour avoir été son professeur à Versailles. Je n'ai jamais prétendu cela. C'est vous qui en avez décidé ainsi, afin que l'histoire de notre lien soit convaincante pour le peuple.

Roland, chuchotant :
- Ah oui, c'est vrai ! Je m'embrouille avec mon invention. Bon, regardons ce qu'il y a là-dedans depuis la dernière fois !

Gamain ; chuchotant :
- Il y a beaucoup de documents et de papiers que vous avez collectés aux Tuileries et ailleurs depuis le 10 août.
Oh, qu'est-ce que c'est que ce petit papier ? Cela ressemble à un code secret manuscrit : "Thibermesnil 2-6-12". Ce n'était pas là avant !

Roland, chuchotant :
- Eh bien, ça vient du secrétaire du Roi. Je l'ai obligé à le vider devant moi le 10 août, et j'ai gardé ce petit morceau de papier parce qu'il m'intriguait. Il a dit que ce n'était rien d'important, juste un jeu de rébus, comme en font les enfants.

Gamain, chuchotant :
- Un rébus d'enfant ? Ne pensez-vous pas que ce soit une erreur de le mettre avec ces papiers, citoyen Ministre ?

Roland, chuchotant de manière autoritaire :
- C'est à moi de décider ce qui est une erreur ou pas, citoyen "serrurier". Et tu devrais t'en souvenir si tu tiens à la vie. Tu as tendance à trop parler à tort et à travers, par exemple, ça c'est sûr. Alors tais-toi, sinon...

Et Roland se met à faire un geste pour lui montrer qu'il pouvait lui faire couper le cou, s'il disait quelque chose à propos de leur arrangement.

Gamain, chuchotant :
- Ne vous inquiétez pas, avec la pension à vie que vous allez me donner, je sais également où sont mes intérêts !

Roland, parlant soudainement très fort, en  se tournant vers les gardes :
- Gardes, venez-ici, nous avons trouvé quelque chose d'inhabituel dans le mur du corridor. Regardez et soyez-en les témoins !
Le serrurier a ouvert cette armoire de fer en face de vous, et elle est remplie de la correspondance secrète du citoyen Louis Capet, ex-Roi, avec l'étranger et les ennemis de l'intérieur.

Les gardes s'approchent et prennent quelques papiers dans leurs mains.

Roland, montrant du doigt le petit morceau de papier :
- Regardez ! Il y a même un message codé du citoyen Capet, pour ne pas être compris : "Thibermesnil 2-6-12" !
Cette fois-ci, nous avons la preuve pleine et entière qu'il est un traître à la Nation ! Mais surtout gardez le silence jusqu'au procès à venir !



Scène V : Le procès du Roi : la convocation du 11 décembre 1792 devant la Convention Nationale

Suite à la découverte des papiers compromettant et aux investigations de Roland, le 3 décembre 1792, la Convention Nationale décide de juger le Roi, qui est juste devenu "Louis Capet".
Le 11 décembre, le Roi est convoqué à la Convention Nationale, qui s'est auto-érigée en cour de justice pour son jugement.
Ce dernier écoute calmement et avec dignité l'acte d'accusation du procureur Fouquier-Tinville, et a connaissance pour la première fois de" l'armoire de fer des Tuileries".

Fouquier-Tinville :
- Debout citoyen Capet, au nom du peuple français la Convention a décidé de te juger !

Louis, se levant :
- Parmi vous, je cherche en vain des juges, mais je ne vois que des accusateurs. Et pourtant pour aucun d'entre vous, il n'y a d'amertume dans mon coeur (il a pitié d'eux).

Fouquier- Tinville :
- Choisis toi-même tes défenseurs tant qu'il en est encore temps, tant qu'il en est encore l'heure !
La Justice est en marche et rien ne peut plus l'arrêter.

Louis :
- Je serai défendu par Monsieur de Malesherbes, qui fut naguère mon Ministre, et toute personne qu'il choisira pour l'assister.

Fouquier-Tinville :
- Réponds à l'acte d'accusation et réponds de tes crimes contre la Nation !

Louis :
- Quelles accusations ?

Fouquier-Tinville :
- Tu as fait couler le sang d'innocents citoyens français. Tu as pactisé avec l'étranger en secret. Tu as cherché à comploter avec Talleyrand et Dumouriez, comme le prouvent les papiers qui ont été découverts dans l'armoire de fer.

Louis :
- Je ne connais pas cette armoire de fer dont vous parlez. Je n'ai pas commis cette ignominie. Je n'ai jamais trahi mon pays. Mon seul crime a été de l'aimer. La vie m'a réservé un grand nombre d'infortunes et je n'ai pas peur de la mort. Je forme des voeux pour que vous meniez la France hors des voies du malheur.
Prenez soin de ma famille. Prenez soin de mes enfants. Ce sont les seules faveurs que j'attends de votre bonté.

Quelqu'un de l'assemblée :
Nous te ferons payer pour tes crimes. Nous te ferons couper la tête sous la guillotine. Tu l'as bien mérité. "Vive la Révolution !"

Louis :
Au nom de la France, jugez-moi en votre âme et conscience. Faites selon votre bon plaisir. Moi, je n'ai rien à dire de plus !


Scène VI : La tristesse d'Olympe dans son nouvel appartement, rue du Buis à Auteuil, après l'exécution du Roi (21 janvier 1793)

Le 16 décembre 1792, Olympe de Gouges prit une dangereuse initiative auprès de la Convention Nationale, afin de sauver la vie de son bien-aimé Roi, Louis XVI.
Elle proposa d'assister le grand avocat Malesherbes dans le procès planifié du Roi.
Mais cela fut rejeté avec mépris par la Convention.
Elle rédigea quand même un mémoire pour la défense du Roi, en tant que "Défenderesse Officieuse", en proposant l'exil, comme le fit Danton au départ.
Mais quand la sentence de mort fut connue le 18 janvier 1793, elle ressentit un choc et fut effrayée : elle tenta alors un bluff à propos de son attitude envers le Roi, prisonnier dans la donjon du Temple, sans convaincre personne.
Trois jours après, elle assista à l'affreuse exécution de Louis, en Place de Grève (actuellement Place de la Concorde), et elle vit la guillotine couper de biais la mâchoire de son ami bien-aimé, au lieu de son cou.
Ce fut une vision horrible. Après ça, elle revint chez elle en cachant qu'elle était en larmes.

La gardienne :
- Vous n'avez pas l'air heureuse Madame Olympe. Qu'y a-t-il ?

Olympe :
- Je n'ai pas envie de parler. Je ne me sens pas bien. J'ai la migraine et envie de vomir.

La gardienne :
- Vous avez l'air pâle. Je ne vous ai jamais vue dans cet état.

Olympe :
- Cela va passer. J'ai juste besoin de me reposer dans mes appartements.

La gardienne :
- Etes-vous sûr que vous n'avez pas la grippe ? Nous sommes en janvier et il fait froid.
Vos yeux sont humides et tout rouges. Avez-vous la fièvre ?

Olympe :
- Non, je ne pense pas.

La gardienne :
- Je peux appeler le Docteur Marat, si vous le souhaitez. Il n'est pas très agréable, et il a une drôle de façon de regarder les gens, mais on le considère comme un bon praticien. Les gens ne l'appelent jamais deux fois de suite, vous savez.

Olympe :
- Son efficacité à "couper le cou" à n'importe quelle maladie ou affection est plus douteuse que certaine.
Je vais juste prendre du repos. Je me sens déjà mieux après avoir discuté avec vous. Bonsoir !

La gardienne, insinuante :
- Je vois que vous le connaissez déjà. Alors bonsoir !

Environ six mois après, Olympe fut arrêtée sur la dénonciation d'une femme pour son nouveau placard, "Les trois urnes ou le salut de la patrie par un voyageur aérien - nommé Toxicodindronn" (19 juillet 1793). Ce fut là son dernier clin d'oeil à Louis (XVI) et à leur intime secret de "Thibermesnil 2-6-12".
Elle fut finalement jugée, sans l'assistance d'un avocat, pour son placard et son soutien à la Gironde, le 2 novembre 1793, et guillotinée le lendemain.

                                                                *****

Addendum :
Ce mélodrame historique est consacré, par delà  les époques, à tous les faux-moralistes et aux froids idéologues d'une vertu dépourvue d'âme, qui se sentent à tort supérieurs. Ils prétendent exagérément ne jamais commettre d'erreurs, en les rendant invisibles : au fond, ils savent qu'ils ne seront jamais des êtres humains authentiques. Dans ce genre de contexte, un amour fragile parce qu'improbable et presque impossible, résonne avec une puissance décuplée à travers le temps.
En cette année 2012, le Dieu d'Olympe et de Louis, a peut-être déjà commencé à compter les siens.


Addendum (English translation) :
This historical melodrama is dedicated, throughout periods, to all the false-moralists and cold ideologists of a soul-deprived virtue, who wrongly feel superior. They claim to make excessively never errors, by making them invisible : deep down, they know that they will never be authentic human beings.
In this type of context, a fragile love because it was improbable and almost impossible, is resounding with a multiplied tenfold power through ages.
In this year 2012, maybe the God of Olympe and Louis, has already begun to count his.


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